> 75 millions de livres au secours de la physique et de la chimie à l’université - dec 2006

Le Higher Education Funding
Council for England
(HEFCE) a
annoncé début novembre 2006 qu’il
allait débloquer un financement supplémentaire
de 75 millions de livres
(environ 112 millions d’euros) pour
soutenir les sujets scientifiques coûteux
à l’université ; ces fonds seront
consacrés à ces disciplines stratégiquement
importantes pour l’économie
et la société britanniques, mais
rendues vulnérables par une
demande relativement faible de la
part des étudiants. Le financement
sera réparti sur trois ans à partir de
2007-08 et soutiendra la chimie, la
physique, le génie chimique, la métallurgie
et le génie des minéraux et des
matériaux ; l’objectif est qu’il permette
aux universités et aux colleges
de continuer à proposer ces sujets
tandis que la demande des étudiants
augmente. La dotation du HEFCE
pour ces sujets devrait se trouver augmentée
d’environ 20 %, soit mille
livres (environ 1 500 euros) par étudiant.

Les fonds seront alloués suivant
une formule qui devrait refléter le
volume d’activité d’enseignement de
chaque discipline dans chaque institution.
Leur attribution sera également
conditionnée par le maintien de
l’enseignement de chaque sujet
concerné. Le HEFCE souligne qu’il
collabore en parallèle avec l’Institute
of Physics
, la Royal Society of Chemistry,
la Royal Academy of Engineering et d’autres organisations professionnelles en sciences et mathématiques, pour augmenter la demande et l’intérêt des étudiants pour ces disciplines
de sciences dures. Il travaille également
en partenariat avec les conseils de recherche et les autres organismes britanniques de financement de l’enseignement supérieur pour soutenir
les activités et les compétences de recherche dans des domaines jugés d’importance critique pour la nation.
Le HEFCE cite ainsi en exemple les 12 millions de livres (environ 18 millions
d’euros) qu’il accorde à l’initiative Area Studies and Related Languages dont l’objectif est l’émergence d’un
ensemble de chercheurs de niveau mondial se consacrant au monde arabe, à la Chine, au Japon, à l’Europe
de l’est et à l’ancienne Union Soviétique.

Un financement bienvenu... mais trop tardif pour sauver la physique à l’Université de Reading
L’annonce faite par le HEFCE a été bien accueillie par les trois académies savantes concernées, l’Institute of
Physics
, la Royal Society of Chemistry, la Royal Academy of Engineering ainsi que
par le directeur du groupe de pression The Campaign for Science and Engineering (CaSE).
Tous se réjouissent que les efforts qu’ils ont déployés
auprès du gouvernement aient porté
leurs fruits.

Le HEFCE et le financement de l’enseignement à l’Université

Le HEFCE est un organisme public non gouvernemental légalement indépendant de tout ministère, qui agit dans le cadre des politiques et des schémas de financement fixés par le gouvernement. Il est en particulier chargé de gérer une partie des fonds destinés à l’enseignement et à la recherche dans les universités anglaises. Trois autres organismes similaires sont chargés de l’Ecosse, du Pays de Galles et de l’Irlande du Nord.

Le HEFCE signe chaque année un accord de financement avec chaque université, qui fixe notamment le nombre d’étudiants que le HEFCE accepte de financer. Ce chiffre est revu chaque année, sur la base de sondages effectués en début d’année auprès des étudiants. Si une université ne parvient pas à recruter le nombre d’étudiants annoncé, la subvention
accordée par le HEFCE est en conséquence diminuée d’autant !

Le calcul des dotations allouées à chaque établissement pour l’enseignement dépend d’un certain nombre de facteurs, liés au nombre et aux types d’étudiants, aux types de sujets enseignés et aux caractéristiques de l’établissement.

La Royal Society of Chemistry et l’Institute of Physics en
particulier espèrent que cette injection
de fonds permettra de réduire la
pression financière qui pèse sur les
départements universitaires dédiés
aux sciences expérimentales ; l’objectif
clé reste toutefois qu’un mécanisme
adéquat de financement sur le
long terme soit mis en place. Le CaSE
se joint aux voix qui se sont déjà élevées
pour demander une modification
de la formule de calcul que le
HEFCE utilise pour financer l’enseignement
universitaire : le groupe de
pression estime que cette formule
désavantage les « sciences dures ».

Universities UK (UUK), l’organisation
qui regroupe tous les vice-chanceliers,
se félicite, quant à elle, non
seulement de l’annonce du HFECE
mais également des efforts collectivement
déployés pour améliorer
l’image de la science au Royaume-
Uni. Toutefois, UUK souhaite que
« les institutions soient en mesure de
prendre des décisions difficiles sans être
soumises à un micro-management
externe
 ». L’organisation fait ici explicitement
référence aux fermetures de
départements universitaires pour lesquelles
les vice-chanceliers concernés
ont fait l’objet de critiques sévères. Et
il est un fait que l’annonce du HEFCE
n’aura pas contribué à « sauver » le
département de physique de
l’Université de Reading. Ce dernier
était menacé de fermeture depuis
septembre 2006 après qu’une revue
du département avait conclu que l’investissement
nécessaire à son maintien
était trop élevé (cf. Actualités
Scientifiques au Royaume-Uni, octobre
2006, p. 15). Le 20 novembre 2006,
le Council de l’Université a finalement
voté en faveur de la fermeture du
département de physique en 2010.


Un déclin des cursus universitaires
proposés en sciences

La décision prise à Reading a coïncidé
avec la publication d’un rapport
par le University and College Union
(UCU, le plus important syndicat britannique
pour le personnel universitaire). Ce document, intitulé « Degrees
in decline ?
 », est consacré aux cursus
universitaires proposés en sciences
expérimentales et mathématiques.
Environ 70 départements universitaires
dédiés aux sciences ont été fermés
depuis 1999 et, selon le rapport, la
décennie allant de 1998 à 2007 a vu
une réduction de 10 % du nombre de
cursus universitaires single honours
(c’est-à-dire se concentrant sur un
seul sujet) offerts par les établissements
britanniques d’enseignement
supérieur en sciences expérimentales
et en mathématiques : ils sont passés
de 250 en 1998 à 224 en 2007. Les disciplines
les plus touchées sont la physique
(avec une baisse d’environ
14 %) et la chimie (avec une baisse
d’environ 31 %) : dans le nord-est de
l’Angleterre et en Irlande du Nord,
une seule institution propose dorénavant
un diplôme uniquement consacré
à la physique. Les mathématiques
ont également décliné d’environ 8 %.
En revanche, le nombre de cursus en
biologie a augmenté de plus de 9 %
sur dix ans.

Les inégalités régionales sont par
ailleurs frappantes et l’UCU craint
que certaines régions britanniques
soient bientôt dans l’impossibilité de
proposer des cursus consacrés uniquement
à la chimie ou à la physique.


L’augmentation apparente du nombre
de diplômés en mathématiques et en
biologie est-elle bien réelle ?

La Royal Society, elle, s’est penchée
sur le nombre réel de diplômés en
sciences. En effet, selon la société
savante, les augmentations importantes
observées récemment pour les
étudiants de premier cycle en mathématiques
et en biologie sont plus
apparentes que réelles. Dans le cadre
de son rapport intitulé « A degree of
concern ? UK first degrees in science,
technology and mathematics
 », la Royal
Society
a demandé à la Higher
Education Statistics Agency
(HESA,
l’agence pour les statistiques de l’enseignement
supérieur) d’analyser à
nouveau les statistiques qu’elle produit concernant les diplômés universitaires.
Le rapport révèle que les augmentations
notées en mathématiques
et en biologie résultent en fait de la
façon dont les étudiants inscrits en
cursus combinés sont répartis entre
sujets. Ainsi, les chiffres publiés
annuellement par l’HESA annoncent
une augmentation de 35 % des diplômés
en mathématiques entre 1995/96
et 2004/2005 ; mais une nouvelle analyse
des données montre que le chiffre
réel n’est que de 7,4 %. De même,
le nombre réel de diplômés en biologie
a cru de 1,7 % et non de 12,8 %.

Il semblerait que les différences
s’expliquent par l’allocation des étudiants
aux différentes disciplines :
avant 2002/03, les étudiants se consacrant
à plusieurs sujets étaient soit
alloués à un seul sujet soit à une catégorie
« sujets combinés ». Depuis
2002/03, les étudiants sont « partagés
 » entre les différents sujets composant
le programme de leur
diplôme. La plupart des étudiants au
préalable considérés comme « sujets
combinés » sont maintenant distribués
sur des sujets précis et augmentent
ainsi artificiellement les effectifs
de ces sujets.

En fait, la stagnation ou le déclin
du nombre d’étudiants choisissant de
suivre des cursus en « sciences traditionnelles
 » auraient été masqués par
la popularité de sujets comme la criminalistique,
la psychologie ou la
science du sport. Par exemple, si les
sujets catégorisés largement comme
« sciences biologiques » ont connu
une forte augmentation, les étudiants
en biologie pure ne représentaient en
2004/05 que 17 % du total, alors que
ce chiffre s’élevait à 31 % en 1994/95.
Mais les étudiants en psychologie
représente 47 % du total contre 33 %
en 1994/95. La proportion d’étudiants
en sciences du sport est quant
à elle passée de 10 à 19 %.

Les sciences physiques ne sont pas
épargnées par le phénomène : 6,2 %
des étudiants de premier cycle étudiaient
les « sciences physiques » en
1994/95 contre 4,4 % en 2004/05. Les
étudiants en chimie représentaient
21 % de cette catégorie en 2004/05
contre 29 % en 1994/95. En revanche
les sciences de l’archéologie et la criminalistique
sont en hausse : elles
sont passées de 2 à 8 % du total.

Enfin, le rapport note que les
diplômes scientifiques de premier
cycle sont passés de 31 % du total en
1994/95 à 37 % en 2004/05. Cette
croissance peut être largement attribuée
à l’informatique et aux sujets liés
à la médecine.


Sources : HEFCE, 8/11/06
 ; Institute of Physics, 8/11/06 ; The
Royal Society of Chemistry
, 8/11/06
 ; The Royal Academy
of Engineering
, 8/11/06
 ; Universities UK, 8/11/06 ; The University of
Reading
, 20/11/06
 ; University and College Union, 8/11/06 et
20/11/06 ; The Royal Society, 26/10/06


Auteur : Dr Anne Prost

publié le 15/02/2007

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