Editorial mars-avril 2012

L’humanité et la planète

Dans notre numéro précédent, nous attirions l’attention sur un rapport cosigné par 21 lauréats du Blue Planet Prize appelant à "remplacer le PNB comme mesure de la richesse des nations par un autre indicateur plus adapté pour quantifier la vraie richesse d’un monde en plein chamboulement". Dans une veine similaire cherchant à analyser l’impact planétaire résultant de l’interaction de plusieurs phénomènes globaux, la Royal Society a publié fin avril 2012 un rapport intitulé People and the planet, sous la direction de Sir John Sulston, Prix Nobel 2003 de Médecine, président de l’institut pour la science, l’éthique et l’innovation de l’université de Manchester. Ce rapport cherche à montrer l’urgence à évaluer de manière cohérente les défis posés à la planète par l’augmentation continue de la population et de la consommation, et des pistes pour les relever et réussir un développement durable.

En substance, les auteurs constatent que les conditions de la croissance démographique vers une population de 9 à 11 milliards d’habitants en 2050 selon les Nations-Unies sont très préoccupantes : d’un côté, les plus riches poursuivent une augmentation de la consommation de biens matériels à un niveau incompatible pour s’appliquer durablement à l’ensemble de la population, et de l’autre, la persistance aujourd’hui de 1,3 milliard de personnes qui devraient consommer plus pour sortir de l’extrême pauvreté. Malgré un déclin de la fertilité pratiquement partout dans le monde, la population continuera à croître à un rythme de 80 millions d’individus / an ce qui pose évidemment la problématique difficile de la satisfaction des besoins humains dans un monde aux capacités finies. Il est clair que le changement démographique attendu dépendra des conditions économiques, de facteurs socio-culturels et des changements environnementaux. Mais l’évolution de la population n’est pas uniquement une question de nombre : il faut prendre en compte le changement de pyramide des âges, l’immigration (importance des flux migratoires, intégration), l’urbanisation en croissance rapide, les progrès en santé humaine avec la réduction de la mortalité â tous les âges. C’est l’équivalent d’une ville d’ 1 million d’habitants que les pays en développement devront absorber tous les cinq ans.

Ces changements démographiques et ces schémas de consommation nécessitent de relever trois grands défis : i) sortir de l’extrême pauvreté les 1,3 milliard de personnes qui vivent avec moins de 1, 25$ par jour ; ii) stabiliser puis réduire les modes de consommation non durables dans les pays développés et émergents, ce qui passe par l’adoption de technologies durables et le découplage de l’activité économique des flux matériels et environnementaux (accent mis sur la réutilisation d’équipement, le recyclage, les énergies renouvelables) ; et, iii) ralentir puis stabiliser la croissance démographique, mais de manière non coercitive, ce qui impliquera un développement accru du planning familial sur la base du volontariat et un effort très significatif en matière d’éducation et de santé .

Pour répondre à ces défis, la recherche et la technologie devront jouer un rôle essentiel en comprenant mieux les causes et les effets, notamment ceux du changement climatique et des impacts d’une agriculture à haut rendement sur l’environnement. La dimension socio-économique des développements technologiques devra également être mieux analysée. Les problématiques présentées dans ce document sont parfaitement pertinentes avec celles qui seront discutées à la prochaine conférence des Nations-Unies Rio+20 (20-22 juin à Rio de Janeiro) sur le développement durable, et celles sur la population et le développement (ICPD+20) prévue en 2014-15, ainsi que la revue des objectifs du Sommet du millénaire en 2015.

Ce rapport de la Royal Society, le premier du genre, tout comme celui des lauréats du Blue Planet Prize, et l’étude Foresight parue en octobre 2011, Migration and Global Environmental Change, traduisent les préoccupations britanniques sur l’impérieuse nécessité de revoir en profondeur les relations entre la croissance de la population, les moyens de développement et les ressources finies de la planète où, pour la 1ère fois dans l’histoire de l’humanité, l’impact environnemental pourrait avoir des conséquences irréversibles sur son évolution. Malgré un budget particulièrement contraint depuis plus de deux ans, il faut relever que cette cohérence se retrouve au niveau de la dotation du DFID (ministère du développement international) qui a augmenté de plus de 50% depuis 2010, témoignant ainsi de la volonté britannique de consacrer 0,7% du RNB à l’aide au développement dès 2013, l’objecttif que les Nations-Unis avaient fixé aux pays developpés en ... 1970 !

Serge Plattard, Conseiller pour la science et la technologie

publié le 06/06/2012

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