Comment conjuguer restrictions budgétaires et lutte contre le changement climatique ?

Alors que le Department of Energy and Climate Change (DECC, Ministère de l’Energie et du Changement Climatique) vient de publier les restrictions budgétaires affectant le financement des technologies faiblement émettrices de carbone (voir encadré), un rapport publié par le Committee on Climate Change (CCC, Comité sur le Changement Climatique) met en garde contre une baisse des financements publics susceptible de mettre en péril la transition vers une économie verte au Royaume-Uni.

Le Royaume-Uni s’est engagé légalement, à travers le Climate Change Act de 2008, à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 80% par rapport au niveau de l’année 1990 d’ici à 2050. En plus de fixer ces objectifs chiffrés, cette loi a entraîné la création d’une commission indépendante intitulée Committee on Climate Change dont la vocation est, d’une part, d’apporter ses conseils au gouvernement dans la démarche de réduction des émissions de gaz à effet de serre du pays, et, d’autre part, de mener des études pour évaluer l’avancement des différents programmes technologiques concernés par cet engagement.

A la demande du gouvernement, le CCC a étudié la pertinence des mesures prises par le Royaume-Uni dans les domaines de la recherche et de l’innovation pour atteindre les objectifs fixés par le Climate Change Act. La conclusion du CCC, rendue dans un rapport publié le 19 juillet 2010, est sans appel : toute réduction du soutien financier du gouvernement envers les technologies faiblement émettrices de carbone est susceptible de fragiliser la position du Royaume-Uni dans ce domaine, mais aussi de ralentir la transition vers une économie verte et d’empêcher le respect des résultats imposés par le Climate Change Act. Dans le cas de certains programmes, le comité plaide même pour une augmentation des budgets afin de pouvoir atteindre les objectifs fixés en 2050.

Le rapport commence par présenter les grandes étapes d’une feuille de route vers 2050. La première étape est de rendre la production d’énergie elle-même moins émettrice de gaz à effet de serre. A partir de là, l’utilisation massive de l’électricité dans des domaines tels que les transports ou le chauffage permettra de faire baisser significativement les émissions du pays. D’une manière générale, l’efficacité énergétique doit être le but poursuivi une fois que la production d’énergie ne nécessite plus d’émettre de grandes quantités de gaz à effet de serre.

Dans son rapport, le CCC identifie six secteurs essentiels pour lesquels le soutien du gouvernement doit être sans faille. Il s’agit en fait des domaines où le CCC juge que le Royaume-Uni est le mieux placé en termes d’installations dédiées à la recherche et à la production, ce qui permettrait au pays de consolider ou de conquérir une place de leader dans le monde et donc d’accélérer le cycle de développement des technologies. Les six secteurs désignés par le CCC sont les suivants :
- la production d’énergie éolienne en offshore : les atouts du Royaume-Uni sont ses ressources naturelles et sa recherche en pointe dans ce domaine. Cela en fait le pays le mieux placé pour assurer le déploiement relativement rapide de ce type de fermes éoliennes ;
- la production d’énergie marémotrice et houlomotrice : les ressources naturelles potentielles du Royaume-Uni et l’expertise dans le domaine des technologies marines que possèdent les entreprises britanniques font du pays un futur leader ;
- le captage et le stockage du dioxyde de carbone au niveau des centrales de production d’énergie : les forces du Royaume-Uni dans ce domaine sont la présence de sites de stockage potentiels et l’expertise en matière d’études des sols issues de l’exploitation gazière de la mer du Nord ;
- les réseaux de distribution d’électricité dits intelligents (smart grids) : le Royaume-Uni peut s’appuyer dans ce domaine sur les capacités de recherche de ses universités et sur l’industrie des machines électriques et de l’électronique de puissance ;
- les véhicules électriques : la position du pays en termes de Recherche & Développement et d’innovation sur les moteurs électriques et l’électronique de puissance est solide. De plus, les récents investissements de constructeurs étrangers dans la production de batteries et de véhicules électriques sur le sol britannique permettent au pays d’espérer prendre une place importante dans le secteur, même si les grands centres de décisions de l’industrie automobile ne sont plus au Royaume-Uni ;
- l’aéronautique : la position du Royaume-Uni est très forte dans ce secteur notamment sur les voilures, les moteurs et la recherche sur de nouveaux matériaux pour le transport aérien. Ainsi, le pays peut briguer une place de leader dans le développement de technologies visant à inscrire ce secteur dans la nouvelle économie verte.

Le rapport du CCC identifie également des technologies essentielles dans la perspective de remplir les objectifs fixés par le Climate Change Act, mais pour lesquelles la position actuelle du Royaume-Uni ne devrait pas lui permettre de jouer un rôle moteur au niveau mondial. Pour celles-ci, le soutien public devrait aller dans le sens du déploiement et de l’adaptation au marché britannique. Le CCC inclut notamment dans cette catégorie la production d’énergie par fission nucléaire, les pompes à chaleur et l’isolation des bâtiments ainsi que les technologies de captage et de stockage du dioxyde de carbone pour l’industrie (à distinguer de celles associées aux centrales thermiques de production d’électricité).

Enfin, le CCC évoque les technologies qui sont à un stade moins avancé mais qui sont susceptibles de participer à l’effort de réduction des émissions d’ici à 2050. Elles doivent bénéficier du soutien de fonds publics pour la Recherche et le Développement avant une implication plus grande éventuelle selon les premiers résultats obtenus. Le comité recommande donc de soutenir, entre autres, les programmes de recherche visant à améliorer l’efficacité des panneaux solaires, à développer de nouveaux moyens de stockage de l’énergie, et ceux qui sont consacrés aux piles à combustible.

Le rapport s’intéresse ensuite de manière plus quantitative aux niveaux de financement public des différentes technologies et conclut qu’ils sont actuellement au niveau minimum pour atteindre les objectifs légaux. Tout en soulignant que la raison d’être de ces financements est de permettre aux nouvelles technologies d’attirer des investissements privés, le CCC préconise une augmentation des financements publics dans la plupart des technologies clés identifiées plus haut.

La dernière section du rapport est consacrée au cadre institutionnel du soutien public aux technologies vertes. Dans ce volet de son étude, le CCC met le doigt sur l’absence de stratégie à très long terme (jusqu’à 2050) de la part du gouvernement qui se contente d’un plan à l’horizon 2020. Par ailleurs, le rapport souligne le décalage entre les financements publics dépendant pour la plupart de cycles budgétaires de trois ans incompatibles avec les cycles de développement de la plupart des technologies et il plaide donc pour une plus grande continuité dans les financements et les stratégies adoptés par les gouvernements successifs.

Il est intéressant de mettre en parallèle les conclusions du rapport du CCC avec les réductions budgétaires annoncées par le DECC (voir encadré) rendues publiques à quelques jours d’intervalle. L’avenir nous dira si la promesse faite par le Premier Ministre Cameron en mai de faire de son gouvernement le plus "vert" qu’il y ait jamais eu a été effectivement tenue : était-il possible de faire plus "vert" que ces coupes modérées dans un contexte de restrictions budgétaires drastiques ?

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En mai 2010, peu après la formation du nouveau gouvernement de coalition entre les conservateurs et les libéraux-démocrates, un plan d’économies immédiates de 6,2 Md£ répartis sur l’ensemble des ministères destiné à endiguer le déficit public (11% du Produit Intérieur Brut en 2009) était annoncé. Relativement épargné par rapport aux autres ministères, le DECC était toutefois chargé de réduire ses dépenses de 85 M£.

Les coupes prévues sur les dépenses de fonctionnement au sein du ministère ont été très rapidement rendues publiques le 16 juillet ; elles représentent la majorité des efforts demandés au DECC avec 50 M£. Restaient 35 M£ à retirer des budgets destinés à accompagner la transition vers une économie reposant sur des technologies faiblement émettrices de carbone. Les subventions accordées à la production d’énergie issue de la biomasse, de la géothermie ou du vent sont en baisse alors que le fonds destiné à aider la construction de bâtiments moins consommateurs en énergie est purement et simplement supprimé. Pour finir, le budget consacré à équiper le gouvernement et à en faire un exemple dans l’utilisation des technologies bas carbone est lui aussi réduit, ainsi que la subvention du DECC au Carbon Trust, organisation dont le but est d’accélérer et de faciliter l’émergence d’une économie verte au Royaume-Uni.

Malgré ces restrictions budgétaires, les dépenses du DECC destinées aux technologies permettant de diminuer substantiellement les émissions de gaz à effet de serre s’élèveront pour l’année 2010 à 150 M£.


Sources :
- Committee on Climate Change, 19/07/2010, "Building a low-carbon economy - the UK’s innovation challenge", http://redirectix.bulletins-electroniques.com/FMoIe
- DECC, 16/07/2010, Savings by DECC on Low Carbon Technology Programmes, http://www.decc.gov.uk/en/content/cms/news/pn10_84/pn10_84.aspx


Auteur : Joël Constant

publié le 26/10/2010

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