Editorial mai - juin 2012

Le Royaume-Uni, un grand pays spatial européen ?

Le public britannique a eu la bonne surprise de découvrir fin mai-début juin que le Royaume disposait d’un secteur spatial bénéficiant d’un taux de croissance exceptionnel ces dix dernières années, inconnu dans les autres domaines d’activité touchés par la crise depuis 2008. C’est en tout cas ce qu’indique un rapport publié le 27 mai 2012 par l’Institute of Directors (IoD, Institut des directeurs), une association d’aide et de conseil aux responsables d’entreprise active depuis plus d’un siècle, intitulé "Space : Britain’s New Infrastructure Frontier". Ce rapport veut démontrer à l’envi l’importance de l’activité spatiale comme source d’innovation, de création d’emplois, nouvel atout pour la compétitivité économique du Royaume-Uni.

Mais de quoi s’agit-il plus précisément ? D’une véritable success story qui fait la part belle aux services aval utilisant la composante spatiale, comme la télédiffusion satellitaire qui en représente 70% avec l’acteur majeur qu’est BSkyB. Avec près de 8 Md£ de chiffre d’affaires en 2010, employant 25.000 personnes et générant 60.000 emplois indirects, ce secteur, qui a doublé de taille en 10 ans, pourrait employer 100.000 personnes en 2020 si le rythme de croissance de ces dernières années se maintient. L’écrasante domination des services, avec 88% du total de l’activité du secteur, reposant pour l’essentiel sur la télédiffusion et les télécommunications, souligne la faible part manufacturière, à l’exception remarquable de Surrey Satellite Technologies Ltd (une spin-off de l’université du Surrey acquise par EADS en 2009, affichant un chiffre d’affaires d’une centaine de M£ / an, leader mondial dans la construction de microsatellites), et d’EADS-Astrium. Le secteur institutionnel civil, via UK Space Agency, avec un budget annuel de 313 M£, pèse pour moins de 4% de l’ensemble et représente seulement 0,73% du budget consolidé des agences spatiales dans le monde en 2010...

Ce rapport entrevoit également la possibilité offerte aux industriels britanniques de se lancer dans la course au transport spatial bon marché. Après les succès récents de la société américaine SpaceX avec son lanceur Falcon 9 qui a pu satelliser une capsule réutilisable vers la Station Spatiale Internationale (ISS) et la faire revenir sur Terre, mettant le coût du kilogramme placé en orbite basse à 5.000$, il serait possible de faire encore moins cher. Pour cela, un lanceur hybride, Skylon, lointain successeur de l’HOTOL qui se voulait être un concept concurrent d’Ariane 5, pourrait mettre en orbite basse une charge utile de 15 tonnes au coût de 1.000$ / kg d’ici dix ans. Mais si ce concept développé par la société Reaction Engines paraît séduisant, il manque encore de maturité technologique pour être candidat au lancement d’un projet reposant sur un financement européen.

Enfin, un port spatial serait également une nouvelle corde à l’arc du secteur spatial britannique, devenant un hub pour le tourisme spatial et apportant des retombées économiques au niveau local. Un site, utilisant une ancienne base de la RAF en Ecosse ou en Irlande du Nord, voire dans le sud-ouest de l’Angleterre, pourrait être aménagé à moindre coût. On l’aura compris, depuis que Sir Richard Branson, le Président de Virgin, a créé avec l’américain Scaled Composites la société Virgin Galactic pour commercialiser des vols suborbitaux à partir du Nouveau-Mexique, utilisant un avion-fusée largué d’un avion porteur, pour les futurs touristes spatiaux à 200.000$ la place, l’industrie britannique voudrait également sa part dans ce nouveau business jugé très prometteur, innovant et créateur d’emplois. Il faut aussi garder à l’esprit l’ambition britannique de devenir un acteur du transport spatial à bas coût pour le lancement de petits satellites à partir du même type d’avion porteur développé par Scaled Composites.

Mais pour faire bonne mesure, comparons ce qui est comparable en prenant les chiffres 2010 du secteur industriel spatial en Europe, qui exclut les services de lancement et les services satellitaires : sur 6 Md euros de ventes et plus de 34.000 emplois, le Royaume-Uni contribue pour à peu près 10% de la capacité européenne, la palme revenant à la France (36% ), suivie de l’Allemagne (18% ) et de l’Italie (15% ).

Serge Plattard, Conseiller pour la science et la technologie

publié le 30/08/2012

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