Brexit : la France prendra le temps qu’il faut pour arriver à un accord, assure la Ministre

Union européenne - Brexit - Accords commerciaux - Entretien de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes, avec « Radio classique » - extraits

(Paris, 24 janvier 2020)

Q - (…) Amélie de Montchalin, vous êtes secrétaire d’État chargée des affaires européennes, on passe à l’Europe et au Brexit ; 31 janvier, sortie officielle des Anglai s de l’Europe. On est partis, tout de même, pour de nouvelles négociations marathon ?

R - Déjà, on est partis pour une situation où, je crois, il faut que l’on dise la vérité. Derrière les festivités qui s’annoncent, derrière les tweets, derrière les photos de Boris Johnson et de ses amis, il y a quand même une vérité, dont plus personne ne parle, c’est que le 1er février, le Royaume-Uni est seul, les Britanniques, ils sont seuls. C’est-à-dire que quand ils disent qu’ils veulent faire des accords avec les États-Unis, ils n’auront pas les cinq cents millions d’Européens pour que l’accord soit équilibré. Quand ils auront à négocier avec la Chine, la Russie ou je ne sais pas qui, ils seront seuls. Et donc, je pense qu’il faut aussi se rappeler que le Brexit est aussi un choc majeur pour les Britanniques et qu’il faut bien être conscients que ce n’est pas qu’un sujet de relations avec nous, c’est aussi un sujet, pour les Britanniques, de relations avec le monde. Ce qui est certain, c’est que pour nous, Européens, il va falloir que l’on ait des garanties, il va falloir que l’on comprenne comment les Britanniques veulent continuer d’être des voisins et des concurrents loyaux.

Q - Mais comment vous le sentez, très franchement, Boris Johnson ? Lui, il veut aller très vite.

R - Je sens qu’il y a aujourd’hui une incohérence. On ne peut pas demander aux Européens de boucler un accord commercial en onze mois, montre à la main, top chrono, à toute vitesse, et nous dire en même temps qu’il voudrait diverger, c’est-à-dire ne pas avoir les mêmes règles que nous, sur tout un tas de sujets. Je peux vous dire que la France a une ligne très claire : nous ne sacrifierons aucun citoyen, aucune entreprise, sous couvert d’aller vite. On prendra le temps qu’il faut. Pendant ce temps-là, c’est la règle de la période de transition, les Britanniques continuent d’appliquer les règles européennes, parce que, que ce soit dans le domaine environnemental, je prends un exemple : on vient d’annoncer un Pacte vert. On vient d’expliquer que l’Europe voulait avoir la neutralité carbone en 2050. Dans ce Pacte vert, on dit des choses sur les normes de production, sur les pesticides dans l’agriculture. Donc, on dit des choses qui vont être des contraintes, supplémentaires, que l’on pense nécessaires pour notre économie. Tant que les Britanniques ne nous auront pas dit comment eux, ils veulent arriver à cet objectif, si c’est toujours le leur, eh bien, on a un problème. (…)./.

publié le 03/02/2020

haut de la page