COVID-19 : "L’Europe surmontera cette crise ensemble et en sortira plus forte"

Union européenne - Initiative franco-allemande - Entretien de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Eur ope et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes, avec l’hebdomadaire « Le Point »

(Paris, 25 mai 2020)

Q - Faut-il s’attendre à une copie dégradée par rapport à l’ambition franco-allemande ?

R - Il ne faut pas voir cette initiative franco-allemande uniquement pour son volet budgétaire, mais comme une initiative « refondatrice » pour l’Europe. Nous avons eu beaucoup de débats sur le fait de savoir comment cette crise doit nous faire aller au-delà de ce qu’on fait d’habitude en construisant le budget européen. Pas de place ici à des désaccords et des petits calculs qui nous éloigneraient de cet objectif.

Nous proposons une vision de l’Europe. Maintenant, il y a une deuxième étape : la Commission européenne doit être à la hauteur de la crise et prendre ses responsabilités. La Commission a pour mandat, dans les traités, de promouvoir l’intérêt européen. Le but ne doit pas être de trouver le point médian ou le plus petit dénominateur commun entre les États membres. La proposition franco-allemande est, je le répète, bien plus qu’un accord à mi-chemin des intérêts allemands et français. Il s’agit d’une vision de ce que doit être l’Europe pour les 20 à 30 ans à venir afin de rester pertinente dans un monde où de grands défis comme celui de la transition écologique du climat nous attendent. Cette déclaration est en fait le point de départ d’une nouvelle Europe à l’image de ce qu’a été la déclaration Schuman du 9 mai 1950. C’est la première fois depuis longtemps que la France et l’Allemagne ont rédigé un récit, commun, qui est vraiment européen, qui trace une voie vers un destin c ommun qui n’est pas juste la rencontre de leurs intérêts à un moment. Ce récit pose les jalons du besoin d’une vraie souveraineté et solidarité européennes.

Q - Pourquoi est-ce possible maintenant et pas en 2008, lorsque la crise financière a divisé l’Europe entre le Nord et le Sud ?

R - La nature de la crise sanitaire est très différente de la crise de 2008. Aujourd’hui, ce n’est pas une crise générée par un manque de réformes. C’est une crise déclenchée par un élément extérieur, la propagation d’un virus qui nous impose à tous, au même moment, de reprendre en main notre destin commun. Chacun fait le double constat, d’abord que nous sommes extrêmement dépendants de l’extérieur, ensuite que nous sommes tous interdépendants les uns des autres à l’intérieur.

Cette interdépendance du marché intérieur qui est le socle de notre prospérité peut, si on ne l’assume pas pleinement, devenir une fragilité. Ce concept de souveraineté commune, de souveraineté européenne, engagé par le président de la République, sort conforté par les faiblesses européennes que la crise du coronavirus a mises au jour. Or, aucun pays n’a les moyens de s’en sortir seul. Quand la chancelière Angela Merkel répète qu’il n’y a pas d’« Allemagne forte dans une Europe faible », c’est un raisonnement qu’on a beaucoup poussé avec les Allemands, mais aussi avec tous les autres États membres.

Q - Cependant, les Pays-Bas, l’Autriche, le Danemark et la Suède, surnommés les « quatre frugaux », ne veulent pas payer pour l’Italie, l’Espagne ou la France… Que leur dites-vous ?

R - Les pays frugaux ne sont pas sur une île. Le modèle exportateur qui fait leur force et leur récit « on est fort, compétitif et vous n’avez qu’à vous réformer » ne résiste pas à l’analyse car, quoiqu’ils en disent, ils sont dépendants de la bonne santé économique des autres pays européens.

Avec l’Allemagne, on a réussi à avancer en comprenant que cette interdépendance n’est pas une contrainte mais une force. J’invite les pays frugaux à prendre conscience que l’on doit dépasser un débat de chiffres et d’ingénierie financière. J’en veux pour preuve que 70% de l’industrie des Pays-Bas est exportée au sein du marché intérieur. Ils peuvent mettre tout l’argent qu’ils veulent dans leur plan de relance national, s’ils n’ont pas de clients et de fournisseurs ailleurs en Europe, ça ne marchera pas.

Autre exemple, les Suédois : les différentes études du FMI, de la Commission ou de l’OCDE prévoient un recul de l’économie suédoise de 6 à 8 % du PIB. Donc, ils n’auront pas une récession beaucoup moins importante que les autres Européens parce que leurs clients et leurs fournisseurs sont en Europe… En conséquence, cette interdépendance, qui est la source de notre prospérité, il faut qu’on la fasse perdurer comme une force. L’Allemagne a compris qu’elle devait prendre ses responsabilités. La chancelière Angela Merkel a clairement choisi cette voie.

Q - Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, est dans une position compliquée aux Pays-Bas : son gouvernement comprend des forces eurosceptiques, sa majorité parlementaire ne tient qu’à un fil et il a en face de lui une extrême droite qui se nourrit du discours « on paie pour ceux du Sud ». Il a en outre des élections législatives l’an prochain. Comment peut-il accepter la proposition franco-allemande ?

R - La négociation n’est pas terminée. Nous partageons avec les Pays-Bas la même vision de l’avenir de l’Europe. Simplement, à la fin, leur conclusion est que l’Europe a besoin de prêts et non d’aides budgétaires. Je le redis : la reprise aux Pays-Bas ne se fera pas sans relance européenne solidaire et le Premier ministre Mark Rutte aura besoin pour se faire réélire d’une économie qui reparte. On a bien sûr besoin d’une relance nationale, mais cela ne suffira pas. Nos grandes filières industrielles ne repartiront pas, les emplois d’hier seront fragilisés et ceux de demain n’existeront pas si la prospérité n’est pas partagée en Europe.

Il faut que nous arrivions, dans les jours qui viennent, à démontrer que ce qui se joue, ce n’est pas la contribution nationale de l’un ou de l’autre au budget européen, c’est la vitalité du projet économique qui nous a rendus prospères.

Q - L’initiative franco-allemande appelle aussi à faire naître une « Europe de la santé »…

R - En fait, l’initiative franco-allemande est une déclaration Schuman de la santé. Nous proposons de constituer des stocks médicaux pour qu’en cas de crise, personne ne réagisse au détriment des autres. Il faut que la recherche, les médicaments, les équipements médicaux soient a minima partagés ou, en tout cas, que l’on connaisse la situation de chacun pour qu’en cas de difficultés, un partage de ressources soit possible rapidement.

Sur le climat, notre interdépendance s’impose là aussi comme une évidence. Personne n’arrêtera le réchauffement climatique tout seul dans son coin. Quand on dit qu’il faut qu’on renforce nos objectifs de réduction de gaz à effet de serre pour 2030, c’est ensemble. Sinon, on va recréer des distorsions entre nous qui vont nous conduire à nous fragiliser les uns les autres. Si on ne fait rien de manière coordonnée, l’un sera meilleur sur la mobilité, l’autre sur l’énergie mais, à la fin, ça ne marche pas.

Enfin, la dernière partie de la déclaration franco-allemande qui parle d’adapter les règles de concurrence, l’encadrement des aides d’État, qui parle aussi de convergence sociale, c’est un point fondamental de notre vision du monde. Cette crise accélère sans doute un processus que les uns et les autres étaient en train de mener et va bien au-delà d’un plan de relance conjoncturel. C’est ce qui fait notre identité et notre souveraineté européennes face aux autres./.

Union européenne - Entretien de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes, avec « Europe 1 »

(Paris, 18 mai 2020)

Q - Bonsoir, Amélie de Montchalin.

R - Bonsoir

Q - Merci d’être avec nous, en direct, ce soir, sur Europe 1. Alors, post-annonce de ce plan de relance de cinq cents milliards d’euros de dotations budgétaires, entre Emmanuel Macron et Angela Merkel. Bien sûr, ce plan de relance est conséquent, on va y revenir dans le détail, mais alors, ça y est, l’Union européenne va s’endetter pour la première fois ?

R - Surtout, ce que l’on voit, c’est que cette crise révèle notre interdépendance. Aucun pays n’a vécu le virus seul, aucun pays ne peut s’en sortir seul, et ce que la France et l’Allemagne disent, ce soir, c’est qu’il nous faut une solution qui puisse profiter à tous les États, c’est-à-dire qu’il faut que l’on puisse décupler, être beaucoup plus efficace que ce que chaque pays aujourd’hui fait, en termes de relance, de protection. Il faut que l’on puisse soutenir ensemble les régions, les secteurs les plus touchés dans chaque pays, et donc assumer que l’Europe soit utile, mais qu’elle agisse aussi rapidement. Et donc, c’est le sens de cette initiative, qui est décisive, qui est indispensable, et pour que l’Europe se relève ensemble et puisse repartir avec une économie que l’on espère prospère et une crise sociale que l’on espère la plus limitée possible.

Q - Alors donc, cinq cents milliards, dirigés vers les régions et les secteurs les plus affectés par la crise, c’est bien, mais est-ce suffisant pour protéger les pays européens de la récession, et rivaliser, par exemple, avec la Chine et les États-Unis ?

R - Ce qui est sûr, c’est que si on ne faisait pas cet effort-là, l’Europe ne peut plus compter. Quand on veut être une Europe puissance, il faut que l’on ait les moyens de notre crédibilité. Vous savez, il y a encore quelques semaines, ce qui a été annoncé ce soir semblait totalement inatteignable. On avait, avec huit pays, dès le mois de mars dernier, travaillé, essayé de faire avancer ce dialogue franco-allemand. Les Allemands partaient de très loin, n’étaient pas sur cette position au départ. Je crois que cette crise leur a montré deux choses : d’abord, que l’Allemagne dépendait, au fond, de ses voisins, de ses fournisseurs...

Q - de la France ?

R - Bien sûr que les entreprises allemandes savent que leurs fournisseurs, que leurs clients, sont partout en Europe, qu’ils sont en France, et que l’Allemagne ne pouvait pas redémarrer seule, et que si grands soient-ils, avec un plan allemand, la relance ne pourrait pas fonctionner parce que si les fournisseurs et clients de l’Allemagne, eux-mêmes, ne repartaient pas, cela ne marchait pas. Donc cette interdépendance, je crois, est visible. Ce que l’Allemagne a aussi vu, c’est qu’elle était comme les autres pays européens, dépendante vis-à-vis de la Chine, vis-à-vis d’autres pays pour ses masques, ses équipements médicaux. Et donc, cette interdépendance que l’on a entre nous fait que l’on a envie et on a besoin de repartir ensemble.

Q - Amélie de Montchalin, bien sûr ensemble, bien sûr, c’est très louable, et bien sûr c’est une première fois et c’est un transfert massif des ressources des économies les plus fortes en faveur des zones les plus touchées, bien sûr, mais il va encore falloir surmonter des réticences, notamment de certains pays du Nord, par exemple ?

R - Ce qui est sûr, c’est que quand la France et l’Allemagne se mettent d’accord,, cela ne veut pas dire que les vingt-cinq autres sont immédiatement d’accord. En revanche, ce qui est certain, c’est que si vous n’avez pas un accord entre la France et l’Allemagne, vous ne pouvez pas faire avancer l’Europe.

Q - C’est le point de départ.

R - C’est pour cela que c’est décisif, c’est pour cela que c’est un point de départ. On a quand même autour de nous construit beaucoup d’alliances, et donc il n’y a pas que la France et l’Allemagne qui sont d’accord là-dessus. Vous verrez, dans les prochains jours, que les uns et les autres vont apporter leur soutien. La proposition…

Q - Sur quel point la France ne négociera pas, Amélie de Montchalin, parce qu’il y aura une zone de latence, bien entendu, mais sur quoi on ne négociera pas, par exemple ?

R - Aujourd’hui, ce qui est clé pour nous, c’est que ce soit bien des transferts entre pays. L’Union européenne, ce n’est pas juste une banque qui fait des prêts et où chacun retrouve ce qu’on lui a donné avant. C’est une vraie solidarité concrète, comme dans un pays, en fait. En France, aujourd’hui, on aide les secteurs, on aide les régions les plus touchées. Eh bien, au niveau européen, on doit faire la même chose, mettre des ressources en commun, et vraiment aller dans cet esprit de solidarité concrète. Ça, on ne lâchera pas. On ne lâchera pas non plus cette idée de souveraineté. On ne peut pas, aujourd’hui, assumer d’être européen et se laisser balloter entre les États-Unis et la Chine. On a besoin, sur certains secteurs industriels, bien sûr la santé, d’affirmer ce que nous sommes, les technologies que l’on veut choisir, et de produire chez nous des choses qui sont essentielles.

Q - Mais comment ? Bien sûr, on aimerait bien une souveraineté industrielle, aussi sur le plan de la santé être indépendant, mais comment rendre l’Union européenne autosuffisante ?

R - Il y a plusieurs choses, il faut d’abord avoir de la recherche, il faut que nous-mêmes nous ayons l’innovation qui nous permette d’être en avance et de ne pas dépendre des autres. Cela, c’est la première brique. La deuxième brique, c’est être capable de faire revenir de la production en Europe, cela veut dire qu’il faut que l’on regarde la fiscalité, il faut que l’on regarde la capacité à aider des entreprises à s’installer en Europe et cela demande de l’argent. Et une partie du plan des cinq cents milliards d’euros dont on parle servira à financer ce retour. Ensuite, il y a aussi des questions de protection de nos investissements, cela veut dire que l’on ne doit pas laisser, notamment des entreprises clés pour la santé ou clés pour certaines technologies, être achetées par des Américains, par des Chinois, ou je ne sais quoi encore. Donc, on doit protéger nos investissements stratégiques, on doit faire revenir la production, et on doit avoir de la recherche et de l’inn ovation.

Q - On a vu l’exemple, vous faites référence à Sanofi. On a vu l’épisode de toute la semaine dernière, ce dossier Sanofi qui a été beaucoup commenté, une entreprise au départ française, avec des actionnaires, de plus en plus, et ce qui a fait basculer, finalement, le dossier.

R - Dans l’accord franco-allemand, il y a cette idée que l’Europe de la santé doit exister. L’Europe de la santé, c’est-à-dire que l’on veut que sur certains traitements, sur certains vaccins, cela sorte des lois du marché. C’est un bien public mondial, on se bat, sur ce plan, avec le président de la République, avec beaucoup de partenaires d’ailleurs autres qu’européens, pour affirmer que dans certains domaines, oui, il faut de l’argent public, pour que les logiques capitalistiques, je dirais, les logiques de spéculation, ne s’appliquent plus. Et donc, cette initiative franco-allemande est là aussi pour signifier qu’au cœur de l’Europe les deux plus grands pays disent que nous sommes prêts à mettre de l’argent sur la table…

Q - Justement, Angela Merkel a parlé de modifier certains traités. Par exemple, qu’est-ce que cela pourrait être ? On n’a pas entendu Emmanuel Macron très clair là-dessus. Qu’est-ce que cela pourrait être, qu’est-ce que cela pourrait recouvrir ?

R - Il y a les questions de santé, aujourd’hui, ce n’est pas une compétence européenne, donc c’est vrai que si l’on veut que l’Europe fasse plus, il faut aussi lui en donner les moyens. Je ne sais pas s’il faut commencer par l’idée que l’on va tout de suite changer les traités. Ce qui est déjà sûr, c’est « qu’est-ce que l’on peut déjà faire avec les traités que l’on a », voir le plus loin possible où l’on peut aller, et si les traités sont un obstacle, alors, dans ce cas-là, se poser des questions. Je pense que cette crise, il faut être lucide, il faut être honnête, il y a des choses que l’on n’a pas bien faites et qu’il faudra que l’on fasse beaucoup mieux, en termes de réaction, de prévention, d’anticipation. Il y a aussi des choses qui ont bien fonctionné, parce que, face à l’ampleur des défis, on a eu une réaction, je pense notamment économique, avec la BCE, avec beaucoup de choses utiles, cela veut dire qu’il faut que l’on construise, et peut-être que dans les traités , il faudra aller plus loin pour renforcer ce qui a bien marché et modifier ce qui nous a empêchés d’agir aussi vite que nécessaire.

Q - On a flirté avec le pire, Amélie de Montchalin ? J’entends par là que l’Union risquait de se disloquer si on n’avait pas, finalement, cette crise du COVID-19 qui a mis à jour, peut-être, un peu trop d’indifférence de la part de l’Allemagne, et qui risquait de jeter bas des partenaires dont son économie a le plus grand besoin. On a vu cela, cela nous a sauté aux yeux.

R - Il y a eu un moment de vérité très fort, c’est que c’était peut-être la première fois depuis des années où nous tous étions touchés par quelque chose dont nous n’étions pas responsables. Il n’y a pas de responsables, il n’y a pas de mauvaise politique pour expliquer que tel pays a reçu le virus de manière plus virulente que d’autres. Et donc, ce qui compte pour moi, c’est que, le moment de vérité, ce n’est pas de savoir si l’Europe existe ou pas, c’est avant tout de savoir si elle est utile. Est-ce qu’elle est capable de faire des choses qui sont utiles aux citoyens, utiles à l’emploi, utiles aux entreprises, utiles à notre santé. La bataille que l’on mène avec le président de la République depuis maintenant trois ans, c’est vraiment une bataille d’utilité. Quand on parle de souveraineté, on n’est pas dans une théorie, on est sur quelque chose de concret, comment on produit en Europe, comment les Européens peuvent consommer des biens européens, et comment on ne se fait pas balloter entre la Chine et les États-Unis.

Q - Merci beaucoup, Amélie de Montchalin, secrétaire d’État, chargée des affaires européennes, d’avoir répondu, ce soir, à mes questions, sur Europe 1./.

Union européenne - Initiative franco-allemande pour la relance européenne face à la crise du Covid 19

Paris, 18 mai 2020

La crise actuelle est inédite dans l’histoire de l’Union européenne. Aucune façon de vivre, aucun emploi, aucune entreprise ne sont épargnés par ce choc mondial. Alors que nos sociétés et nos économies sont en train de sortir du confinement, des incertitudes considérables demeurent. Cependant, notre objectif est clair : l’Europe surmontera cette crise ensemble et en sortira plus forte. Nos efforts conjoints sont guidés par notre volonté de parvenir à une relance durable pour l’UE. Nous, la France et l’Allemagne, sommes pleinement déterminées à assumer notre responsabilité pour l’Union européenne et nous contribuerons à ouvrir la voie pour sortir de la crise.

À cette fin, nous devons plus que jamais mettre à profit la puissance que nous tirons de notre action conjointe en tant qu’Européens et unir nos forces de façon inédite.

Nous devrons aussi mener une réflexion approfondie sur les leçons à tirer de cette crise. La Conférence sur l’avenir de l’Europe sera l’occasion d’ouvrir un vase débat démocratique sur le projet européen, ses réformes et ses priorités.

La France et l’Allemagne proposent les mesures suivantes.

1. RENFORCER NOTRE SOUVERAINETÉ SANITAIRE STRATÉGIQUE PAR UNE « STRATÉGIE SANTÉ » DE L’UE

Notre réponse à la crise actuelle et aux futures crises sanitaires doit s’appuyer sur une nouvelle approche européenne reposant sur la souveraineté sanitaire stratégique.

Nous appelons de nos voeux une industrie sanitaire européenne ayant un positionnement stratégique qui améliorera la dimension européenne des systèmes de santé et réduira la dépendance de l’UE, dans le plein respect de la responsabilité des États membres. Par conséquent, nous devons :

• augmenter nos capacités de recherche et développement dans le domaine des vaccins et des traitements, ainsi que la coordination et le financement au niveau international (Initiative ACT-A), avec l’objectif à court terme de mettre au point et de fabriquer un vaccin contre le coronavirus au sein de l’Union européenne, tout en garantissant un accès mondial à ce vaccin ;

• mettre en place des stocks stratégiques communs de produits pharmaceutiques et médicaux (équipements de protection, kits de tests…) et développer les capacités de production de ces produits dans l’Union européenne ;

• coordonner les politiques européennes en matière de marchés publics communs pour les vaccins et traitements futurs (par exemple, la fabrication et le stockage de futurs vaccins potentiels) afin de parler d’une seule voix face à l’industrie pharmaceutique et de garantir un accès européen et mondial plus efficace ;

• mettre en place une « task-force » de l’UE chargée de la santé au sein du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies et la charger, aux côtés des institutions nationales, d’élaborer des plans de prévention et de riposte face aux futures épidémies ;

• définir des normes européennes communes en matière d’interopérabilité des données sanitaires (par exemple une méthodologie harmonisée permettant de disposer de statistiques comparables sur les cas lors d’épidémies).

2. CRÉER UN « FONDS DE RELANCE » AMBITIEUX AU NIVEAU DE L’UE POUR LA SOLIDARITÉ ET LA CROISSANCE

Pour soutenir une reprise durable qui rétablisse et renforce la croissance dans l’UE, l’Allemagne et la France soutiennent la création d’un Fonds de relance ambitieux, temporaire et ciblé, dans le cadre du prochain cadre financier pluriannuel (CFP), et une augmentation du CFP concentrée sur ses premières années. Compte tenu du caractère exceptionnel des difficultés que la pandémie de COVID-19 fait peser sur les économies dans l’ensemble de l’UE, la France et l’Allemagne proposent d’autoriser la Commission européenne à financer ce soutien à la relance en empruntant sur les marchés au nom de l’UE sur une base juridique respectant pleinement le Traité européen, le cadre budgétaire de l’UE et les droits des parlements nationaux.

• Le Fonds de relance sera doté de 500 milliards d’euros en dépenses budgétaires de l’UE pour les secteurs et régions les plus touchés, sur la base des programmes budgétaires de l’UE et dans le respect des priorités européennes. Il renforcera la résilience, la convergence et la compétitivité des économies européennes, et accroîtra les investissements, notamment dans les transitions écologique et numérique et dans la recherche et l’innovation.

• Les financements du Fonds de relance seront ciblés sur les difficultés liées à la pandémie et sur ses répercussions. Il s’agira d’un complément exceptionnel, intégré dans la décision relative aux ressources propres, avec un volume et une date d’expiration clairement spécifiés, et qui sera lié à un plan de remboursement contraignant au-delà du prochain CFP sur le budget de l’UE.

• Un accord d’ensemble rapide sur le CFP et le Fonds de relance est nécessaire pour faire face aux grands défis que l’UE doit relever. Les négociations s’appuieront sur les progrès réalisés jusqu’en février. Nous nous efforcerons de fournir l’effort budgétaire lié à la crise du coronavirus dès que possible.

• Ce soutien à la relance complète les efforts nationaux et la série de mesures arrêtée par l’Eurogroupe ; elle s’appuiera sur un engagement clair par les États membres d’appliquer des politiques économiques saines et un programme de réformes ambitieux.

• L’amélioration du cadre européen pour atteindre une fiscalité équitable dans l’UE demeure une priorité, notamment en introduisant une taxation minimale effective et une taxation équitable de l’économie numérique au sein de l’Union, s’appuyant idéalement sur des conclusions fructueuses des travaux de l’OCDE, ainsi que la mise en place d’une assiette commune pour l’impôt sur les sociétés.

3. ACCÉLÉRER LES TRANSITIONS ÉCOLOGIQUE ET NUMÉRIQUE

Il est temps de donner un coup d’accélérateur à la modernisation de l’économie et des modèles économiques européens. Dans cet esprit, nous réaffirmons que le « pacte vert » pour l’Europe (Green Deal) constitue la nouvelle stratégie de croissance de l’UE et notre feuille de route pour une économie prospère et résiliente sur la voie de la neutralité carbone d’ici à 2050. En parallèle, nous devons accélérer la transition numérique en transformant les tendances ayant émergé pendant la crise en un progrès et une souveraineté numérique durables. À cette fin, nous devons :

• augmenter les objectifs de l’UE en matière de réduction des émissions pour 2030, de façon coordonnée avec un ensemble de mesures efficaces pour éviter les « fuites de carbone ». La proposition annoncée par la Commission concernant un mécanisme d’ajustement des émissions de carbone aux frontières permettra de compléter les instruments existants en conformité avec les règles de l’OMC. Les règles relatives aux aides d’État doivent être revues à l’aune d’une politique climatique plus ambitieuse et des risques de fuite de carbone ;

• soutenir l’introduction d’un prix minimum du carbone au sein du Système d’échange de quotas d’émission de l’UE (ETS) et travailler à mettre en place un futur ETS européen pour tous les secteurs ;

• élaborer pour chaque secteur une feuille de route pour une reprise respectueuse de l’environnement incluant, là où c’est nécessaire, des cibles et/ou des conditionnalités en matière de climat et d’environnement ;

• accélérer la transformation numérique, notamment par le déploiement de la 5G, des efforts visant à obtenir des infrastructures et des technologies de cybersécurité sûres et fiables, la gestion de l’identité numérique, un cadre favorable à l’intelligence artificielle ainsi qu’une régulation juste pour les plateformes numériques dans l’UE.

4. ACCROÎTRE LA RÉSILIENCE ET LA SOUVERAINETÉ ÉCONOMIQUES ET INDUSTRIELLES DE L’UE ET DONNER UN NOUVEL ÉLAN AU MARCHÉ UNIQUE

L’intégration forte au sein du marché unique est la garantie de notre prospérité.

Le redémarrage de l’économie européenne et son adaptation aux défis qu’elle rencontrera dans l’avenir nécessite une économie et une base industrielle résilientes et souveraines, ainsi qu’un marché unique robuste. Des marchés ouverts et un commerce libre et équitable sont un élément essentiel de la solution. Par conséquent, nous devons :

• soutenir la diversification des chaînes de valeur en promouvant un agenda commercial ambitieux et équilibré, articulé autour de l’OMC, intégrant de nouvelles initiatives, notamment dans le domaine du commerce des produits de santé, renforcer nos mécanismes antisubventions [des pays tiers], faire en sorte qu’il existe une réciprocité réelle pour les marchés publics avec les pays tiers et renforcer le contrôle des investissements aux niveaux national et européen pour les investisseurs non européens dans les secteurs stratégiques (notamment santé, médicaments, biotechnologies…), tout en encourageant des investissements (re)localisés dans l’UE ;

• adapter la stratégie industrielle de la Commission à la reprise, en particulier moderniser la politique européenne de concurrence en accélérant l’adaptation des règles en matière d’aides d’État et des règles de concurrence ainsi que la mise en oeuvre des projets importants d’intérêt européen commun [permettant des aides européennes] ;

• garantir le retour rapide à un marché unique pleinement fonctionnel et approfondir encore ce dernier au moyen d’une nouvelle feuille de route visant à créer un marché totalement intégré dans les domaines prioritaires (numérique, énergie, marchés financiers en particulier) avec des jalons clairs et un agenda législatif accéléré ;

• faire en sorte que l’espace Schengen fonctionne pleinement, en améliorant les obligations de coordination entre les États membres en temps de crise et en renforçant les frontières extérieures communes ;

• renforcer la convergence sociale et accélérer les discussions sur le cadre de l’UE pour un salaire minimum adapté aux situations nationales./.

(Source : service de presse de la présidence de la République)

publié le 26/05/2020

haut de la page