Centres de technologie et d’innovation - où en est-on ?

Selon le Manuel d’Oslo, principale source internationale de principes directeurs en matière de collecte et d’utilisation d’informations sur les activités d’innovation dans l’industrie publiée par l’OCDE, "les facteurs touchant directement l’innovation relèvent de trois grandes catégories : le monde des affaires ("les entreprises"), les institutions scientifiques et technologiques, et les processus de transfert et d’assimilation de la technologie, du savoir et des compétences. De plus, la recherche sur l’innovation a permis de recenser un certain nombre de facteurs humains, sociaux et culturels qui sont d’une importance capitale pour le bon fonctionnement de l’innovation au niveau de l’entreprise. La plupart de ces facteurs tournent autour de la notion d’apprentissage. Ils concernent la facilité des communications à l’intérieur des organisations, les interactions informelles, la coopération et les voies de transmission de l’information et des compétences au sein des organisations et entre elles [...]". Il apparaît donc, selon cette définition, que l’innovation est un véritable écosystème, complexe, reposant sur l’établissement de liens entre différents acteurs et sur un transfert efficace de technologies et de connaissances, par le biais de communication et de coopération.

Le transfert de technologies et de connaissances entre le milieu académique et l’industrie, initié de façon relativement lente à l’échelle mondiale, a été rapidement remplacé par une sorte de course entre différentes nations, chacune visant à exploiter au plus vite les nouvelles découvertes technologiques dans le but d’en retirer un bénéfice économique. Si la position privilégiée du Royaume-Uni en termes de recherche scientifique n’est plus à démontrer, des mesures doivent cependant être prises pour parvenir à correctement transférer les connaissances académiques vers le milieu industriel, et les exploiter afin d’en retirer le bénéfice économique escompté.

Les partis travailliste et conservateur britanniques ont tous deux bien compris ce dilemme entre excellence scientifique, d’une part, et aptitude à la transformer en succès industriel et économique, d’autre part. C’est pourquoi Lord Mandelson et David Cameron, courant 2009, ont tous deux commissionné respectivement Hermann Hauser, entrepreneur basé à Cambridge, et James Dyson, inventeur et designer britannique, pour produire des rapports présentant l’état des lieux de l’écosystème de l’innovation britannique et les recommandations à adresser au gouvernement concernant les mesures à mettre en place pour permettre l’établissement d’un système efficace de transfert de connaissances et de technologies entre le monde académique et le monde industriel. Dans leurs rapports publiés au premier trimestre 2010 et respectivement intitulés "The current and future role of Technology and Innovation Centres in the UK" et "Ingenious Britain", Hermann Hauser et James Dyson ont ainsi présenté une série de recommandations au gouvernement, qui s’est engagé à développer un réseau de centres de technologie et d’innovation (TIC, Technology and Innovation Centres), inspirés du modèle allemand des Instituts Fraunhofer.

A la suite des élections du mois de mai 2010, le nouveau gouvernement de coalition de David Cameron s’est engagé à mettre en application les recommandations des rapports Hauser et Dyson et à faire du Royaume-Uni un leader en matière d’exportation de produits de haute technologie au sein de l’Europe et de refocaliser le crédit impôt recherche sur les entreprises de haute technologie, les petites entreprises et les start-ups. En octobre 2010, David Cameron a également renforcé la volonté du gouvernement de soutenir le développement des TIC en annonçant un investissement de plus de 200 M£ sur quatre ans, dans le cadre d’un programme de grande envergure d’investissement pour l’innovation.

Suite à cette annonce, le conseil stratégique pour la technologie (TSB, Technology Strategy Board), l’agence nationale britannique de l’innovation, s’est attelé à la réalisation d’une brochure, publiée le 6 janvier 2011 [1]. Le but de cette brochure est de présenter les intentions du TSB en termes d’objectifs, de rôle, de gouvernance et de financement pour chaque TIC. Cette initiative s’effectue en parallèle d’une enquête du House of Commons Science and Technology Committee, dont les recommandations seront également ultérieurement prises en compte.

Six domaines d’intérêt technologique particulier ont été identifiés pour la première phase de trois à quatre TIC qui vont être développés d’ici à 2012 :
- activités manufacturières à forte valeur ajoutée ;
- énergie et ressources ;
- transport ;
- services de santé ;
- information et communication ;
- électronique, photonique et systèmes électriques.

Le TSB demandait, par l’intermédiaire de cette brochure et à tous les acteurs concernés, de faire part de leurs remarques et de leurs commentaires avant le 18 février 2011. Le premier TIC qui sera développé aura pour thématique les activités manufacturières à forte valeur ajoutée, et le TSB invitait tous les organismes intéressés par la formation d’un tel centre à se manifester avant le 31 janvier 2011.

La brochure réalisée par le TSB présente le cadre et la politique adoptée pour l’établissement des TIC, au travers de trois points majeurs :
- mode de financement ;
- gouvernance ;
- domaines technologiques considérés et implication.

Définition et mode de financement

Les TIC, orientés vers le business, représentent une passerelle entre le milieu académique et l’industrie, et complémentent le programme national britannique d’investissement dans le domaine de l’innovation (Innovation Platforms, Knowledge Transfer Networks, Knowledge Transfer Partnerships, Small Business Research Initiative...). L’investissement financier substantiel que recevra chaque TIC permettra de l’établir en tant que centre de renommée mondiale avec un impact global à l’étape pré-commerciale du développement de produits. Chaque TIC permettra l’accès, pour les entreprises, aux meilleurs experts techniques, infrastructure, compétences et équipement qui seraient, en d’autres circonstances, non accessibles aux entreprises individuelles.

A l’image des instituts Fraunhofer, dont un tiers du budget provient du gouvernement, un tiers du secteur privé, et un tiers de projets de recherche octroyés sur des fonds publics de manière compétitive à l’échelle du pays, le financement de chacun de ces TIC sera constitué d’un mélange de budget central investi par le TSB et de financement industriel obtenu de façon compétitive. Une fois un centre établi, il sera attendu que son financement soit généré équitablement à partir de trois sources :
- contrats de R&D financés par les entreprises et octroyés de façon compétitive ;
- projets collaboratifs de R&D appliquée financés par les secteurs public et privé, de façon compétitive ;
- financement public central pour un investissement à long terme dans l’infrastructure, l’expertise et le développement de compétences.

Chaque centre recevra un financement central de 5 à 10 M£ par an pendant les cinq premières années, avec possibilité de renouvellement pendant les dix premières années dans la mesure où la performance du centre est en adéquation avec le business plan et la métrique définie, le chiffre d’affaires annuel estimé sera de l’ordre de 20 à 30 M£, ce qui permettra l’emploi d’environ 150 personnes hautement qualifiées et le centre aura pour obligation d’attirer 10 à 15 M£ d’investissement privé par an pour être viable.

La mesure de la performance sera fondée, à long terme, sur l’augmentation de la création de richesses pour le pays et l’efficacité de la commercialisation de nouvelles technologies. Sur le court terme, le nombre de nouveaux clients, le succès des projets entrepris, le développement de propriété intellectuelle et la création de nouvelles entreprises seront autant de critères pris en considération pour mesurer la performance, et donc le succès, des TIC.

Gouvernance

Une structure de gouvernance bien établie est nécessaire pour assurer la direction stratégique et la qualité des services fournis par chaque centre. La structure de gouvernance s’articulera autour de trois éléments principaux :
- un comité consultatif créé par le TSB, qui aura pour objectif de superviser le réseau national de TIC et de rendre compte de l’évolution au conseil d’administration du TSB ;
- un comité de direction autonome, au sein de chaque centre, qui supervisera les programmes d’activité et fournira les conseils requis sur tout aspect du travail ;
- une petite équipe au sein du TSB ayant vocation de soutien au comité de supervision et qui assurera le respect du programme de financement central au jour le jour.

A l’échelle de chaque centre, une grande autonomie opérationnelle sera respectée, mais un comité de direction devra être établi et composé d’utilisateurs et d’experts de la technologie propre au centre. Chaque centre sera une entité légale indépendante, à but non lucratif, séparée de tout organisme hôte ou autres partenaires majeurs. Chaque centre sera responsable de l’établissement de son business plan, du respect des objectifs centraux, de la gestion des équipements et de la propriété intellectuelle. Le comité directeur de chaque centre devra être représentatif du mélange de l’esprit enthousiaste entrepreneurial, de l’expérience industrielle et des connaissances académiques.

Domaines technologiques considérés

L’établissement des centres se fera selon deux phases de développement : trois ou quatre centres seront mis en oeuvre en 2011-2012 et trois ou quatre autres en 2012-2013. Pour s’assurer que les centres pressentis parviennent à sécuriser le financement nécessaire à leur établissement et à leur développement, le TSB s’est inspiré des rapports de Hermann Hauser et James Dyson pour suggérer une liste de critères à adopter dans la définition des thématiques à privilégier :
- les marchés globaux accessibles via le centre en question doivent être de l’ordre de plusieurs milliards de livres sterling par an ;
- le Royaume-Uni doit se positionner en tant que leader mondial en termes de recherche dans le domaine considéré ;
- les entreprises britanniques doivent avoir les compétences requises pour exploiter la technologie développée ;
- les centres d’innovation et de technologie doivent permettre au Royaume-Uni d’attirer et d’ancrer les activités de recherche de grandes entreprises mobiles et sécuriser durablement la création de richesses pour le pays ;
- les priorités propres à chaque centre doivent être étroitement alignées avec les priorités stratégiques nationales.

Ces cinq critères seront utilisés pour évaluer la pertinence des centres proposés. Lors de la première phase de développement des TIC, trois ou quatre domaines technologiques seront sélectionnés dans la liste des six thèmes indiqués plus haut. Ces domaines sont très vastes et il est bien entendu que la majorité des centres auront un objectif technologique plus spécialisé. Certains domaines pourront nécessiter l’établissement de plusieurs centres et il n’y aura par conséquent pas nécessairement un seul et unique centre par domaine technologique.

Le centre dédié aux activités manufacturières à forte valeur ajoutée sera le premier établi, le Royaume-Uni se positionnant en tant que sixième plus grand fabricant mondial en termes de valeur ajoutée brute et les activités manufacturières à forte valeur ajoutée représentant un domaine clé pour le TSB. Il est escompté que ce centre soit formé à partir d’un consortium englobant toute sorte de procédés de fabrication, des métaux aux composites en passant par la biologie.

Sources :
- [1] http://redirectix.bulletins-electroniques.com/T4Qdk
- Pour de plus amples informations concernant l’approche du TSB sur les activités manufacturières à forte valeur ajoutée et sa stratégie, se rapporter à http://www.innovateuk.org.

Auteur : Dr Maggy Heintz

publié le 21/03/2011

haut de la page