10 M£ pour l’option "gold" access... à partager entre 30 universités

David Willetts, secrétaire d’Etat aux universités et à la science, a annoncé, le 7 septembre 2012, un investissement de 10 M£ pour aider les universités à effectuer la transition vers l’open access (libre accès) pour la publication des résultats de la recherche financée publiquement. Cet investissement permettra à un certain nombre d’universités orientées vers la recherche de démarrer le processus de transition et de couvrir les coûts associés à l’APC (article processing charges).

Afin de donner un coup de fouet à la capacité d’innovation européenne et de permettre un accès plus rapide, aussi bien pour les chercheurs, les industriels que les citoyens, aux résultats des recherches scientifiques conduites grâce à l’argent du contribuable, la Commission Européenne a exposé en juillet 2012 les grandes lignes de mesures mises en place pour améliorer l’accès à l’information scientifique produite en Europe. La première étape est de faire en sorte que la publication en libre accès des résultats de la recherche scientifique devienne un principe de base du programme cadre Horizon 2020. Ainsi, à partir de 2014, tous les articles publiés grâce à des financements provenant de Horizon 2020 devront être accessibles :
- soit immédiatement en ligne via la maison d’édition - il s’agit de ce que l’on appelle le "gold" open access et cette option engendre des coûts pour les chercheurs (APC) ;
- soit les chercheurs s’engagent à rendre leurs articles disponibles en ligne, gratuitement, au plus tard six mois (12 dans le domaine des sciences sociales et humaines) après publication - il s’agit du "green" open access.

La Commission a également recommandé que les Etats Membres adoptent une approche similaire pour les résultats de la recherche financée selon leurs propres programmes nationaux. L’objectif est que 60% des articles de recherche européens financés publiquement soient disponibles en accès libre d’ici 2016.

Dans cet objectif, le gouvernement britannique a annoncé en juillet dernier que toute la recherche financée publiquement au Royaume-Uni serait en libre accès d’ici deux ans. Cette annonce a été qualifiée par le quotidien The Guardian du "remaniement le plus radical de la publication scientifique depuis l’invention d’Internet". Un exemple antérieur a fait état de la plus value potentielle associée à la libre circulation de résultats d’études scientifiques : en rendant ses résultats publics, le Human Genome Project a ainsi bénéficié de retombées économiques excédant plus de 200 fois les coûts du projet lui-même. Si tous les résultats de la recherche scientifique pouvaient être disponibles en libre accès, des avancées significatives pourraient être attendues dans les domaines de la médecine, de l’enseignement et de l’industrie.

Au-delà de ces considérations idéalistes, une chose à ne pas perdre de vue dans cette entreprise est le coût associé, que celui-ci soit supporté par le chercheur ou la maison d’édition. Dans le cadre de la maison d’édition, si la communauté scientifique s’oriente majoritairement vers l’option "green", il en résultera un manque à gagner considérable pour les professionnels de la publication scientifique. L’option "gold" quant à elle, engendre des coûts non négligeables pour les chercheurs, qui se verront soumis aux APC.

Alors que les universitaires favorisent majoritairement l’option green, le rapport Finch, commissionné par le gouvernement pour étudier la question de façon approfondie, recommande fortement l’option gold, qui assure la sécurité financière des maisons d’édition, celles-ci remplaçant leurs revenus des budgets des bibliothèques universitaires par le budget de la recherche scientifique. Car en effet, dans cette option, le coût sera supporté par le science budget, sans aucun apport supplémentaire de fonds de la part du gouvernement.

Le rapport Finch évalue la transition vers l’open access à 50-60 M£ annuelles. Selon le rapport Finch, ce coût se subdivise comme suit : 38 M£ pour la publication dans les journaux en accès libre, 10 M£ pour étendre les licences aux établissements d’enseignement supérieur et au secteur médical et 3-5 M£ pour l’archivage. Il semblerait cependant que cette estimation soit très largement surévaluée. Selon certaines sources, ces chiffres sont cependant à considérer avec précaution :
- les 10 M£ associées aux licences peuvent être directement ignorés, car la transition résultera en une diminution des licences d’abonnement, non l’inverse ;
- les 38 M£ de "publication" sont basés sur un APC moyen compris entre 1 500 et 2.000 £.

Une étude publiée par Solomon and Björk dans The Journal of the American Society for Information Science and Technology montre cependant que pour 100 697 articles publiés en 2010 dans 1 370 journaux scientifiques, l’APC moyen est de 906 US$ ( 558 £) sur l’ensemble des journaux et 904 US$ ( 557 £) sur l’ensemble des articles. Le coût varie de 8 à 3 900 US$ (4,9 à 2 403 £), la limite inférieure correspondant aux charges associées aux journaux publiés dans les pays en voie de développement, et la limite supérieure correspondant aux journaux des principales maisons d’édition à facteur d’impact élevé. Les journaux en biomédecine représentaient 59% de l’échantillonage et 58% du total des articles. Devant ces coûts élevés, de nouvelles maisons d’édition proposant des publications en libre accès à coût modéré voient le jour, certaines comme PeerJ promettant des APC pour des articles revus par des pairs à 99 US$ (63 £) ou eLife, ne chargeant aucun frais de publication pour les premières années.

En prenant en compte toutes ces considérations, entre autres, le coût total des APC engendré sur une année peut être aisément estimé à 7,6 M£, soit cinq fois moins que les 38 M£ prédits par le rapport Finch. En y ajoutant les 3 à 5 M£ nécessaires pour l’archivage, la facture avoisine les 10 M£, soit 16 p par contribuable britannique. Et c’est là que l’annonce faite le 7 septembre 2012 par David Willetts prend toute son ampleur. Lors d’une allocution au British Science Festival qui s’est tenu à Aberdeen du 4 au 9 septembre, celui-ci dit que "enlever les barrières financières entourant les résultats de la recherche financée publiquement est un engagement clé de ce gouvernement et aura de réels impacts économiques et sociaux. Cet investissement supplémentaire de 10 M£ aidera certaines de nos universités à transiter vers le modèle open access. Ceci nous amènera dans une nouvelle ère de découvertes académiques et permettra de maintenir le Royaume-Uni à la pointe de la recherche pour accélérer l’innovation et la croissance."

Cette enveloppe financière sera distribuée entre 30 institutions recevant des financements via les conseils de recherche et les conseils de financement de l’enseignement supérieur. De plus, RCUK (Research Council UK), l’organisme de tutelle des sept conseils de recherche britanniques, offrira une contribution sous forme de block funding grants à partir du 1er avril 2013. Plus de détails sur cette initiative seront annoncés à l’automne. Les conseils de financement britanniques ouvriront également une consultation cet automne sur la potentielle mise en place d’une clause visant à faire en sorte que que les résultats de la recherche soumis dans le cadre de tout REF futur (Research Excellence Framework, exercice d’évaluation de la recherche) soient aussi largement accessibles que possible.

Le professeur Douglas Kell, RCUK Champion for Research and Information Management, ainsi que David Sweeney, directeur (recherche, innovation et compétences) au sein du conseil de financement de l’enseignement supérieur pour l’Angleterre, ont tous deux accueilli avec plaisir l’annonce du gouvernement ainsi que les efforts combinés de RCUK et d’autres financeurs de la recherche dans cette entreprise commune d’envergure.

La question reste cependant de savoir, entre autres, pourquoi seules 30 universités bénéficieront de l’aide gouvernementale. Si le gold access est préconisé et que seules les universités intensives en recherche peuvent bénéficier d’un soutien (ponctuel ?) du gouvernement, qu’adviendra-t-il des 140 autres établissements d’enseignement supérieur qui eux devront utiliser leurs ressources financières provenant du science budget ?

Sources :

- BIS Press Releases, 07/09/2012, Government invests £10 million to help universities move to open access, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/ye6KM
- Europa, Press releases RAPID, 17/07/2012, Scientific data : open access to research results will boost Europe’s innovation capacity, http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=IP/12/790
- Open access means a bright future for scientific research, The Guardian, 17/07/2012, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/wrq8X
- The Human Genome Project, http://www.genome.gov/10001772
- A Study of Open Access Journals Using Article Processing Charges, Solomon and Bjork, 2012, The Journal of the American Society for Information Science and Technology, DOI : 10.1002/asi.22673

Redacteur

Maggy Heintz

publié le 06/12/2012

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