Brexit : nous cherchons un accord, mais pas à n’importe quel prix

Union européenne - Déclaration de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes, à son arrivée au Conseil affaires générales

Luxembourg, 15 octobre 2019

Bonjour, nous avons aujourd’hui une réunion qui va commencer par une discussion à l’article 50, donc avec Michel Barnier, pour faire un point sur ce qui se passe sur le Brexit. Nous savons que des négociations précises, techniques, ont lieu actuellement, et donc nous, nous rappellerons la position d’unité des 27, pour nous assurer que dans les jours qui viennent alors que les dates et les échéances se rapprochent, nous sommes fermes sur nos principes : assurer la paix en Irlande, nous assurer que le marché intérieur est protégé et que la relation future sera bien une relation équilibrée.

Q - Vous êtes moins ou plus optimiste ?

R - Vous savez, je pense que ce n’est pas une question d’être optimistes ou pas. Il faut qu’on soit extrêmement responsables, parce que derrière cet enjeu du Brexit, il y a des millions d‘emplois, des millions de familles. Il y a des enjeux très quotidiens. Donc, nous avons aussi des millions d’entreprises que nous devons rassurer. Donc ma question n’est pas d’être optimiste ou pessimiste, c’est d’être extrêmement responsable, très calme. Je pense qu’il ne faut pas que l’on cède à une forme de panique généralisée parce que les échéances se rapprocheraient mais que l’on puisse avoir avec Michel Barnier un échange de substance, pour qu’il nous explique ce qui est en train d’être discuté.

Q - If an agreement is not possible this week, what is the French attitude to an extension ?

R - On a toujours dit, depuis maintenant plusieurs mois, que le temps, le temps seul n’était probablement pas une solution. En revanche, que si un changement politique d’ampleur intervenait au Royaume-Uni, alors cela pourrait justifier potentiellement de discuter d’une extension, si elle nous était demandée. Un changement politique d’ampleur, c’est la perspective d’une élection, un référendum. Bref, c’est quelque chose qui change la dynamique politique, pour qu’au fond le triangle entre le gouvernement, le Parlement et la population britannique puisse s’aligner un peu plus. C’est d’abord un choix britannique, c’est d’abord une question des Britanniques, ce n’est pas la ministre française, ce n’est pas d’ailleurs aux ministres européens, de proposer des solutions, mais nous voyons bien que le temps seul ne résoudra pas la complexité des enjeux.

Q - Il semblerait que la France soit la seule à bloquer l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord. Alors, pourquoi ce véto ?

R - Je ne suis pas aujourd’hui dans une position de véto, ou dans une position… On va avoir un échange, un échange sur deux dimensions. D’abord, le fait qu’il faut que, ouvrir des négociations, cela se prépare en Europe. Nous pensons aujourd’hui qu’il faut que l’on révise en profondeur le processus de négociations. On voit que c’est un processus qui est frustrant, un processus qui est lent, qui est lent pour les pays, qui ne crée pas forcément de la confiance des États membres, parce que l’on voit que c’est extrêmement dilué dans le temps. Et donc la première chose, c’est qu’on va d’abord parler de ce que l’Europe doit réformer dans son approche de l’élargissement et des négociations. Ces chapitres qu’on ouvre et qu’on ferme avec un feuilleton sans fin, qui ne correspond pas aux attentes des citoyens dans les pays. On voit que beaucoup de pays qui ont négocié une adhésion, ont vu des flux continus d’émigration se poursuivre, quand bien même ils négociaient une ouverture, que ce soit la Roumanie, la Bulgarie ou la Croatie ces dernières années. D’abord, on a une question sur le processus : est-ce qu’aujourd’hui on considère qu’il est efficace ? De notre point de vue, la réponse est non et nous avons dans la salle énormément de pays qui soutiennent une approche de réviser la négociation dans son organisation. Ensuite, la France porte depuis maintenant plusieurs mois le fait que nous devons nous assurer que les réformes qui ont été demandées comme préalables à l’ouverture des négociations soient réelles, qu’elles aient été votées mais qu’elles aient été mises en œuvre. Donc la discussion que nous aurons aujourd’hui porte sur cela. Je tiens à dire ici, à réaffirmer que la France considère que la perspective européenne des pays des Balkans occidentaux est entière. Il n’y a pas d’opposition à ce principe. Mais nous devons faire les choses d’une manière qui soit crédible, pour créer de la confiance et dans la région et en Europe.

Q - Do you think the Brexit deal is achievable ?

R - Vous savez, un accord, cela fait trois ans qu’on y travaille. Il est souhaitable pour les Britanniques, il est souhaitable pour l’Union européenne. La position que j’ai aujourd’hui, c’est qu’évidemment nous cherchons un accord, mais nous cherchons un accord pas à n’importe quel prix. Nous avons posé trois principes très simples. D’abord, c’est nous assurer que la paix en Irlande est protégée. Deuxièmement, c’est nous assurer que le marché intérieur ne permet pas d’avoir une concurrence déloyale demain parce qu’un pays ne mettrait pas en place des contrôles notamment réglementaires nécessaires. Et troisième point, c’est que la relation future, parce qu’il y aura une relation future, le Royaume Uni sera toujours à 50 kilomètres de Calais, le tunnel sous la Manche ne va pas s’agrandir, donc que cette relation future soit une relation loyale et une relation équilibrée. Certains parlent de level playing field, nous disons : il faut que nous puissions dans le futur, bien sûr ne pas être dans l’ingérence par rapport aux normes britanniques mais à partir du moment où il y a des exportations de biens ou de services, que ces exportations puissent se faire sur une base équilibrée. Donc est-ce qu’un accord est possible ? Bien sûr. Nous avons eu un accord.

Q - Mais c’est possible pas avant la fin d’octobre ?

R - Mais Theresa May et Michel Barnier avaient, avec leur gouvernement, trouvé un accord. Donc, bien sûr qu’un accord est possible. Est-ce qu’un nouvel accord est possible ? Je l’espère parce que c’est dans l’intérêt de tous que cette sortie se fasse de manière organisée. Donc c’est la discussion que nous aurons avec Michel Barnier. Après je suis réaliste. Nous avons posé des principes, donc un accord est possible, il faut que ce soit un bon accord, un accord qui soit mutuellement équilibré. Et donc, c’est ce sur quoi on travaille. Je vous remercie.

Q - Quel sera le prochain commissaire européen ?

R - Je vous laisse merci./.

publié le 28/10/2019

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