Avancées scientifiques dans le domaine du cancer

1. Nouvelle technologie pour l’administration d’agents chimiothérapeutiques

Une équipe de chercheurs de l’Université de Bath travaille au développement d’une nouvelle méthode d’administration des agents chimiothérapeutiques qui permettrait d’éviter les effets secondaires tels que la perte de cheveux ou les vomissements et les nausées. Cette méthode repose sur l’utilisation de petites fibres ou de petites billes préalablement imbibées d’une solution contenant l’agent thérapeutique puis implantées chez le patient au niveau de la zone cancéreuse. Ces petites billes présentent l’avantage d’être biodégradables et compatibles avec le tissu humain, limitant ainsi les problèmes de rejet d’implant. Au cours de temps, ces billes passent d’un état solide à un état liquide en libérant au sein des cellules cancéreuses et de façon régulière le composé chimique qu’elles contiennent. Les doses circulantes sont donc maintenues au minimum.

En plus de réduire les effets secondaires, ce nouveau véhicule thérapeutique, connu sous le nom de Fibrasorb, aurait également l’avantage de réduire le nombre de décès de patients ayant un cancer avancé ou résistant aux drogues administrées à des doses très élevées. Fibrasorb, développée par l’équipe du Dr Semali Perera au département d’ingénierie chimique, a déjà passé les premières étapes des essais préliminaires de laboratoire. Les essais pré-cliniques seront financés par le Department of Health (DH, Ministère de la santé) et le Dr Perera travaillera en étroite collaboration avec le Dr Subramanian du département de biologie et biochimie. Par ailleurs, l’optimisation de ces fibres et de ces billes a été menée en collaboration avec le département de pharmacie et pharmacologie pour améliorer leur stérilité et ainsi éviter qu’elles ne deviennent, une fois implantées, la cible de bactéries virulentes.


2. Des nouvelles sur le front du cancer du rein

Une équipe de scientifiques, travaillant sur le syndrome de von Hippel-Lindau (VHL) et basée à Imperial College London (IC), vient de publier les résultats de ses recherches. Bien que les mécanismes biochimiques soient mal compris, VHL est une maladie dérivant du dysfonctionnement du gène du même nom et est connu pour accroître fortement les risques de développement de tumeurs bénignes ou malignes, en particulier au niveau du rein.

Les chercheurs d’Imperial College ont découvert que les cellules rénales porteuses du gène VHL muté n’expriment pas la protéine e-cadhérine, qui contribue au fonctionnement normal de la cellule. Cette molécule joue en effet un rôle très important dans l’adhésion des cellules entre elles et dans la communication intercellulaire des tissus sains. Son absence conduit à un déficit de communication entre cellules adjacentes et favorise ainsi l’apparition de phénomènes anormaux qui restent non détectés, parmi lesquels cancers ou invasion cellulaires. Les signaux reçus par les cellules dépourvues d’e-cadhérine miment les signaux d’hypoxie (manque d’oxygène dans la cellule) et conduisent celles-ci à stimuler la production du facteur de signalisation appelé Hypoxia-inducible factor (HIF). Celui-ci inhibe l’expression d’e-cadhérine dans les cellules adjacentes. Cette découverte pourrait avoir des implications dans d’autres types de cancers car l’hypoxie est un dénominateur commun pour la majorité d’entre eux. Par exemple, il est connu qu’e-cadhérine n’est pas exprimée dans le cancer du sein.

L’équipe responsable de cette étude estime que d’autres facteurs entrent en jeu pour l’apparition du cancer rénal, mais suggère que cette découverte permettra éventuellement son diagnostic précoce et la possibilité d’alternative au traitement actuel ayant automatiquement recours à la néphrectomie. Cette étude a été co-financée par Cancer Research UK (CRUK), le Medical Research Council (MRC) et le Wellcome Trust (WT).

Syndrome de von Hippel-Lindau et cancer du rein

Le syndrome de von Hippel-Lindau est un cancer héréditaire dû au dysfonctionnement du gène du même nom. La probabilité de recevoir le gène muté de ses parents est de 50 % et les gens affectés présentent 70 % de chance de développer ce cancer. La probabilité de développer d’autres types de cancers est également augmentée parmi lesquels des cancers du cerveau, de la moelle épinière, du pancréas, des glandes surrénales ou encore de l’œil ou de l’oreille interne. Plus de 6 000 personnes sont diagnostiquées annuellement avec un cancer du rein au Royaume-Uni.


3. Le gouvernement montré du doigt par CRUK pour une promesse non tenue

Le projet gouvernemental de lancer un grand programme de diagnostic du cancer du colon auprès des personnes âgées de 60 et 69 ans (voir Les Actualités scientifiques au Royaume-Uni de juillet/Août 2005, p34) a été retardé. En effet, le gouvernement avait annoncé à l’été 2005 que ce programme devait démarrer en avril 2006. Or les centres habilités à tester les échantillons n’ont toujours pas été désignés et le gouvernement espère maintenant que le programme sera opérationnel en mars 2007.

Le professeur Wendy Atkin, spécialiste des cancers colorectaux estime, dans un éditorial paru dans le British Medical Journal de la dernière semaine de mars 2006, qu’il faut environ 6 mois pour rendre un centre de diagnostic opérationnel et qu’aucun financement n’a encore été fléché pour cela. Alex Markham, directeur de CRUK, se lamente de ce délai et parle de « traîtrise » de la part du gouvernement, ajoutant que cela risque de coûter de nombreuses vies. Dans une lettre ouverte adressée à Rosie Winterton, Secrétaire d’Etat au ministère de la santé, il demande si le projet est encore d’actualité.

Sources : BBC News, 02/04/06, http://news.bbc.co.uk ; Cancer Research UK, News,29/03/06 & 03/04/06, www.cancerresearchuk.org, Bath University, News, 31/03/06 www.bath.ac.uk


Auteur : Dr Claire Mouchot

publié le 17/11/2008

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