> Contributions à la réflexion nationale sur la réforme de la recherche en santé - juil/aout 2006

1 La consultation

Au cours de l’annonce du budget en mars 2006, le chancelier de l’échiquier Gordon Brown avait proposé que les budgets du Medical Research Council (MRC) et des programmes de recherche et développement (R&D) du National Health Service (NHS) fusionnent pour former un structure unique de la recherche en santé, chargée de coordonner et de financer la recherche depuis les domaines les plus fondamentaux jusqu’à la clinique. Une étude détaillée des possibilités de mise en oeuvre de cette proposition a été commandée à Sir David Cooksey, qui a lancé une consultation nationale pendant l’été (cf. Actualités scientifiques au Royaume-Uni d’avril 2006, p.8). Ses recommandations sont attendues en octobre 2006.

2 Les réponses

2.1 La Royal Society et l’Academy of Medical Sciences (AMS)

La Royal Society (RS) et l’Academy of Medical Sciences (AMS) ont publié une réponse conjointe à la consultation et se disent favorables aux propositions du gouvernement de créer un budget unique, et fléché, pour la recherche en santé. Les deux sociétés savantes ajoutent que, pour optimiser le potentiel et les applications de la recherche menée pouvant bénéficier aux patients à la fois au Royaume-Uni et dans le monde entier, cette entité unique devra être dotée d’une direction, d’une gouvernance, des ressources et de la culture nécessaires.

Par ailleurs, le nouveau modèle choisi devra, d’une part, préserver les points forts du MRC et des programmes R&D du NHS, et, d’autre part, conserver une cohérence à travers l’ensemble de la recherche en santé : des sciences fondamentales biomédicales à la santé publique et l’innovation, en passant par la médecine expérimentale et les essais cliniques.

Le modèle qu’ils proposent est composé d’un Board of the National Councils for Health Research (Board), responsable du budget unique et de l’allocation des fonds entre le MRC et un nouveau conseil, le Health Innovation Council (HIC). Le Board représente l’interlocuteur privilégié avec le Department of Trade and Industry (DTI, Ministère du commerce et de l’industrie) et le Department of Health (DH, Minsistère de la santé) par l’intermédiaire d’un comité interministériel pour la recherche en santé (voir figure ci-dessous). Le Board sera en charge de défendre son budget lors de l’allocation du budget de la science (au cours duquel les huit conseils de recherche entrent en compétition pour un budget prédéfini) et devra s’assurer de l’indépendance de la recherche vis-à-vis d’une pression politique à court terme. Les auteurs indiquent que leur modèle protège la réputation internationale du MRC pour l’excellence de sa recherche. Le HIC, quant à lui, sera en charge de renforcer la recherche en santé et l’innovation, et d’encourager le développement d’une culture de la propriété intellectuelle au sein du NHS. Il sera l’intermédiaire pour gérer les relations avec les administrations dévolues et facilitera l’innovation et la recherche du NHS dans les régions.

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Modèle institutionnel proposé par les deux sociétés savantes, Royal Society et Academy of Medical Sciences pour la réforme vers un budget unique de la recherche en santé.

La réponse conjointe des deux sociétés savantes répond point par point aux douze questions posées dans la consultation de Sir David Cooksey et sera donc présentée comme telle. Les points de vue, critiques et suggestions sont systématiquement celles des auteurs.

- Quelles sont les forces et faiblesses actuelles du MRC et des programmes R&D du NHS ? Comment soutiennent-ils la recherche et les besoins de formation du NHS, des services sociaux, des secteurs industriel et universitaire ? Y a-t-il des efforts à faire dans ce sens, et si oui, quels sont-ils ?

Le MRC

Le MRC jouit d’une réputation internationale pour l’excellence de la recherche qu’il finance, en partie grâce à la qualité de la stratégie employée et aux méthodes d’évaluation qu’il a mises en oeuvre. Le MRC est responsable d’avancées scientifiques majeures dans plusieurs domaines de la recherche en santé, parmi lesquelles on peut citer le développement des essais contrôlés randomisés. Il contribue de façon significative à l’innovation et aux transferts de technologies, par exemple avec les anticorps monoclonaux humanisés ou la microscopie confocale. Le MRC est également très réputé pour la qualité de la formation des scientifiques et compte plusieurs prix Nobel dans ses rangs.

Malgré des améliorations récentes, le MRC a connu moins de succès en recherche fondamentale qu’en recherche appliquée, translationnelle et clinique. Des financements resserrés ont conduits à une augmentation des taux d’échec des demandes de subvention avec pour conséquences le rejet de très bons projets. Les auteurs souhaitent que l’accent mis sur la recherche clinique ne se fasse pas au détriment de la recherche fondamentale, et suggèrent que des fonds spécifiques soient mis à disposition pour financer le renforcement des activités proposées en recherche clinique et translationnelle.

Enfin, les bonnes relations que le MRC entretient avec la communauté universitaire peuvent s’expliquer en partie par l’implication directe de cette dernière dans les décisions de financement et de stratégies globales concernant la recherche. Cette gouvernance donne une image de transparence très appréciée. Les auteurs conseillent donc un modèle de gouvernance similaire qui pourrait, selon eux, être la clé du succès lors du rapprochement du MRC et des programmes R&D du NHS.

La R&D du NHS

Si le NHS a significativement contribué à la médecine universitaire, en particulier aux plans local et régional, des faiblesses importantes se sont révélées au cours de ces dernières années : une coordination inadaptée entre les scientifiques et les décideurs a affaibli la stratégie concernant les soins de santé à travers l’ensemble du réseau ; la difficulté à réserver aux cliniciens scientifiques en poste des plages horaires consacrées à la recherche reste un problème, tout comme l’absence de budgets locaux dédiés à la recherche pour des projets pilotes ; les financements de recherche ont souvent été redirigés vers les soins aux patients en raison de la pression qui pèse sur les directeurs d’hôpitaux pour atteindre les objectifs établis par le gouvernement. Les auteurs se félicitent de la publication, par le ministère de la Santé, du rapport Best research for Best Health (Une meilleure recherche pour une meilleure santé, voir les Actualités scientifiques au Royaume-Uni de février 2006, p.23), rapport dans lequel le gouvernement propose des solutions pour protéger la recherche médicale.

Soutien aux NHS, services sociaux et secteurs industriel et universitaire

Selon la Royal Society et l’Academy of Medical Sciences, le modèle proposé permettrait de démarquer et de renforcer la visibilité de la R&D au sein du NHS. Les essais cliniques pourraient, par exemple, apporter des informations intéressantes au NICE (National Institute of Clinical Excellence, chargé d’établir au plan national les règles de promotion de bonne santé et de prévention des maladies) sur de nouvelles thérapies pouvant potentiellement être utilisées au sein du NHS. Le fléchage des financements consacrés à la R&D permettra d’échelonner les priorités de recherche malgré la pression existant sur les hôpitaux. Les auteurs suggèrent que le budget soit également accompagné de mesures d’encouragement pour les directeurs d’hôpitaux, qui pourraient varier en fonction de critères prédéterminés comme, par exemple, les collaborations avec les universités, les instituts de recherche ou l’industrie.

La création d’un budget unique pour la recherche en santé devrait permettre d’impliquer davantage les patients et le public dans les programmes de recherche, que ce soit comme participants, consommateurs ou encore partie prenante.

Par ailleurs, de bonnes relations avec les autres conseils de recherche et le secteur associatif des charities seront indispensables au succès de cette réforme. Il faudra que le NHS mette en place une infrastructure qui convienne au secteur des charities pour établir des coopérations fortes dont les avantages peuvent être illustrés par les installations de recherche cliniques établies par le Wellcome Trust Millenium Awards. Il serait également bon d’encourager les relations avec l’industrie, qu’il s’agisse de la formation du personnel ou de la recherche industrielle au sein du NHS (essais cliniques, transfert de technologies et de connaissances grâce à une recherche collaborative et à l’essaimage). Les auteurs jugent qu’ensemble, ces mesures pourraient faire croître le nombre de réseaux et d’essais cliniques de phase 3. Ils ajoutent que le succès de telles collaborations ne sont pas seulement une question de budget, mais nécessitent également des stratégies solides et un cadre de gouvernance axé sur la recherche clinique, crucial pour l’utilisation et le partage des données personnelles.

Enfin, les auteurs estiment que l’adoption de produits innovants par le NHS est un processus trop lent, en particulier pour les appareils et les diagnostics médicaux. Ils suggèrent donc que le HIC et le NICE développent ensemble une stratégie efficace, qui resterait la propriété du NHS, pour accélérer ce processus.

- Selon vous, à quels défis scientifiques et organisationnels majeurs doit répondre la recherche en santé et la formation au Royaume-Uni dans la décennie à venir ? Comment le gouvernement britannique pourrait-il relever au mieux ces défis ? Quels sont, à votre avis, les objectifs que doit établir le gouvernement pour lui-même en terme de recherche en santé, et pourquoi ?

Les objectifs primordiaux de la recherche en santé britannique devraient être : l’accumulation de nouvelles connaissances à travers l’excellence des recherches biomédicale et clinique et la capacité d’appliquer ces connaissances aux pratiques médicales ; l’assurance que la recherche britannique reste non seulement compétitive, mais leader à l’échelle mondiale.

En terme d’agence de financement de la recherche, les sociétés savantes indiquent que les défis à relever sont d’ordre générique et citent 5 points d’importance : (i) comment maximiser l’allocation des fonds ; (ii) comment sélectionner les meilleurs scientifiques et former la prochaine génération ; (iii) comment, s’il en est besoin, déterminer les priorités de recherche ; (iv) comment trouver le meilleur équilibre entre les modes de financements d’appels d’offre thématiques (top-bottom) et blancs (bottom-up) ; (v) comment déterminer si les financements alloués font une différence en termes de résultats et de succès de la recherche.

Enfin, dans son rapport intitulé Strengthening Clinical Research (renforcer la recherche clinique), l’Academy of Medical Sciences suggère le maintien de la flexibilité en terme de gestion des sciences, le soutien aux scientifiques de classe internationale et l’encouragement aux transferts de technologies. Ensemble, les deux académies soulignent trois points supplémentaires à prendre en compte : assurer que les priorités de recherche données au MRC et consacrées à la santé britannique n’entravent pas ses engagements internationaux ; répartir les réseaux d’essais cliniques à travers les organisations de soins de santé régionales ; améliorer et alléger la gouvernance de la recherche.

- Quelles devraient-être les priorités du gouvernement en terme de recherche sur la santé ? Y a-t-il des domaines scientifiques qu’il devrait arrêter de financer pour le bénéfice de thématiques alternatives ? En l’absence de financements extérieurs, quels sont les domaines scientifiques dont les budgets pourraient être réduits afin de libérer des fonds ?

Selon les sociétés savantes, les priorités du gouvernement en matière de recherche en santé sont avant tout de soutenir l’excellence scientifique et sa traduction effective en pratique médicale dans l’intérêt du patient. Pour cela, il doit maintenir une base solide de recherche fondamentale, soutenir les meilleurs scientifiques, et accroître l’efficacité du NHS en améliorant les infrastructures et de capital humain.

Les auteurs estiment qu’une coordination efficace entre le MRC et le HIC permettrait à des appels d’offre blancs d’être suppléés par un système d’appels d’offre thématiques ciblés. Le choix de ces thématiques devrait faire l’objet d’une attention toute particulière et prendre en compte les domaines ne pouvant faire appel à des financements extérieurs (par exemple ceux non soutenus par les charities qui se consacrent à la recherche médicale). « UK Health Research Analysis », la récente publication du UKCRC (United Kingdom Clinical Research Centre), apporte pour cela un outil utile pour évaluer les activités de recherche au Royaume-Uni en relation avec les besoins de santé.

- Comment les décisions devraient-elles être prises pour conserver un équilibre entre les bénéfices socio-économiques sur le long terme d’une recherche biomédicale fondamentale de haut niveau et les besoins d’une recherche appliquée à plus courte échéance permettant d’améliorer les soins de santé ainsi que d’autres services publiques ? Quel est l’équilibre le plus adapté entre les financements publics pour les recherches « top-bottom » et « bottom-up » ? Comment trouver un bon équilibre entre les financements pour les recherches fondamentale, translationnelle et appliquée ? Cet équilibre devrait-il être fixé une fois pour toute ou doit-il être ajusté selon les besoins ? Quels mécanismes devraient être utilisés pour juger d’un bon équilibre ?

Selon les auteurs, l’équilibre des financements varie temporellement et devrait être influencé non seulement par les besoins des patients mais aussi par les opportunités scientifiques (avancées techniques, idées novatrices...). Dans tous les cas, la recherche fondamentale doit être maintenue pour alimenter les pipelines menant à l’exploitation des connaissances. Les auteurs soulignent que trop d’accent mis sur les appels d’offre thématiques difficilement solubles (pour des raisons de manque de connaissances ou d’insuffisance technologique) présente le danger de bloquer de l’argent qui pourrait être destiné à des problèmes plus facilement solubles et parfois tout aussi importants.

Si la traduction des connaissances en pratiques médicales est importante, les sociétés savantes rappellent que leur traduction en politiques de soins de santé l’est tout autant. C’est pourquoi ils attribuent à la nouvelle structure un rôle significatif dans la promotion des priorités de recherche en santé publique que ce soit au sein du ministère de la Santé ou d’autres ministères : ceci assurerait ainsi que ces politiques reposent sur des bases solides et leur mises en oeuvre sur des méthodes d’évaluation fiables. Pour les auteurs, seule la recherche en santé financée par des fonds publics permet de conserver la flexibilité nécessaire à une adaptation rapide lorsque des changements brusques apparaissent et que les priorités sont modifiées (on peut citer en exemple l’apparition de SRAS en 2003).

Les deux sociétés savantes ajoutent qu’une des conditions essentielles à l’optimisation de la compétitivité repose sur un équilibre approprié entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée, la première nécessitant des perspectives à long terme alors que la seconde est plus souvent considérée à court terme.

- D’après votre expérience, le financement public de la recherche en santé a-t-il mené à des résultats permettant le développement de nouveaux traitements influençant à la fois les pratiques et les politiques de santé mises en place ? Quelles leçons pourraient améliorer l’intégration des avancées scientifiques dans le secteur médical ?

L’évaluation systématique des résultats de recherche est une tâche difficile et doit prendre en compte de nombreux paramètres tels que la qualité internationale de la recherche menée, la valeur des résultats négatifs, les avancées et développements irréguliers de la connaissance, l’importance de la recherche blue-sky et les intervalles de temps entre les avancées scientifiques et les bénéfices cliniques et/ou commerciaux qui en dérivent. Ceci est illustré par exemple par le travail mené par Richard Doll qui avait étudié le lien entre le tabagisme et le cancer du poumon dans les années 1940.

Les auteurs soulignent l’importance du rôle des sociétés spécialisées et d’une approche intégrée de la translation des résultats de recherche et illustrent leur propos par l’exemple suivant : le Wellcome Trust, qui a financièrement soutenu des développements clés en matière de thérapie cognitive du comportement, a fait appel au NHS (lorsque les potentiels bénéfices pour le patient se sont révélés évidents, pour former des thérapeutes ou évaluer les formations mises en place) et au NICE pour l’évaluation de l’efficacité des thérapies.

Selon les auteurs, les domaines dans lesquels la communauté scientifique britannique pourrait tirer des leçons concernent les méthodes d’évaluation, et de meilleures cohérences en matière de pratiques d’évaluation et d’efficacité à démontrer le succès de la recherche.

- Comment améliorer les liens entre les chercheurs « fondamentaux », « translationnels » et « appliqués » travaillant à travers tout le secteur de la recherche en santé ? Comment améliorer les liens entre les différentes disciplines, notamment les ingénieurs, les physiciens et les sociologues ?

L’objectif d’engendrer une culture dans laquelle les chercheurs peuvent traverser les barrières disciplinaires à volonté nécessite d’établir une relation efficace avec les HEFC et les universités, tout spécialement dans les disciplines des sciences biologiques, sciences sociales, sciences physiques, sciences de l’ingénieur et la chimie. Les auteurs soulignent l’importance d’éviter la création de nouvelles barrières artificielles avec d’autres disciplines lors de ce processus. L’environnement institutionnel jouera un rôle majeur car il permet la fertilisation croisée d’idées et la formation de partenariats collaboratifs au sein desquels peuvent prendre place des interactions spontanées entre les chercheurs.

La direction de la nouvelle structure aura un rôle important dans la promotion d’une culture multi-disciplinaire. Les auteurs estiment qu’une relation constructive avec le MRC et les autres conseils de recherche ainsi qu’avec RCUK (Research Council UK, structure fédérative de l’ensemble des huit conseils de recherche britanniques) devra être maintenue. Enfin, la nécessité d’une bonne gestion et de voies de financements encourageant les initiatives communes devra prévaloir.

- Comment le gouvernement peut-il encourager la translation, l’entreprenariat et l’innovation en recherche en santé en vue d’améliorer les services publics au Royaume-Uni ?

Les auteurs estiment que la formation de cliniciens et autres personnels de santé intéressés par la recherche fait partie intégrante d’un processus visant à combler la brèche entre les laboratoires et la clinique. Selon eux, l’accent doit être spécifiquement mis sur le recrutement des jeunes cliniciens-chercheurs et la mise en place de mécanismes permettant de préserver des périodes consacrées à la recherche chez les cliniciens déjà établis. Par ailleurs, la translation, l’entreprenariat et l’innovation seraient encouragés par une intensification de la mobilité du personnel entre les secteurs industriel, universitaire et le NHS. A cette mobilité, il faudrait ajouter des formations commerciales pour les scientifiques.

Les relations entre le NHS et l’industrie devraient se faire très en amont de la recherche, d’une part pour permettre au NHS de planifier l’introduction de nouveaux médicaments et appareils médicaux et, d’autre part, pour encourager l’industrie à prendre en compte les besoins du NHS dans sa stratégie de R&D. Les auteurs estiment que le Royaume-Uni est bien placé pour prendre une avance globale en médecine expérimentale grâce à son système de va-et-vient entre la paillasse du laboratoire et le lit du patient.

Le NHS ayant éprouvé dans le passé des difficultés à protéger la propriété intellectuelle émanant des recherches menées en son sein, des leçons pourraient être tirées des activités du MRC Technology (MRCT) et de Cancer Research Technology ainsi que de certaines universités qui ont aujourd’hui 20 ans d’expérience dans le domaine.

Par ailleurs, les auteurs suggèrent un investissement dans des partenariats entre les secteurs publics et privés dans des domaines scientifiques considérés comme pré-compétitifs par l’industrie. L’innovation et le transfert de technologies par les chercheurs, les institutions ou les hôpitaux du NHS devraient être récompensés grâce à des aides financières appropriées.

- Comment les financements britanniques de recherche en santé (publics ou privés) pourraient-ils être mieux utilisés pour fournir les infrastructures appropriées aux recherches fondamentale, translationnelle et appliquée ? Pour soutenir le travail du NICE ? Faciliter l’innovation et les collaborations avec l’industrie ? Mettre en avant et s’attaquer aux échecs du marché dans les applications des soins de santé ?

Comme précédemment indiqué, des fonds devraient être disponibles localement pour des projets pilotes, qui pourraient être alloués par le HIC à la suite d’une évaluation des dossiers de candidature par les pairs. Les auteurs répètent également l’importance de définir des infrastructures flexibles et de planifier un investissement d’infrastructure informatique au sein du NHS.

Ils estiment qu’il existe un rôle pour le financement public dans les développement précoces de domaines émergents, tels les cellules souches, les small interfering RiboNucleic Acids (siRNA) ou la thérapie génique, ainsi que dans les échecs du marché, comme par exemple les médicaments orphelins. Ce financement se doit également de poursuivre l’exploration de produits mis sur le marché et qui ne présentent plus un intérêt majeur pour l’industrie.

- Quelles leçons le Royaume-Uni pourrait-il tirer d’autres pays au moment où il met en place les changements institutionnels proposés ?

Si les auteurs admettent que le Royaume-Uni a besoin d’être informé des meilleures pratiques existant dans d’autres pays, ils estiment cependant qu’aucun autre pays au monde ne jouit des opportunités exceptionnelles que représente le NHS pour la recherche clinique. Ils soulignent également que des leçons peuvent aussi être tirées des meilleures pratiques existant au Royaume-Uni au niveau local ou régional et qu’il est nécessaire de pouvoir les identifier et les disséminer au niveau national.

- Considérant un budget unique pour la recherche en santé, le MRC et la R&D du NHS devraient-ils être fusionnés ou être simplement rapprochés, et comment ? A qui donner la responsabilité du budget unique ? Une illustration de vos arguments serait la bienvenue.

Les auteurs considèrent que le modèle proposé permettra la promotion d’une culture professionnelle et d’une gestion rigoureuse, répondra aux besoins des patients et comportera une entité décisionnelle flexible. Le Board serait responsable de l’évaluation et de l’approbation des stratégies développées par les deux conseils MRC et HIC ainsi que de la promotion de la cohérence à travers l’ensemble de leurs activités. Il serait également l’interlocuteur chargé de défendre le budget lors de l’allocation du budget de la science.

Le Board conserverait une relation privilégiée avec le DTI et le DH afin d’éviter la création de barrières transdisciplinaires et d’assurer la propriété intellectuelle des hôpitaux et les engagements avec l’industrie pharmaceutique. Les auteurs reconnaissent la difficulté de rendre compte à deux ministères et proposent donc la création d’un comité interministériel pour la recherche en santé.

Selon leur modèle, chacun des deux conseils MRC et HIC est dirigé par un directeur, présent aux réunions de l’autre conseil et du Board. Le MRC serait soutenu par un conseil d’administration (CA) dont les responsabilités et la composition restent similaires au CA actuel. En revanche, le CA du HIC est composé de représentants des hôpitaux du NHS, des régions, des patients, des cliniciens, des scientifiques et de l’industrie. Le MRC reste responsable de la direction stratégique de sa recherche et le HIC est responsable des infrastructures de recherche au sein du NHS et de l’identification des domaines de recherche orphelins, néanmoins importants. Les auteurs soulignent l’importance, à leurs yeux, d’une fonctionnalité croisée entre les deux conseils de recherche, notamment en matière d’évaluation des projets scientifiques par les pairs, d’identification des priorités en santé, du transfert de technologies, des essais cliniques et de la santé publique. Il reste à déterminer si le MRCT devrait être étendu pour absorber les besoins de transfert de connaissances et de technologies provenant du HIC.

- Les succès des récentes innovations de recherche en santé (tels par exemple les réseaux de recherche clinique) et les structures proposées devraient-elle reposer sur le nouveau système informatique NHS « Connecting for Health », et si oui, à quel point ?

Le changement des mécanismes de financement de la recherche en santé ne sera pas suffisant pour exploiter les potentiels du NHS et en faire un environnement de qualité mondiale pour la recherche clinique. A ces changements devront s’ajouter l’amélioration des structures régulatrices, de gouvernance et informatiques. Selon les auteurs, la réforme de ce système informatique déjà démarré apportera des bénéfices à la recherche médicale aussi bien au niveau universitaire qu’industriel, mais il est encore trop tôt pour juger de son succès (pour davantage d’information sur ce système informatique, voir Les actualités scientifiques au Royaume-Uni des mois de juillet/août 2005, p47 et janvier 2006, p52).

Connecting for Health

Le programme Connecting for Health permettra d’intégrer des systèmes informatiques modernes au sein du NHS afin d’améliorer les soins et les services aux patients. Au cours des 10 prochaines années, ce programme permettra d’interconnecter 30 000 médecins généralistes en Angleterre à environ 300 hôpitaux, leurs donnant ainsi accès aux données personnelles de ces patients

- Etant donné que la R&D du NHS est une activité actuellement régionalisée (au plan des quatre grandes régions Angleterre, Ecosse, Pays de Galles, Irlande du Nord) mais que le travail des conseils de recherche ne l’est pas, comment ces activités peuvent-elles fonctionner au mieux ensemble pour optimiser la santé et les bénéfices économiques pour le Royaume-Uni ?

Les auteurs estiment que le soutien continu de la recherche à travers le Royaume-Uni est un point critique permettant de conserver un avantage compétitif international. Selon eux, le MRC doit conserver la responsabilité financière pour l’ensemble du territoire britannique des programmes de recherche, de ses unités et de ses instituts. En revanche, la nature régionale du financement de la R&D du NHS dans les quatre administrations (Angleterre, Ecosse, Pays de Galles et Irlande du Nord) a permis des partenariats innovants forts en matière de traduction de la recherche en santé. Les modèles permettant la formation de groupes universitaires en coopération avec les agences de développement régionales (comme l’a démontré un succès important en Ecosse) pourraient donc être adaptés à d’autres régions du Royaume-Uni.

Les activités du HIC pourraient ne comprendre, dans un premier temps, que la R&D du NHS en Angleterre. Mais l’avenir est à planifier dès aujourd’hui, et inclut une coordination avec les R&D des administrations dévolues. Les auteurs reconnaissent qu’ils ne sont pas en mesure d’apporter une solution simple à cette question et estiment que des débats et des négociations avec les administrations dévolues seront nécessaires.

2.2Le Biotechnology and Biological Sciences Research Council (BBSRC)

Dans une réponse publiée le 31 juillet 2006, le Biotechnology and Biological Sciences Research Council (BBSRC) estime que la création d’un budget unique pour la recherche en santé sera bénéfique aux transferts vers la clinique, des résultats de recherche obtenus au laboratoire. Bien que le financement de la recherche par le BBSRC exclut explicitement la recherche des maladies humaines et les études pré-cliniques et cliniques, les biosciences soutenues par ce conseil de recherche permettent d’améliorer la connaissance et la compréhension des fonctions biologiques « normales ». Les domaines de recherche financés par le BBSRC incluent quatre priorités, à savoir l’agriculture durable, l’organisme en bonne santé, les biosciences pour l’industrie et la biologie intégrative et des systèmes. Chacune de ces priorités présente donc une interface plus oumoins large avec cellesdu MRC, qu’il s’agisse de la génomique, de la grippe aviaireou encore descellules souches.

Les conseils de recherche travaillentsouvent en collaborationétroite dans des domaines de recherche complémentaires grâce à des mécanismes variés qui devraient être maintenus lorsque le nouveau budget unique sera créé. Le BBSRC indique que lui-même et le MRC travaillent selon le principe que des politiques libérales marchent mieux que des politiques restrictives en matière de recherche aux interfaces entre les deux conseils de recherche. Ils ont pour cela mis en place des mécanismes efficaces de partage d’information, de transfert des demandes de subvention et de développement stratégique afin d’éviter les doubles et de promouvoir la synergie dans des domaines complémentaires. Le BBSRC souhaite que ces mécanismes efficaces puissent perdurer après la création du budget unique pour la recherche en santé. En ce qui concerne l’évaluation de la recherche à financer, le BBSRC demande que cette évaluation soit effectuée par un système rigoureux de révision des projets par des pairs, fondé sur les méthodes mises en oeuvre par le MRC.

Par ailleurs, le BBSRC souhaite que ce nouveau centre financier soit inclus dans la « famille » de RCUK car celui-ci apporte une valeur ajoutée non négligeable à la recherche britannique. Il ne tranche cependant pas entre un statut indépendant ayant de forts liens avec RCUK ou un statut où cette nouvelle entité serait un membre à part entière à l’image des conseils de recherche déjà en place.

Enfin, le BBSRC propose qu’un conseil indépendant, avec à sa tête un président indépendant, gouverne ce nouveau centre qui pourrait prendre le statut d’agence. Enfin, une nouvelle organisation devra apporter le soutien financier aux infrastructures et essais cliniques menés par le NHS.


Sources : Response to the Review of UK Health Research, www.royalsoc.ac.uk/displaypagedoc.asp?id=21334 ; Research Fortnight, 19/07/06, www.researchresearch.co.uk ; BBSRC, News, 31/07/06, www.bbsrc.ac.uk/news/articles/06_july_cooksey.html


Auteur : Dr Claire Mouchot

publié le 01/02/2007

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