Espoirs de vaccins contre le paludisme

Des scientifiques britanniques, néerlandais et australiens ont créé, par ingénierie génétique, un modèle animal de souris permettant pour la première fois de tester l’efficacité potentielle d’un vaccin contre le paludisme. Il s’agit d’un progrès d’importance majeure car les techniques de développement de vaccins avaient été jusqu’ici ralenties en raison du manque de modèles animaux : la souris, par exemple, ne développe pas de paludisme « humain » lorsqu’elle est exposée au Plasmodium falciparum (P. falciparum). De plus, dans l’éventualité où elle enclencherait une réaction immunitaire contre le parasite, celle-ci pourrait ne pas être comparable à celle observée chez l’Homme en raison de son système immunitaire différent.

L’étude menée a exploité une caractéristique particulière de résistance naturelle au parasite du paludisme (P. falciparum) chez des individus gambiens : le tissu sanguin de ces personnes contient un anticorps spécifique dirigé contre une protéine de surface du P. falciparum, nommée la merozoite surface protein (MSP119).

Epissage

Processus qui s’effectue normalement dans le noyau et consiste en l’excision des introns et en la ligature des exons du gène, permettant de former l’ARN messager et de produire, selon leurs besoins, des polypeptides variés à partir d’un seul gène.

Les résultats de l’étude décrivent les techniques complexes d’ingénierie génétique utilisées, qui peuvent être résumées en trois étapes :
● épissage du peptide MSP119 situé à la surface du parasite P. falciparum, et insertion de celui-ci dans le parasite spécifique de la souris, Plasmodium berghei ; nous parlons par la suite de parasite « humanisé » ;
● création d’une lignée de souris génétiquement modifiées, porteuses du récepteur à l’anticorps humain FcgR1 (voir encadré). Ces souris développent une maladie dont les symptômes ressemblent à ceux du paludisme humain après inoculation du parasite Plasmodium berghei. En d’autres termes, le parasite « humanisé » n’est donc pas reconnu par le système immunitaire de la souris et induit le développement de la maladie.
● identification et isolation des immunoglobulines (IgG ou anticorps) capables de reconnaître le parasite « humanisé ». Pour ce faire, les scientifiques ont criblé une base de données préparée à partir du sang d’individus gambiens naturellement résistants au parasite P. falciparum et ont identifié l’anticorps capable de se lier au MSP119. Isolé et purifié, cet anticorps s’est montré efficace contre le Plasmodium berghei génétiquement modifié, venant s’y lier et induire une réponse immunitaire chez la souris conduisant à la mort du parasite.

Les récepteurs FcgR1 interagissent avec les immunoglobulines les plus communes (IgG), capables de se lier à de nombreuses classes de pathogènes. La réaction immunitaire est alors déclenchée lorsque IgG se lie au pathogène d’un côté et à son récepteur sur la cellule immunitaire de l’autre. Le récepteur FcgR1 est alors exprimé à la surface des globules blancs dans le sang des souris : il permet de reconnaître l’agent étranger dans le sang (dans ce cas précis le parasite humain) et vient s’y lier, donnant ainsi le signal nécessaire aux globules blancs de détruire le parasite.

Les scientifiques sont pleins d’espoir pour l’avenir du contrôle de la maladie car l’immunité peut être transférée de façon passive, c’est-à-dire de la mère à l’enfant. A la suite de ces résultats très prometteurs, ils espèrent pouvoir démarrer des essais cliniques dans un avenir proche.


Sources : New Scientist, 18/05/07, www.newscientist.com ; Public Library of Science, Pathogens, May 2007(3) issue 5, e72, pp.647-58

publié le 17/11/2008

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