Comment éviter de gaspiller la chaleur résiduelle des centrales thermiques britanniques ?

Selon un rapport de l’ICE (Institution of Civil Engineers, institution des ingénieurs civils) intitulé Why waste heat ?, la chaleur résiduelle produite par les centrales thermiques à combustion fossiles (fioul, gaz, charbon) ou nucléaire pourrait être utilisée pour le chauffage des maisons britanniques grâce au principe de cogénération [1](CHP, combined heat and power), technique permettant de produire en un seul processus de la chaleur et de l’électricité. En effet, toutes les centrales thermiques, qu’elles fonctionnent au fioul, au gaz, au charbon ou avec de la matière fissile ne peuvent transformer en énergie électrique qu’une partie de la chaleur qu’elles produisent. Le reste étant évacué sous forme de chaleur résiduelle. Contrairement à une centrale électrique classique où les gaz d’échappement sont directement évacués par la cheminée, les gaz d’échappement d’une centrale de cogénération électricité-chaleur sont d’abord refroidis, cédant leur énergie à un circuit eau chaude/vapeur.
En 2007, la production de chaleur représentait 42 % de toute l’énergie primaire consommée au Royaume-Uni. A titre de comparaison, le secteur des transports et de la production d’électricité représentaient respectivement 39 % et 19 % de l’énergie primaire consommée. Raison pour laquelle, l’ICE invite le gouvernement à prendre toutes les mesures nécessaires afin d’éviter le recourt à des sources d’énergie primaires telles que le pétrole et le gaz pour la production de chaleur.
Selon le Dr Patrick James, chercheur à l’Université de Southampton ayant participé à cette étude, grâce au principe de cogénération, une centrale au charbon comme celle de Kingsnorth, dans le Kent, pourrait approvisionner la population locale en chauffage et eau chaude sanitaire. Le groupe de chercheurs ayant réalisé cette étude estime que près de 6,55TWh de chaleur sont gaspillées lors de la production d’électricité à Kingsnorth, alors que dans le même temps, la demande de chaleur de la région s’élève à 5,91 TWh.
L’ICE recommande au gouvernement britannique de mener une étude de faisabilité sur la cogénération et la création de réseaux de chauffage urbain à Drax, Ferrybridge, Eggborough dans le Yorkshire ,et Kingsnorth. Une nouvelle centrale thermique au charbon, d’une capacité de 2 000 MW, est prévue pour l’année 2012 à Kingsnorth. L’ICE suggère donc que celle-ci utilise le principe de cogénération pour pallier aux besoins en chauffage et en électricité de tous les habitants de la région.
L’ICE suggère également que le gouvernement britannique examine le modèle danois où chaque petite ville possède sa propre petite centrale électrique, idéalement située afin de faciliter l’approvisionnement en chaleur et en électricité. Ceci, selon le Dr Keith Tovey, membre de l’ICE et chercheur en sciences de l’environnement à l’Université d’East Anglia, a non seulement le potentiel de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre mais permet également de répondre aux besoins en chauffage et en électricité de petites zones urbaines. Ainsi, une petite centrale de cogénération installée à l’Université d’East Anglia aurait réduit de 33 % ses émissions de gaz à effet de serre.
D’après le Dr Patrick James, l’emplacement d’une usine est un facteur essentiel, car toute la chaleur produite à partir de celle-ci est transmise à des résidents par le biais d’un réseau vaste et coûteux. Raison pour laquelle de nombreuses centrales nucléaires ne sont pas des candidates idéales pour la production simultanée de chaleur et d’électricité. Ces centrales étant généralement isolées et éloignées de toute population.
Toujours selon le Dr James, l’installation de systèmes de récupération de chaleur sur l’ensemble des centrales électriques permettrait non seulement de couvrir 5 % de la demande en chaleur au Royaume-Uni mais également de réduire les émissions de dioxyde de carbone de 10 millions de tonnes. De surcroît, il estime que la meilleure façon de réduire la demande de chauffage au Royaume-Uni passe par l’isolation des logements, ce qui est une tâche relativement aisée pour les logements neufs, mais beaucoup plus difficile dans le cas de vieilles habitations. D’où la nécessité d’utiliser la chaleur résiduelle des centrales thermiques à combustion fossile pour les besoins en chauffage des propriétaires d’habitations difficiles à rénover.
L’ICE espère que le gouvernement britannique tiendra compte de ses recommandations lors de la planification de nouvelles centrales électriques.■


Sources :

- The Engineer, 3/06/09
- Institution of Civil Engineers
- EUROPA


Auteur : Mickaël Haustant

[1Un travail plus général, incluant la cogénération, avait été mené sur la valorisation de la biomasse au Royaume-Uni à l’été 2007. Pour accéder au dossier qui s’y rapporte, consulter le lien suivant
http://www.ambafrance-uk.org/La-valorisation-energetique-de-la.html

publié le 21/01/2010

haut de la page