Compte-rendu de la conférence Sustainable Development UK 2011

La conférence Sustainable Development UK 2011 s’est tenue le 17 mars 2011 à Londres. La pertinence de cet évènement sur le développement durable s’est trouvée renforcée par le contexte actuel puisque i) le Royaume-Uni dessine les contours de son futur système énergétique, pour le rendre plus sobre en carbone et assurer la sécurité future de l’approvisionnement en énergie, ii) des travaux récents ont mis en évidence les faiblesses du système alimentaire et agricole mondial et la nécessité de le rendre durable et plus efficace, et iii) à l’échelle mondiale, l’année 2011 devrait voir le début des travaux de concrétisation des engagements issus du sommet de Cancun. Tous ces aspects concourent à mettre le développement durable à l’ordre du jour des décideurs politiques.

Le but de cette journée était d’évoquer, devant un public majoritairement composé de membres des administrations, des autorités locales et des universités britanniques, les enjeux couverts par la thématique du développement durable. La conférence se voulait aussi un moyen d’identifier les rôles que les différents niveaux de gouvernance, les entreprises et les consommateurs ont à jouer dans ce domaine. Ainsi, les participants ont bénéficié de présentations illustrant différentes approches du développement durable : locale avec le Royal Borough of Kensington and Chelsea, nationale avec le Department for Environment Food and Rural Affairs (DEFRA, ministère de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales), le Department of Energy and Climate Change (DECC, ministère de l’énergie et du changement climatique), et le House of Commons Energy and Climate Change Select Committe (comité parlementaire sur l’énergie et le changement climatique de la Chambre des Communes), mais aussi internationale avec la Commission Européenne. Cette mise en perspective a permis de constater à quel point les stratégies et actions menées à chacun de ces échelons devaient se compléter pour pouvoir aboutir à des résultats concrets.

Parmi les intervenants, Artur Runge-Metzger, en charge de la Stratégie Climat et Internationale à la Direction Générale de l’Action pour le Climat de la Commission Européenne, a qualifié les résultats obtenus à Cancun de positifs, mais en a souligné les limites : absence d’un accord légalement contraignant, bien sûr, mais aussi de suite au protocole de Kyoto, et de discussions sur l’agriculture, le transport aérien et maritime. Pour lui, 2011 sera une année de mise en oeuvre concrète des engagements pris à Cancun et de discussions, notamment sur les aspects financiers de l’aide à apporter aux pays en voie de développement pour faire face au changement climatique.

Le conseiller scientifique du DEFRA, Robert Watson, a indiqué que les chances de limiter l’augmentation de la température à 2°C étaient infimes. Il a également avancé le fait qu’en prenant en compte le carbone incorporé dans les produits importés au Royaume-Uni, les émissions de gaz à effet de serre du pays étaient en réalité en hausse de 12% par rapport à 1990. Selon lui, ce chiffre révèle la nécessité de faire évoluer, enfin, le comportement des consommateurs vis-à-vis de l’énergie. Quant à la stratégie en matière de développement durable, elle doit être définie en prenant en compte trois aspects : l’environnement et la biodiversité, le changement climatique et la production alimentaire.

De son côté, Caroline Spelman, la ministre de l’environnement, a mis en évidence son rôle et celui du DEFRA dans le gouvernement de coalition : faisant partie de plusieurs comités du Cabinet Office, elle peut inclure la thématique du développement durable dans ses discussions avec les autres membres. Le DEFRA a également la possibilité d’examiner la pertinence des politiques définies par les autres ministères en ce qui concerne le développement durable.

Le président du comité parlementaire sur l’énergie et le changement climatique de la chambre des communes, Tim Yeo, a pris la parole sur la stratégie énergétique du Royaume-Uni comme un des quatre axes de la réponse à apporter au changement climatique (les trois autres étant les transports, le bâtiment et l’exploitation des forêts). Il a notamment plaidé pour des actions plus nombreuses en faveur de l’efficacité énergétique, car agir sur la demande est tout aussi important que de rendre la production d’énergie plus sobre en carbone.

Compte-tenu des évènements japonais, John Beddington, conseiller scientifique du gouvernement, retenu par une réunion de crise, ne s’est pas exprimé comme prévu. Pour ce qui est de l’énergie nucléaire, David MacKay, le conseiller scientifique du DECC, a insisté sur le fait qu’elle faisait partie des quatre piliers de la stratégie énergétique britannique aux côtés de l’éolien offshore, de la biomasse, et des dispositifs de captage et stockage du CO2. Pour lui, se priver de l’option nucléaire reviendrait à exiger une très forte évolution du comportement des consommateurs. Tim Yeo a affirmé, pour sa part, que le Royaume-Uni avait besoin du nucléaire, en insistant sur le fait que les conditions environnementales britanniques sont très différentes de celles du Japon pour ce qui est des secousses sismiques et des tsunamis.

Cette journée consacrée au développement durable a été l’occasion de présenter une vision plus exhaustive que celle axée uniquement sur les émissions de gaz à effet de serre et la production d’énergie, souvent mise en avant par le DECC. Les réactions des intervenants sur la place du nucléaire dans le futur mix énergétique britannique indiquent que l’incident grave de la centrale de Fukushima Dai-Ichi ne semble pas de nature à remettre en cause la volonté de l’exécutif de moderniser le parc nucléaire du Royaume-Uni.


Auteur : Joël Constant

publié le 16/05/2011

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