Election historique et disputée de Lord Sainsbury comme Chancelier de l’Université de Cambridge

Les 14 et 15 octobre derniers s’est tenue l’élection du Chancelier de l’Université de Cambridge. Lord Sainsbury Baron of Turville FRS, diplômé de Cambridge, milliardaire et ancien secrétaire d’Etat à la science de Tony Blair, est sorti vainqueur avec 52% des suffrages exprimés.

Le poste de Chancelier est, avant tout, un rôle honorifique accordé à vie. Traditionnellement, et comme ses 107 prédécesseurs, Lord Sainsbury sera le représentant de l’université lors de cérémonies officielles et pourra aussi être amené à arbitrer certains conflits. Cependant, le rôle moderne de chancelier a quelque peu évolué et à travers son rôle de représentant, il contribue également à lever des financements et des donations pour l’université et des laboratoires de recherche.

C’est la première fois, en 164 ans, que l’université est contrainte de recourir à un vote pour trouver un remplaçant à ce poste. En effet, la désignation du chancelier n’est habituellement pas sujette à contestation, l’université s’accordant sur un candidat unique qui est, dès lors, automatiquement intronisé (la dernière élection remonte à celle contestée par un comte, du Prince Albert, époux de la reine Victoria, en 1847). A la suite de la décision du précédent Chancelier, le duc d’Edimbourg, de se retirer à 90 ans après avoir occupé ce poste depuis 1976, le conseil de nomination de l’université s’était accordé sur Lord Sainsbury. Mais rapidement trois autres candidats se sont déclarés, chacun soutenu, comme requis par les statuts de l’université, par 50 membres de l’université. Lord Sainsbury a ainsi du mener durant plusieurs mois une campagne parfois assez agitée. Il faut reconnaître que les trois autres prétendants et leurs motivations étaient assez atypiques par rapport au candidat de l’establishment.

En mai dernier, Abdul Arain, un épicier d’origine kenyane, s’est présenté pour protester contre l’ouverture d’un supermarché Sainsbury’s dans son voisinage et dans l’espoir que sa candidature contribuerait au rapprochement entre la ville et l’université, traditionnellement en conflit plus ou moins ouvert (Town vs Gown). A sa suite, deux autres candidats se sont fait connaître. Brian Blessed, acteur shakespearien, a rassemblé un très large soutien auprès des étudiants qui l’ont reconnu comme plus sensible à leurs préoccupations. Ce sont, en fait, de jeunes diplômés qui l’ont poussé à se présenter et les réseaux sociaux ont joué un rôle non négligeable dans sa campagne. Il s’est déclaré comme candidat à un rôle de chancelier actif et engagé, promouvant "l’aventure".

Du combat David contre Goliath attendu entre Sainsbury et Arain, la campagne a pris un autre tour avec l’arrivée inattendue et plutôt populaire de Brian Blessed, ce qui a forcé Lord Sainsbury à défendre sa candidature, attirant l’intérêt des médias. Jouant sur ses origines modestes, sa motivation, sa popularité auprès des étudiants, Brian Blessed s’est présenté comme le candidat contre la "ploutocratie", tandis que Lord Sainsbury soulignait ses liens avec l’université, étant le seul diplômé de Cambridge. Enfin, le quatrième candidat, l’avocat proche de la gauche Michael Mansfield, a cherché par sa candidature à dénoncer la politique du gouvernement de David Cameron, qui va notamment tripler les frais d’inscriptions en licence à l’université à la rentrée prochaine.

L’élection était ouverte à tous les membres du Sénat de l’Université, c’est-à-dire les détenteurs d’un diplôme de niveau master (MA, MPhil, MLitt...) ou d’un doctorat, soit environ 150.000 personnes. La participation a été élevée puisque près de 5 560 diplômés ont fait le déplacement à Cambridge, le vote devant être réalisé en personne, dans la Senate House, vêtu de la toge noire académique. L’affluence qui était palpable par les encombrements inhabituels dans les rues de la ville médiévale et par la longue file d’attente devant la Senate House (plus d’une demi-heure d’attente à la mi-journée), a démontré l’intérêt porté à cette élection historique.

Lord Sainsbury a été élu avec 52% des suffrages, son principal opposant, Brian Blessed a recueilli 25% des voix. Michael Mansfield a, quant à lui, été crédité de 17.3% des votes, et enfin, l’épicier Abdul Arain dont la candidature avait déclenché celle des autres, est arrivé dernier avec 5.6% des suffrages.

Du fait de sa popularité parmi les étudiants et par sa campagne dynamique utilisant à fond les moyens de communication en ligne, Brian Blessed a jusqu’au dernier moment laissé plané un doute sur la capacité de Lord Sainsbury de l’emporter. L’université qui a fêté en 2009 son 800ème anniversaire n’a cependant pas connu de "révolution de velours", beaucoup de membres du Sénat ayant probablement fait un choix de raison, plus que de passion dans cette période d’incertitudes pour le financement des universités britanniques.

En effet, ancien ministre de la science et de l’innovation (de 1998 à 2005), membre de la Chambre des Lords et homme d’affaire milliardaire, Lord Sainsbury dispose indéniablement de sérieux atouts pour défendre l’université et rassembler les financements et donations nécessaires pour permettre son développement. Notons enfin qu’en 2008, la fondation de Lord Sainsbury avait fait don de 82 M£ à l’université pour construire un laboratoire d’étude sur la biodiversité, laboratoire qui porte son nom.


Auteur : Olivier Gloaguen

publié le 21/11/2011

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