> « Echange ovocytes non fécondés pour la recherche sur les cellules souches contre FIV bon marché » - sept 2006

La réglementation britannique relative à la recherche sur les cellules souches embryonnaires n’a pas cessé d’évoluer au cours de la dernière décennie et le champ des recherches autorisées s’est encore élargi au cours de l’été 2006. En effet, la Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA, haute autorité britannique en charge de l’aide à la procréation assistée et de la recherche en embryologie) a accordé une licence permettant aux femmes n’ayant pas les moyens financiers d’entreprendre le traitement nécessaire pour une fécondation in vitro (FIV) de donner leurs ovules à la recherche, en échange d’un traitement de FIV à prix réduit. La différence sera payée par l’équipe de recherche recueillant les ovules donnés, qui seront utilisés pour accroître la compréhension des mécanismes du clonage thérapeutique. Selon les chercheurs, cette décision permettra d’augmenter le nombre d’ovules disponibles pour la recherche et accélèrera les progrès médicaux des thérapies cellulaires utilisant des cellules souches embryonnaires.

Malgré l’attribution de cette licence, l’équipe récipiendaire ne pourra cependant pas effectuer le travail de laboratoire avant d’obtenir des financements de recherche, ce qui pourrait prendre environ un an. L’équipe de scientifiques dirigée par le professeur Alison Murdoch et intégrée au sein de l’institut North East England Stem Cell Institute (NESCI) est la première équipe ayant reçu cette autorisation. Il lui faudra maintenant recruter les donneuses d’ovocytes au Newcastle NHS Fertility Centre. Le travail scientifique de laboratoire sera, quant à lui, mené dans les universités de Newcastle ou de Durham, qui font également partie de NESCI. Ce dernier a pour objectif de convertir la recherche fondamentale menée sur les cellules souches en des technologies non seulement financièrement abordables mais aussi éthiquement incontestables. A terme, les chercheurs espèrent développer des thérapies cellulaires utilisant des cellules souches embryonnaires permettant de traiter certaines maladies dégénératives, les effets du vieillissement ou encore des blessures sérieuses. L’institut a reçu des financements substantiels de l’agence de développement régionale, One NorthEast.

Le concept d’échange d’ovules contre rétribution financière est permise au Royaume-Uni depuis une dizaine d’années, mais il était jusqu’à maintenant limité à un projet parental. Les couples en situation financière délicate pouvaient donner des ovules à des couples ne pouvant en avoir par eux-mêmes. En échange, ces derniers payaient une partie des frais du traitement au couple donneur.
En 2004, l’équipe de chercheurs menée par le professeur Alison Murdoch et basée au Centre for Life à Newcastle, avait été la première équipe britannique autorisée à utiliser les ovules non fécondés pour la recherche, uniquement après consentement par les patientes informées. Depuis 2005, le personnel des cliniques peut demander aux patientes suivies pour une FIV de donner leurs ovules de façon volontaire, lorsque le nombre produit est supérieur à 12.

Dans le même temps, la HFEA a également annoncé le lancement à l’automne d’une consultation sur ce même sujet. Un important volet de cette consultation consistera à établir des règles solides permettant d’assurer, d’une part, que les intérêts et besoins des patientes restent la priorité, et, d’autre part, qu’aucune contrainte n’influence le choix individuel des femmes à qui l’on propose ce contrat d’échange.

Selon le professeur Murdoch, une information détaillée est déjà transmise à chaque patiente et une majorité d’entre elles montre un intérêt à participer à la recherche en faisant un don d’ovules. Elle insiste sur le fait que les patientes ne seront pas mises sous pression et qu’il n’existe aucun risque médical supplémentaire pour la femme. Elle ajoute que ce contrat aboutit à une situation où les deux parties sont gagnantes : les couples qui n’auraient pas les moyens de suivre le traitement peuvent espérer fonder une famille et la recherche peut progresser.

Les réactions ne se sont pas fait attendre à la suite de cette annonce par la HFEA. Peter Braude, professeur de gynécologie et d’obstétrique à l’Université King’s College London, s’est dit surpris : si la situation est délicate car la recherche a besoin d’un plus grand nombre d’ovocytes pour faire progresser les traitements, la décision équivaut, selon lui, à payer les patientes pour les dons d’ovocytes pour la recherche, et va ainsi à l’encontre de la situation de statu quo actuelle. La présidente du comité d’éthique de la British Fertility Society, le Dr Gillian Lockwood, estime que cette décision n’aura que peu d’impact sur le nombre d’ovocytes donnés à d’autres couples. En revanche, la directrice de CoRE (Comments on Reproductive Ethics, groupe d’intérêt public), Josephine Quintavalle, s’inquiète que les intérêts de la femme ne passent au second plan. Selon elle, le traitement visant à stimuler l’ovulation devrait être minimal afin de collecter le minimum d’ovules nécessaires à la FIV. En revanche, la licence accordée par la HFEA pourrait rendre les traitements plus lourds afin d’obtenir davantage d’ovocytes. Elle va jusqu’à dire que cette décision est une façon masquée de contraindre certaines classes de femmes à devenir donneuses.

Le professeur Austin Smith, ancien directeur du centre pour la recherche sur les cellules souches à l’Université d’Edimbourg où il a fait de nombreuses découvertes cruciales dans ce domaine, a rejoint l’Université de Cambridge dans le courant de l’été 2006. Spécialiste de la croissance et de la différentiation des kératinocytes (cellules de la couche supérieure de la peau aussi appelée épiderme), Fiona Watt est directrice adjointe du Cancer Research UK Cambridge Research Institute. Sa nomination comme directrice adjointe du Wellcome Trust Centre for Stem Cell Research permettra d’intensifier les coopérations entre ces deux instituts.

Par ailleurs, le Wellcome Trust (WT), le Medical Research Council (MRC) et la Wolfson Foundation (WF) ont annoncé le 25 juillet 2006 un investissement conjoint de 10 millions de livres (environ 15 millions d’euros) pour la création d’un nouveau centre d’excellence destiné à la recherche fondamentale sur les cellules souches. Le WT apportera 7 millions de livres (environ 10 millions d’euros) et le MRC et la WF contribueront chacun à hauteur de 1,5 million de livre (environ 2,2 millions d’euros). Nommé le Wellcome Trust Centre for Stem Cell Research, ce centre sera inauguré à Cambridge en décembre 2006 et sera dirigé par les professeurs Austin Smith et Fiona Watt.

De classe internationale, le nouveau centre sera dédié à la recherche fondamentale sur les cellules souches, visant en particulier à définir les mécanismes génétiques et biochimiques contrôlant leur développement et leur différentiation en cellules spécialisées. Les experts espèrent qu’à partir de ces connaissances, il sera possible de différencier les cellules souches selon un modèle particulier de maladie.

Sources : BBC News, 27/07/06, http://news.bbc.co.uk ; Université de Newcastle, Press release, 27/07/06, www.ncl.ac.uk ; Wellcome Trust, Press release, 25/07/06, www.wellcome.ac.uk

publié le 31/01/2007

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