Des membres bioniques - de la fiction à la réalité ?

Des chercheurs basés à University College London (UCL) ont mis au point une prothèse novatrice qui pourrait changer la vie quotidienne des personnes ayant subi l’amputation d’un membre. Copié sur l’observation approfondie de la croissance des bois de cerfs, un élément de la prothèse sera inséré directement dans l’extrémité de l’os du membre amputé et viendra percer le tissu épidermique avant d’être fixé sur le reste du membre prosthétique. L’un des gros avantages de cette technique permettra d’éviter les frottements parfois douloureux entre le membre amputé (le plus souvent protégé d’une chaussette) et la prothèse fixée sur cette chaussette. Par ailleurs, les chercheurs espèrent qu’à terme, ces nouvelles prothèses pourront éventuellement être entièrement contrôlées par le système nerveux central.

Une telle pratique n’avait jamais été réalisée jusqu’alors en raison des risques importants d’infections que peut présenter une telle « blessure » de la peau. En effet, le corps humain préserve son homéostasie interne grâce à la peau et au mucus qui offrent des parois imperméables aux importantes variabilités et attaques du milieu extérieur, et permettent ainsi de conserver un milieu interne stable (température, composition chimique...). Les dents ont, en ce sens, une structure unique en ce qu’elles représentent chez l’Homme la seule structure qui traverse cet épiderme de façon naturelle. Dans le monde animal il existe cependant d’autres exemples qui ont longtemps fasciné les scientifiques, notamment celui de la croissance annuelle des bois de cerfs : comment fait « Mère-Nature » pour que la peau, sujette à une « blessure » naturelle, ne contracte pas d’infection ? La réponse est venue de l’étude approfondie de ces bois, tissu osseux chez le cerf : leur structure extrêmement poreuse donne la possibilité au tissu épidermique d’y adhérer rapidement à l’aide de longues fibres qui lui servent d’ancrage.

Nommée Intraosseous Transcutaneous Amputation Prothesis, la prothèse mise au point nécessite l’insertion d’un morceau de titane directement dans l’extrémité de l’os du membre amputé et son passage au travers de la peau vers le milieu extérieur. Les premières études ont montré que les risques d’infection étaient exceptionnellement rares car la rapidité d’adhésion de la peau au titane empêche l’entrée des bactéries et protège le milieu interne.

Les premiers essais cliniques très encourageants ont eu lieu sur des patients ayant perdu un doigt ou un pouce, à l’hôpital Mount Vernon à Middlesex au nord de Londres. Pour les scientifiques, la prochaine étape consistera à mettre en place des prothèses pour des membres inférieurs ou supérieurs. Selon le docteur Paul Unwin, directeur général de Stanmore Implants Worldwide, les victimes des attentats londoniens de l’été 2005 pourraient être impliquées dans ces essais cliniques. Il estime que le remplacement de doigts pourrait devenir une technique courante d’ici un à deux ans, et le remplacement d‘un membre inférieur ou supérieur d’ici environ 5 ans.


Sources : Nature, 19/06/06, News, www.nature.com ; BBC News, 19/06/06 et 11/05/06, www.bbc.co.uk/news

publié le 21/07/2009

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