L’UE prend des décisions sans précédent sur le virus, dit le ministre

COVID-19 - Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, avec le quotidien « Le Figaro »

(Paris, 24 mars 2020)

(...)

Q - Pourquoi l’Europe n’est-elle pas davantage solidaire de l’Italie ?

R - Ce que traverse aujourd’hui l’Italie est une tragédie pour elle et pour l’Europe entière et nous nous mobilisons pour l’aider. L’Italie bénéficiera des achats européens groupés de matériels de protection qui vont aboutir dans les prochains jours, comme de la réserve stratégique médicale qui sera bientôt mise en place par l’Union européenne. La France a pris sa part dans le cadre de cet effort de solidarité européenne. Nous n’avons jamais fermé la porte à l’Italie et nous ne laisserons jamais tomber nos amis transalpins.

Q - Pourquoi l’Europe n’offre-t-elle pas une réponse commune ?

R - Tout n’a pas été parfait. L’Europe n’a peut-être pas suffisamment anticipé l’ampleur de la crise. Elle a pu être un peu « lente au démarrage ». Des décisions unilatérales et nationales ont pu être prises sans coordination. C’est vrai. Mais je crois qu’il est inexact d’affirmer que l’Europe, aujourd’hui, n’apporte pas de réponse commune et unie. Nous avons, ensemble, pris la décision de fermer les frontières extérieures de l’UE et de l’espace Schengen. Nous avons veillé, ensemble, à ce que les contrôles mis en place aux frontières internes des pays n’entravent pas la circulation des marchandises vitales à notre approvisionnement. Nous avons, ensemble, engagé des moyens conséquents pour lancer des achats groupés d’équipements de protection et de matériels médicaux. Nous avons, avec les institutions, mis à disposition 187 millions d’euros pour la recherche sur le Covid-19. L’échelon européen est tout aussi crucial pour limiter l’impact économique de cette crise. La Banque centrale européenne l’a montré en lançant un programme de 750 milliards d’euros pour assurer le financement de l’économie. Les partenaires européens prennent, ensemble, des décisions qui n’ont jamais été prises dans l’histoire de notre union. Le signal est clair : nous n’hésiterons pas à innover ensemble pour protéger les secteurs les plus touchés et leurs salariés, à chaque fois que cela sera nécessaire. Je crois donc que chacun, en Europe, a aujourd’hui bien conscience de la nécessité de faire bloc face au virus.

Q - Pourquoi si peu d’anticipation de la communauté internationale ?

R - À mes yeux, la question la plus urgente aujourd’hui est plutôt de savoir comment nous pouvons améliorer notre capacité de réaction à cette crise inédite, dans sa dimension sanitaire, mais aussi dans ses implications économiques, sociales, sécuritaires, à court et à moyen terme. La crise met à rude épreuve les systèmes de santé dans le monde entier ; elle pourrait, demain, affecter des États, en Afrique en particulier, dont les capacités sanitaires risquent de se trouver dépassées très rapidement. C’est la raison pour laquelle le président de la République a appelé à la tenue rapide d’un sommet extraordinaire du G20, afin de renforcer la coordination internationale face à l’épidémie, de soutenir ensemble la croissance mondiale et d’organiser la solidarité avec les États les plus vulnérables. (...)./.

publié le 31/03/2020

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