Décès de quatre soldats français en Afghanistan

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Paris, 24 janvier 2012

1. Discours du Président de la République à l’occasion des vœux au Corps diplomatique étranger - Extraits

"Quatre de nos soldats ont été tués. Je veux rendre hommage à leur sacrifice. Et pour le chef des Armées que je suis, c’est toujours un moment de grande solitude face à sa responsabilité, devant le destin brisé de ces jeunes hommes courageux, qui font honneur à l’armée française, qui ont l’esprit de sacrifice.

L’engagement de la France en Afghanistan a été décidé il y a une dizaine d’années. J’ai poursuivi cette décision, pour être aux côtés du peuple afghan dans sa juste lutte contre les forces de l’obscurantisme, de la barbarie et d’un retour à un climat moyenâgeux dans un pays où les femmes, les petites filles étaient martyrisées.

Les gouvernements qui ont pris la décision d’envoyer l’armée française en Afghanistan, je le crois, ont pris une bonne décision. Mais l’armée française est en Afghanistan au service des Afghans, contre le terrorisme et contre les Talibans. L’armée française n’est pas en Afghanistan pour que les soldats afghans lui tirent dessus.

J’ai donc décidé d’envoyer le ministre de la Défense et le chef d’Etat-major de nos armées immédiatement en Afghanistan. D’ici là, toutes les opérations de formation et d’aide au combat de l’armée française sont suspendues.

Le ministre de la Défense nous fera un rapport, avec le Premier ministre et le ministre d’Etat, sur ce qu’il aura vu en Afghanistan. Et si les conditions de sécurité pour nos soldats, comme les conditions du recrutement des soldats afghans au sein de l’armée afghane, ne sont pas clairement précisées et sûres, la France en tirera immédiatement toutes les conséquences. Nous sommes les amis du peuple afghan, nous sommes des alliés du peuple afghan, mais je ne peux pas accepter que des soldats afghans tirent sur des soldats français.

Si les conditions de sécurité ne sont pas clairement rétablies, alors se posera la question d’un retour anticipé de l’armée française en France.

Ce retour était envisagé au plus tard pour 2014. J’évoquerai cette question avec le Président Karzai lors de sa visite en France.

L’armée française est aux côtés de ses alliés, mais nous ne pouvons accepter qu’un seul de nos soldats soit blessé ou tué par nos alliés. C’est inacceptable et je ne l’accepterai pas.

Sans doute mes propos qui vont suivre auront-ils une dimension moins dramatique. C’est une décision difficile que celle que nous aurons à prendre dans les jours qui viennent, mais je me devais de l’assumer face aux Français et face à nos soldats.

Il y a la guerre. Il y a les objectifs que nous nous sommes fixés, et puis il y a des conditions de sécurité qui, si elles ne sont pas établies clairement, nous empêchent de faire le travail que nous avons à faire. Chacun est mis devant ses responsabilités. En tout cas, en tant que chef des armées, je prendrai les miennes."

2. Conférence de presse d’Alain Juppé

"Je voudrais, comme le président de la République l’a fait ce matin à l’occasion des vœux qu’il adressait au corps diplomatique, exprimer, tout d’abord, ma profonde émotion devant la tragédie qui vient de se dérouler en Afghanistan, en début de matinée, sur la base militaire de Gwan, partagée entre des forces afghanes et le contingent français. Quatre de nos soldats ont été tués, une quinzaine ont été blessés - dont huit sont dans un état grave - par un soldat de l’armée afghane."

3. Hommage de François Fillon aux soldats assassinés et blessés en Afghanistan

Lors de son déplacement à Sarrebourg, François Fillon a rendu un hommage aux quatre soldats français assassinés en Afghanistan par un homme en uniforme de l’armée afghane. Cette attaque s’est produite dans la province de Kapisa où stationne le contingent français pour participer à la formation de l’armée afghane. D’autres militaires ont été blessés. « Leur bravoure est grande et leur professionnalisme est reconnu, et c’est la raison pour laquelle leurs adversaires usent de méthodes aussi basses et aussi ignobles. » a déclaré François Fillon. « Je pense à leur famille, je pense à leurs amis, je pense à leurs frères d’armes, je veux leur adresser au nom du Gouvernement un message de solidarité et d’affection. » a conclu le Premier ministre.

4. François Fillon : "Aucun doute n’est permis sur la volonté de la France d’accomplir sa mission" en Afghanistan

Le Premier ministre François Fillon s’est exprimé, mardi 24 janvier lors des questions d’actualité à l’Assemblée nationale, sur "l’assassinat qui a coûté la vie à quatre de nos soldats et qui en a blessé 14 autres" en Afghanistan dimanche 22 janvier. C’est "un choc pour leurs familles, pour nos armées, et pour la Nation toute entière", a-t-il déclaré.

Une évaluation sur les conditions de sécurité des soldats a été effectuée sur place par le ministre de la Défense Gérard Longuet et le chef d’état-major des Armées. "Le président de la République annoncera les conclusions qu’il tire de cette évaluation, après les avoir partagées avec le président Karzaï, qui sera en France vendredi ", a indiqué le Premier ministre.

"Aucun doute n’est permis sur la volonté de la France d’accomplir sa mission en coordination avec les 47 autres pays qui forment la Force internationale d’assistance et de sécurité. Cette mission n’est pas terminée", a rappelé le Premier ministre. Dans le cadre du programme de transfert progressif aux forces afghanes des responsabilités de sécurité, "nous avons élaboré un plan de retrait des troupes françaises, qui s’est déjà traduit par le départ de 400 militaires à la fin de l’année dernière. Ce plan se poursuivra comme nous l’avons annoncé cette année, avec le retour d’environ 600 militaires supplémentaires", a-t-il souligné.

5. Réponse d’Alain Juppé, à une question d’actualité à l’Assemblée nationale (24 janvier 2012)

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés, Monsieur le Député,

Vous avez eu le mérite, Monsieur le Premier Ministre, de rappeler dans quelles conditions la France s’est engagée en Afghanistan depuis maintenant dix ans. La stratégie qui est la nôtre en Afghanistan est cohérente et nous l’avons définie à nouveau avec nos alliés, en novembre 2010, dans le cadre du sommet de l’OTAN.

Elle se déroule selon trois axes : le premier, c’est le transfert progressif à l’armée afghane de la responsabilité d’assurer la sécurité du peuple afghan. Ce processus est en marche. Nous aurons retiré quatre cents hommes depuis l’année dernière et un millier à la fin de cette année.

M. le Premier ministre vient de rappeler la réflexion en cours qui est de savoir quelles conséquences nous allons tirer de l’assassinat perpétré récemment contre nos soldats, assassinat qui a produit tout à l’heure un moment d’unité nationale dans cette Assemblée.

Le deuxième objectif, c’est d’aider l’Afghanistan à se développer. Nous avons déjà beaucoup fait en ce sens et ce sera l’objet du traité d’amitié et de coopération que le président de la République signera vendredi prochain avec le président Karzaï.

Enfin le troisième objectif, c’est d’appuyer la réconciliation nationale entre Afghans et d’assurer un système de sécurité collective autour de l’Afghanistan.

Voilà ce que nous faisons là-bas avec des objectifs très clairs, défendre nos intérêts ; c’est-à-dire lutter contre le terrorisme, défendre nos valeurs et aider le peuple afghan à affirmer sa liberté et à conquérir la démocratie.

Cela étant dit, je crois qu’il ne faut pas céder à la panique. Il ne faut pas confondre un retrait ordonné et une retraite précipitée. Quand j’entends parler de retrait immédiat, fusse à la fin 2012, je ne suis pas sûr que ceci ait été mûrement réfléchi et mûrement étudié. Il y a d’abord des conditions militaires à respecter pour la sécurité-même de nos soldats, c’est la ligne que la France s’est fixée, c’est notre honneur et notre responsabilité.

publié le 25/01/2012

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