Brexit : "une extension ne peut pas être un projet en soi"

Politique étrangère - Brexit - Union européenne - Russie - Entretien de Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, avec BFM-Business

(Paris, 10 septembre 2019)

Q - Jean-Baptiste Lemoyne, bonjour.

R - Bonjour.

Q - Merci d’être là. On va dire que vous êtes plutôt en charge de la diplomatie économique, ça tombe bien, merci d’être là. On a l’impression que c’est vraiment la confusion en Grande-Bretagne, avec Boris Johnson qui a dit qu’il ne voulait pas un nouveau délai pour le Brexit, et puis les députés qui ont donc rejeté la nouvelle tenue d’élections législatives. On est dans l’impasse la plus totale, et on commence à avoir, notamment à Bruxelles, certains qui disent il va falloir accepter un nouveau délai pour le Brexit. On sait que la France était très opposée, Emmanuel Macron évidemment en tête, quelle est la position de la France, au cas où ?

R - Bon, effectivement le fog londonien s’épaissit, et face à cela, en tous les cas, nous on se prépare à tous les scénarii, et surtout la France est prête pour que le 31 octobre, si le Brexit se fait, eh bien, nous soyons parés. Nous avons recruté 600 douaniers, nous avons recruté 200 vétérinaires…

Q - Ils sont recrutés, parce qu’on en entend parler depuis longtemps ?

R - Ah mais ils sont, ça y est, ils sont opérationnels, et donc c’est important parce que les entreprises françaises commercent beaucoup avec le Royaume-Uni, c’est notre…

Q - Elles ne sont pas très prêtes les entreprises françaises malgré…

R - Alors, on continue à les accompagner, il y a eu une réunion la semaine dernière avec Agnès Pannier-Runacher et Amélie de Montchalin, et donc nous allons continuer à appeler individuellement à faire du phoning auprès des 20.000 entreprises exportatrices vers le Royaume-Uni parce que c’est indispensable, effectivement, qu’elles aient toutes les procédures nouvelles. Donc, on est prêt, et on est prêt à toutes les éventualités.

Q - Et, sur la question du délai, vous êtes prêt à accepter un nouveau délai ? Est-ce que la France, le gouvernement français, est prêt ?

R - Mais, une extension ne peut pas être un projet en soi. On l’a vu, il y a déjà eu une première extension, est-ce que ça a changé les choses fondamentalement ? Non. Boris Johnson a dit qu’il avait des idées, pour l’instant, on attend de les voir. Donc je crois que, pour l’instant, Jean-Yves Le Drian l’a dit d’ailleurs, chez vos confrères dimanche, la France elle n’est pas sur l’idée d’un report.

Q - Oui, mais en même temps on voit qu’à Bruxelles l’idée commence à faire son chemin en disant il faut bien qu’on sorte de ce fog londonien, pour reprendre votre expression.

R - Vous savez, il y a eu un vote, un vote du peuple…

Q - Cela pourrait se faire sans la France ?

R - Non, cela se fait à l’unanimité, donc cela ne peut pas se faire sans la France, et le peuple britannique a voté. Je crois que dans ce contexte, où les populistes montent partout en Europe, ne pas mettre en oeuvre ce qui a été voté n’est pas un service à rendre aux démocraties européennes dans leur ensemble.

Q - Oui, vous me direz il reste un petit peu de temps, le Parlement doit se réunir le 14 octobre, donc 15 jours avant ce délai, si on est dans un blocage le plus total, l’Union européenne, il faudra bien qu’elle agisse, qu’elle fasse quelque chose !

R - L’Union européenne, elle a agi, elle a négocié, un accord a été trouvé, cet accord il engage le gouvernement britannique, il engage le Royaume-Uni, Boris Johnson, je veux dire, était ministre des affaires étrangères quand cet accord était en train d’être négocié, donc on ne peut pas s’affranchir, comme ça, de toutes les règles auxquelles on a souscrit. Donc, il y a un moment, il faut faire respecter les règles du jeu.

Royaume-Uni - Extrait de l’entretien de M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des afffaires étrangères

Paris, le 8 septembre 2019

Q - Sur le Brexit, la date limite, on s’en rapproche, le 31 octobre, elle avait été fixée, d’ailleurs voulue par Emmanuel Macron, lors d’un Conseil européen. Or, le Parlement britannique et la chambre des lords ont voté une loi imposant un report du Brexit après le 31 octobre, en cas de no deal. Est-ce que la France est prête, oui ou non, à accepter ce report ?

R - La situation en Grande-Bretagne est quand même très perturbante, parce qu’en fait sur le fond, si l’on ne suit pas les évolutions depuis trois ans, il y a une espèce de conflit de légitimité entre le peuple qui, par la voie du référendum, il y a trois ans, a dit « je veux sortir » - ce n’était pas notre position, nous regrettons cette positon, mais le peuple britannique s’est exprimé - et puis le Parlement, expression du peuple aussi, qui ne sait pas comment sortir et qui pendant trois ans essaie de voir comment on peut faire respecter la décision du peuple britannique et ne trouve pas la manière de faire.

Q - Et sur le calendrier ?

R - Et sur le calendrier non plus. Parce qu’il n’y a aujourd’hui, au Parlement britannique, de majorité pour rien. Il n’y a pas de majorité pour l’accord de retrait. Il n’y a pas de majorité pour aller aux élections. Il n’y a pas de majorité pour le no deal. Il n’y a de majorité pour rien. Donc, il y a une impasse.

Q - Qu’est-ce qu’il faut faire ? Qu’est qu’il peut faire Boris Johnson ?

R - Il faut lui demander. Il y a une impasse et il faut que les Britanniques disent ce qu’ils veulent. On ne va pas aller se substituer aux Britanniques. C’est aux Britanniques de nous dire voilà ce que nous voulons. Nous, nous ne souhaitions pas qu’ils sortent de l’Union européenne. Ils ont décidé de le faire. Dites-nous, chers amis britanniques, comment vous voulez faire pour qu’on puisse vous aider à le faire. Mais pour l’instant on ne sait pas ce qu’ils veulent faire puisqu’il n’y a pas de majorité sur aucune des options. Donc c’est une impasse…

Q - Et si on reportait la date ?

R - Il y a aujourd’hui une impasse qui se traduit par des risques qui concernent le Royaume-Uni puisque l’Écosse agite l’éventualité d’une indépendance à cet égard. Donc, que les Britanniques assument leur situation.

Q - Mais s’ils nous disent qu’ils veulent reporter la date du 31 octobre. Qu’est-ce qu’on leur répond ? On est d’accord ou pas ?

R - Dans l’état actuel des choses, c’est non. Puisqu’ils disent qu’ils veulent proposer d’autres solutions alternatives, des arrangements alternatifs pour assurer le retrait et assurer le no deal. Nous ne les avons pas vus, donc c’est non, on ne va pas recommencer tous les trois mois. Que le Parlement britannique, que les autorités britanniques nous disent le chemin.

publié le 11/09/2019

haut de la page