Editorial janvier-février 2012

Alerte sur le PNB

Le 20 février à Nairobi, à l’occasion de la réunion du conseil d’administration du PNUE/FMME (Programme des Nations-Unies pour l’Environnement/Forum ministériel mondial sur l’environnement),le professeur Sir Bob Watson, conseiller scientifique du DEFRA (Ministère de l’Environnement de l’alimentation et du affaires rurales) a présenté les conclusions du rapport "Environment and Development Challenges : The Imperative to Act". Ce document, cosigné par 21 lauréats du Blue Planet Prize(1), demande urgemment aux gouvernements de remplacer le PNB comme mesure de la richesse des nations par un autre indicateur plus adapté pour quantifier la vraie richesse d’un monde en plein chamboulement. Le PNB, inventé pour répondre à la grande dépression des années 30 et aider les gouvernements à suivre l’état de santé économique de leur pays, a aujourd’hui vécu. Selon Sir Bob, il est non seulement inadapté, mais dangereux ; ainsi une centrale à charbon relâchant du CO2 dans l’atmosphère est comptée dans l’agrégat classique comme un investissement ou une dépense, la part dégradant l’environnement n’apparaissant pas. Une nouvelle métrique doit désormais être trouvée, la Banque mondiale y travaille d’ailleurs depuis plusieurs années.

En substance, les auteurs du rapport proposent de substituer au PNB actuel une métrique permettant de mesurer respectivement le capital naturel, construit, humain et social et l’interaction entre ces différents éléments. Ceci pour éviter une catastrophe climati∆que, écologique, une pauvreté aggravée et une crise alimentaire, puisqu’à leurs yeux nous ne dispo∆sons plus d’outils adéquats permettant une compréhension pertinente de l’état du monde pour entreprendre les actions qui s’imposent. Point positif dans ce diagnostic particulièrement sombre : la situation n’est pas si dramatique car il existe des solutions à la portée de l’humanité. Il reste que le système est "cassé" selon Bob Watson, "il nous conduit à un futur de 3 à 5°C plus chaud qu’aucune espèce vivante sur terre n’a connu jusqu’à présent, détruisant l’équilibre écologique qui jusqu’ici a permis de vivre en bonne santé, et de créer de la richesse".

D’autres mesures méritent d’être relevées : i) arrêter de subventionner des secteurs comme l’énergie, les transports et l’agriculture, responsables de coûts sociaux et environ∆nementaux qui restent impayés ; ii) maîtriser la surconsommation et traiter la pression démographique en libérant les femmes qui ne le sont pas encore, améliorant leur niveau d’éducation et rendant la contraception accessible pour toutes ; iii) transformer les processus de décision pour donner du pouvoir aux groupes marginalisés et intégrer les politiques économiques, sociales et environnementales plutôt que de les mettre en compétition ; iv) préserver la biodiversité et les services liés aux écosystèmes pour créer un marché fondateur d’économies vertes ; et v) investir dans la connaissance - en la créant et en la partageant - via la recherche et la formation permettant aux gouvernements, aux entreprises, et à la société dans son ensemble, de construire un avenir durable.

Enfin, les auteurs insistent sur trois grands enjeux difficiles qui font encore débat. L’un technique, qui porte sur le mix technologique optimal garantissant une transition vers une économie décarbonnée aux meilleures conditions vues d’un PNB revisité ; les deux autres sur la meilleure façon de développer i) des capacités de leadership, et ii) des outils de bonne gouvernance, ces deux aspects demeurant encore très mal maîtrisés mais absolument centraux pour le succès d’un développement durable. Ils concluent pour insister sur l’absence de dichotomie entre le progrès économique et la protection de l’environnement via un contrôle du changement climatique et une perte de la biodiversité. Pour passer du rêve à la réalité, il faut agir maintenant compte tenu de l’inertie du système socio-économique et de l’irréversibilité, pour des siècles, du changement climatique et de l’appauvrissement de la biodiversité.

Un rapport très stimulant, présenté en ouverture de la réunion ministérielle de Nairobi, emblématique pour la préparation du Sommet de Rio + 20, teinté, certes, de pensée néo-malthusienne si chère au monde anglo-saxon, et qui fait appel au crédo technico-scientifique comme solution à beaucoup de nos maux. Et sur ce dernier point, on ne peut vraiment pas lui donner tort quand il s’agit d’environnement et de développement durables.

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[1] Sorte de Prix Nobel des sciences de l’environnement (dont le professeur Watson a été récipiendaire en 2010) créé et financé par la fondation Asahi Glass à l’occasion du Sommet de Rio en 1992 et décerné annuellement depuis.

Serge Plattard, Conseiller pour la science et la technologie

publié le 19/03/2012

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