Initiative de la Royal Society et du DFID pour le renforcement des capacités scientifiques en Afrique sub-saharienne

Le 14 août 2012, la Royal Society et le Department for International Development (DFID, Ministère pour le développement international) ont annoncé une nouvelle initiative destinée à renforcer les capacités scientifiques en Afrique sub-saharienne, grâce à la création de réseaux scientifiques durables, qui s’accompagne d’une enveloppe de 15,3 M£, financée par le DFID. Cette initiative a pour objectif de :
- faciliter les partenariats multidisciplinaires durables entre des groupes de recherche situés en Afrique sub-saharienne et au Royaume-Uni ;
- renforcer les capacités de recherche et de formation dans les institutions d’enseignement supérieur grâce au transfert de compétences d’organisations partenaires ;
- produire un vivier de jeunes chercheurs africains talentueux grâce à des thèses et post-doctorats encadrés à la fois par une institution britannique et une institution africaine.

Pour être éligibles, les candidats doivent être localisés dans l’un des pays listés dans l’encadré, ou au Royaume-Uni, et les candidatures seront acceptées dans trois domaines de recherche prioritaires :
- eau et assainissement ;
- énergie renouvelable ;
- étude des sols.

Le DFID

Le DFID a pour vocation l’aide humanitaire et l’aide au développement au niveau international. Au nombre de toutes les actions entreprises par le DFID, celle qui nous intéresse tout particulièrement ici a été énoncée dans sa stratégie de recherche 2008-13 et concerne le renforcement des capacités. La "capacité" est définie par les Nations Unies comme "l’aptitude des personnes, institutions et sociétés à exercer des fonctions, résoudre des problèmes et définir et atteindre des objectifs". Le développement de capacités est le processus grâce auquel des individus, groupes et organisations accroissent leurs aptitudes à mobiliser et utiliser des ressources afin d’atteindre leurs objectifs de façon durable, par le biais de développement de compétences, changement au sein d’organisations ou de réseaux, et changement de gouvernance/contexte institutionnel.

Le DFID, quant à lui, définit les capacités de recherche comme "l’aptitude d’individus, d’organisations et de systèmes à entreprendre et disseminer une recherche de grande qualité de façon efficace". Le DFID finance toute une variété de programmes d’aide au développement de capacités et soutient trois types d’actions dans ces programmes de recherche :
- soutien central aux organisations internationales pour lesquelles l’établissement de capacités est une partie intégrante de leurs programmes ;
- programmes directement gérés et programmes conjoints concernant essentiellement le développement de capacités (par exemple, SCARDA, Strengthening Capacity for Agricultural Research (Renforcement des capacités pour la recherche dans le domaine de l’agriculture) en Afrique, 8,7 M£, ou encore Climate Change Adaptation in Africa programme (Adaptation au changement climatique en Afrique), 24 M£ sur cinq ans) ;
- des consortiums de programmes de recherche qui font état, dans leurs objectifs, de la volonté de renforcer les capacités.

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Pays éligibles

Angola, Bénin, Botswana, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Cap Vert, République centrafricaine, Tchad, Comores, République du Congo, République Démocratique du Congo, Côte d’Ivoire, Djibouti, Guinée Equatoriale, Erythrée, Ethiopie, Gabon, Gambie, Ghana, Guniée, Guinée-Bissau, Kenya, Lesotho, Libéria, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Ile Maurice, Mozambique, Namibie, Niger, Nigéria, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Afrique du Sud, Soudan du Sud, Soudan, Swaziland, Tanzanie, Togo, Ouganda, Zambie, Zimbabwe

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La Royal Society et l’Afrique

La Royal Society est historiquement engagée dans le soutien au développement de la science sur le continent africain, par le biais de collaborations, établissements de réseaux et mobilité d’individus, groupes de chercheurs ou institutions scientifiques. Son objectif est de renforcer les capacités de recherche et de formation au niveau des établissements d’enseignement supérieur et de soutenir le développement de scientifiques en Afrique sub-saharienne via l’établissement de collaborations entre le Royaume-Uni et l’Afrique. Bien que les systèmes d’enseignement supérieur en Afrique sub-saharienne aient fait l’objet d’investissements croissants au cours des années 60 et 70, depuis le milieu des années 80, le nombre croissant d’étudiants s’inscrivant à l’université, le sous financement chronique et un manque d’intérêt certain de la part des donateurs internationaux pour l’investissement dans les établissements d’enseignement supérieur (au profit de l’enseignement primaire), ont laissé les universités africaines et les instituts de recherche dans un état de désorganisation. La tendance semble s’inverser depuis 2000, nombre de rapports faisant état du rôle vital joué par l’enseignement supérieur et la recherche pour le développement socio-économique et la réduction de la pauvreté. C’est pourquoi nombre d’actions sont aujourd’hui engagées pour apporter un soutien, sur le long terme, au développement de l’enseignement supérieur et de la recherche sur le continent africain. Au-delà des programmes mis en place à l’échelle internationale par l’UNESCO par exemple, et en se limitant au cas du Royaume-Uni, un nombre croissant de sociétés savantes s’investissent dans les activités de renforcement des capacités grâce à la mise en place de bourses de recherche, aide à la mobilité ou apport de conseils.

Ces sociétés savantes sont listées sur le site de UKCDS (UK Collaborative on Development Sciences), une collaboration entre organisations traitant de sciences physiques, médicales, agriculture, environnement, ingénierie et sciences sociales, et travaillant de concert pour maximiser l’impact de la recherche britannique sur le développement international.

La Royal Society a approché le DFID pour mettre au point une initiative conjointe d’aide au développement des capacités entre l’Afrique et le Royaume-Uni, et intra-Afrique. Si des collaborations existent entre certaines institutions africaines et si l’Afrique du Sud, et dans une certaine mesure, le Nigeria, apparaissent comme des centres majeurs de recherche à l’échelle du continent, force est de constater que le passé colonial du continent affecte encore aujourd’hui les collaborations et échanges, ceux-ci ayant tendance à s’effectuer selon deux axes : les pays anglophones d’un côté et les pays francophones de l’autre. Cette disparité fait partie intégrante du projet de la Royal Society, qui souhaiterait pouvoir s’affranchir de ce passé et faire en sorte que la coopération s’effectue à l’échelle du continent et avec le Royaume-Uni, quel que soit le passé historique du pays en question.

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Tableau 1 : Détail du budget alloué par programme de recherche

Crédits : Royal Society - DFID

C’est ainsi qu’en août 2012, l’initiative conjointe entre le DFID et la Royal Society a été annoncée. Le programme qui a été convenu sera mis en place en deux étapes :

1) dans un premier temps, des bourses destinées à aider à la formation de réseaux scientifiques, composés de trois groupes de recherche originaires d’au moins deux pays de l’Afrique sub-saharienne et d’un laboratoire britannique, seront allouées. Les candidatures à ces bourses (20 au total) seront acceptées à compter du 1er novembre 2012. La valeur maximale de cette "bourse de réseaux scientifiques" est de 25.000 £. La Royal Society organisera un atelier de travail fin octobre-début novembre 2013, à Dakar, pour les candidats ayant obtenu cette bourse afin de les aider à soumettre leur candidature pour la deuxième phase du programme, qui consiste en une bourse de programme de recherche.

2) dans un deuxième temps, dix bourses de programme de recherche, d’un montant maximum de 1,24 M£ pour cinq ans chacune, permettront de couvrir les frais de recherche, les frais de déplacement et de séjour, la formation, et dans une certaine mesure les équipements (voir détails dans le tableau 1). L’appel à projet sera ouvert à partir d’octobre 2013.

Dans un entretien avec SciDev.Net, le Réseau Sciences et Développement, Martyn Poliakoff, directeur des relations internationales et vice président de la Royal Society, commente sur le fait qu’à "l’heure actuelle, les laboratoires en Afrique sub-saharienne sont isolés. Il est par exemple étonnamment difficile pour un laboratoire en Afrique du Sud de travailler avec un laboratoire en Ethiopie, les financements n’existant pas. [...] Il y a également des barrières physiques, telles que le besoin de prendre l’avion entre différents pays. [...] Nous espérons que cette initiative encouragera les collaborations entre ces différents laboratoires et les aidera à mieux utiliser leurs ressources. Le laboratoire britannique jouera un rôle de conseiller, car il bénéficiera d’installations que d’autres n’auront pas, ainsi que de l’expérience de travailler en réseaux".

Cette initiative conjointe de la Royal Society et du DFID se calque en quelques sortes sur un programme précédemment mis en place entre la Leverhulme et la Royal Society. Le Leverhulme-Royal Society Africa Awards, initiés en 2008, avsaient pour objectif de soutenir les efforts collaboratifs dans le domaine de la recherche entre le Royaume-Uni et le Ghana ou la Tanzanie. Ce programme est toujours d’actualité. L’objectif de l’initiative Royal Society-DFID est cependant beaucoup plus large, ouvert à un grand nombre de pays africains, dont les pays francophones, tel que mentionné précédemment. A noter d’ailleurs à ce sujet que le document présentant le programme est disponible, en français, sur le site de la Royal Society, mais seules les candidatures rédigées en anglais seront acceptées.

Enfin, il convient de noter que cette initiative Royal Society-DFID se place dans un contexte beaucoup plus large d’aide à l’Afrique, de nombreux pays ou grands groupes industriels ayant desormais conscience de la nécessité de s’impliquer sur le continent africain. Le dernier investissement en date a été annoncé par la société IBM, qui a fait part, au courant de l’été, de sa décision d’ouvrir son premier centre de recherche en

Afrique. Localisé à Nairobie, Kenya, le laboratoire sera une collaboration entre IBM et le ministère kenyan de l’information, de la communication et de la technologie. L’objectif du centre est d’effectuer de la recherche fondamentale et appliquée focalisée sur la résolution de problèmes pertinents en Afrique, et de contribuer à l’établissement d’une base de recherche et de technologie pour le continent.

Sources :

- Royal Society-DFID Africa Capacity Building Initiative, Royal Society, http://royalsociety.org/grants/schemes/africa-capacity-building/
- Executive summary of initatitive, Royal Society-DFID Africa Capacity Building Initiative, http://www.dfid.gov.uk/.../RoyalSociety/
- DFID research strategy 2008-2013, Working Paper Series : Capacity Building
- UKCDS, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/LowYl
- UNESCO capacity building in developing countries, http://www.unesco.org.uk/capacity_building_in_developing_countries
- New £15.3 million funding injection to support African science, Royal Society, 14/08/12, http://royalsociety.org/news/royalsociety-DFID-Africa-scheme/
- Royal Society and DFID launch fund for African research, SciDev.Net, 14/08/12, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/i5arI
- Initiative Royal Society - DFID pour le Renforcement des Capacités Scientifiques en Afrique Sub-Sahariènne, Royal Society, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/SEpsy
- Royal Society-DFID Africa Capacity Building Initiative, afkiki, 15/08/12, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/Tryev
- IBM move into Africa, Physics World, September 2012, p9

Rédacteurs :

Maggy Heintz

publié le 06/12/2012

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