Graphène et informatique : investissements d’avenir

Le chancelier George Osborne a annoncé, lors de la conférence annuelle du parti conservateur le 3 octobre 2011, un investissement de 195 M£ pour la science et l’ingénierie : 50 M£ seront consacrées à la création d’un centre de commercialisation du graphène, et 145 M£ seront dédiées au développement d’informatique de haute performance et de l’infrastructure électronique associée.

Andre Geim et Konstantin Novoselov, tous deux chercheurs à l’Université de Manchester, se sont vus attribuer l’an passé le prix Nobel de physique pour leurs recherches sur le graphène. Couche bi-dimensionnelle d’atomes de carbone arrangés selon une structure hexagonale, le graphène possède des propriétés de conductivité, résistance et transparence qui en font un matériel hors du commun, avec des applications potentielles allant de l’industrie aéronautique à l’industrie électronique. Une des premières applications du graphène pourrait être le remplacement des matériaux rares ou moins efficaces dans les produits électroniques tels les écrans LCD par exemple.

Si cet investissement de 50 M£ a pour but d’établir un lien entre la recherche académique et les applications commerciales, et ainsi, à terme, favoriser la relance de l’économie britannique, George Osborne ne cache pas que l’idée sous-jacente est également d’inciter Andre Geim et Konstantin Novoselov à rester au Royaume-Uni, à l’heure où "des pays comme Singapour, la Corée du Sud et les Etats-Unis attirent les chercheurs avec des offres lucratives". Novoselov reconnaît que cet investissement est une initiative intelligente, et que si l’argent est dépensé judicieusement, il permettra au pays de recueillir des bénéfices économiques certains et de se positionner de façon très attractive pour les meilleurs chercheurs mondiaux dans le domaine. Avec des centres de recherches sur le graphène à Cambridge, Lancaster, Exeter, Bath, Oxford, Durham et Imperial College London, Novoselov attire cependant l’attention sur le fait que cet investissement ne portera ses fruits que s’il est relativement concentré. "Donner 1 M£ par ci, 1 M£ par là, ne fera pas de différence. Cela rendra à chaque fois un chercheur heureux, mais ne contribuera pas à faire un effet en termes de commercialisation et application". Le Graphene Global Research and Technology Hub (centre global de recherche et technologie sur le graphène) sera établi à la suite d’une compétition organisée par le Engineering and Physical Sciences Research Council (EPSRC, conseil pour la recherche en ingénierie et sciences physiques) et le Technology Strategy Board (TSB, conseil stratégique pour l’innovation).

Les 145 M£ allouées à l’industrie informatique permettront de développer des logiciels, d’augmenter les capacités informatiques, l’archivage de données, les réseaux à large bande passante, d’améliorer la cyber sécurité et d’investir sur la formation et les compétences. Cette enveloppe sera allouée par le Science and Technology Facilities Council (STFC, conseil pour les grands équipements de recherche). Principalement dédié à des projets d’infrastructures destinés à aider les entreprises britanniques, le secrétaire d’Etat aux universités et à la science, David Willetts, affirme que cet investissement profitera également à la communauté académique, car "cela permettra aux universités de conduire des recherches hautement sophistiquées et d’archiver plus de données, nous maintenant ainsi à la pointe de la science."

Cet investissement a pour but d’encourager la croissance et l’innovation dans des secteurs qui dépendent fortement du domaine informatique, tels l’ingénierie, le design et la production industrielle. En réponse à cette annonce, le professeur Sir Peter Knight, président de l’Institute of Physics, a dit : "nous sommes ravis que le Gouvernement reconnaisse le rôle joué par la science pour créer une économie vibrante et diverse pour le futur du Royaume-Uni. Les investissements pour la science se traduisent par de grandes retombées économiques et intellectuelles."

Si l’ensemble de la communauté scientifique se réjouit de cette annonce de George Osborne, preuve de la volonté du gouvernement de soutenir la communauté scientifique et de miser sur la qualité de la recherche en sciences des matériaux pour relancer l’économie du pays et se positionner sur un secteur d’avenir, Imran Kahn, directeur de Campaign for the Advancement of Science and Engineering (CASE, Campagne pour l’avancement de la science et de l’ingénierie) rappelle que cet investissement fait suite à d’importantes coupes budgétaires décidées en 2010. Une analyse publiée par CASE le mois dernier montre en effet que d’ici 2014-15, c’est une coupe budgétaire de 1,7 Md£ qui aura affecté le budget pour la recherche et le développement. Tout bien considéré, n’est-ce pas une annonce sporadique destinée à cacher le réel problème de l’investissement pour la science ?


Sources :
- The guardian, 7/10/2011, http://bit.ly/qYFevS
- The Engineer, 3/10/2011, http://bit.ly/nUV7OB
- BBC News, 3/10/2011, http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-15152609


Auteur : Dr Maggy Heintz

publié le 21/11/2011

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