Découverte de nouveaux gènes de risques pour la sclérose en plaque

Suite à 30 longues années de recherches infructueuses sur les causes de la sclérose en plaques (SEP), une collaboration scientifique anglo-américaine a découvert deux gènes connus pour jouer un rôle important dans la réponse immunitaire et liés au développement de la maladie. Leurs résultats sont publiés dans deux journaux scientifiques The New England Journal of Medicine et Nature Genetics.

L’étude menée, extrêmement complexe, impliquant quelque cinq groupes de recherche et qui n’aurait pas été possible sans cette collaboration étroite, utilise des techniques d’association de génomes pour identifier les allèles facteurs de risques pour la SEP. L’association de génome correspond à une recherche détaillée du génome humain pour des facteurs de risques génétiques, grâce à l’utilisation de tests d’association menés sur des centaines de milliers (voire des millions) de génotypes par échantillon. Les scientifiques ont scanné le génome de milliers de patients touchés par la maladie grâce à des technologies de pointe, ce qui leur a permis d’obtenir une carte génétique relativement précise, portant en particulier sur des différences génétiques minuscules qui pourraient représenter des facteurs de risques importants de la maladie (aussi appelées Single Nucleotide Polymorphisms, SNPs). La technologie des puces à ADN a notamment été utilisée pour identifier les variants communs chez 931 trios familiaux (un enfant touché par la maladie et ses deux parents) et les tester pour association. Dans le but de dupliquer les résultats, le génotype de 110 SNPS a été ensuite étudié sur 609 trios familiaux distincts, 2322 sujets atteints et 789 sujets contrôles. Une analyse de données conjointe faite à partir de 12 360 sujets a été conduite pour estimer la signification globale et l’effet de taille des associations entre les allèles et les risques de SEP.

La sclérose en plaque

La sclérose en plaque est une maladie neurodégénérative chronique encore incurable, présumée auto-immunitaire dans laquelle les lymphocytes et les macrophages envahissent le système nerveux central, parfois même avec des anticorps. Multifactorielle, elle se traduit par une démyélinisation des fibres nerveuses du système nerveux central, conduisant à une altération de la conduction nerveuse, et éventuellement une paralysie généralisée.
Les causes de cette maladie sont encore mal connues, associant des facteurs génétiques (démontrées par des études de jumeaux et de fratries), environnementaux et un facteur déclencheur de la maladie. Ce dernier est probablement infectieux car un taux élevé d’anticorps sont retrouvés contre certains virus, par exemple celui de la rougeole.
La sclérose en plaque a la particularité d’évoluer par phases : phases de poussées lors d’une nouvelle zone de démyélinisation, et phase de rémissions lors de la cicatrisation et de la remyélinisation partielle. Malheureusement, au cours du temps, les nouvelles poussées cicatrisent moins bien et moins vite, et les altérations neurologiques finissent par ne plus régresser, constituant des lésions définitives. Le rythme des phases de poussées/rémissions est très variable d’un individu à l’autre : certaines personnes peuvent donc être touchées par la maladie pendant de longues années sans impact majeur en dehors des phases de poussées, alors que chez d’autres une détérioration rapide de la qualité de vie survient en rapport avec des poussées fréquentes et peu résolutives
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Crédit : Rieger F. (copyright : Inserm)

Les résultats publiés sont concluants : sur les 110 SNPs étudiés, deux au sein du gène codant pour le récepteur alpha de l’interleukine-2 (IL2R-alpha) et un dans le gène codant pour le récepteur alpha de l’interleukine-7 (IL7R-alpha) étaient fortement associés à la sclérose en plaques.

Pour le Dr. Stephen Sawcer, de l’Université de Cambridge au Royaume-Uni, il s’agit d’une découverte extrêmement importante bien que le risque de développer la maladie dû à la présence de ces altérations minimes dans ces gènes ne soit augmenté que de façon minime. Il ajoute que les scientifiques estiment à 50 ou 100 le nombre de gènes impliqués dans l’étiologie de cette maladie avec la même proportion de risque. Selon lui, ce ne sera que lorsque ces nombreux autres gènes auront été découverts que les chercheurs pourront identifier les personnes porteuses d’un grand nombre de ces gènes, et examiner quels autres facteurs peuvent jouer un rôle.

Sources : BBC News, 30/07/07, http://news.bbc.co.uk ; The New England Journal of Medicine, NEJM, online publishing, 29/07/07, 357 www.nejm.com ; Nature Genetics, advance online publication, doi:10.1038/ng2103, 29/07/7, www.nature.com/ng

publié le 17/11/2008

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