L’approche du gouvernement de coalition dans le secteur de l’espace

L’agence spatiale britannique (UK Space Agency) était présente aux côtés de l’agence spatiale européenne (ESA, European Space Agency), de l’agence spatiale italienne (ASI, Agenzia Spaziale Italiana) et de l’industrie, dans une zone réservée à l’espace au salon aéronautique international qui s’est tenu à Farnborough du 19 au 25 juillet 2010.

L’objectif de cette "zone espace" était de constituer une vitrine permettant de montrer en quoi les systèmes spatiaux et leurs applications peuvent jouer un rôle important face aux grands problèmes mondiaux, offrant aux décideurs des outils pour relever des défis majeurs tels que le changement climatique et la sécurité à l’échelle planétaire. Dans notre monde en rapide évolution, les avancées technologiques dans le secteur de l’espace ont de nombreuses retombées, d’un point de vue scientifique, permettant d’acquérir une meilleure connaissance de la Terre et de l’Univers, mais également d’un point de vue économique, favorisant la croissance et l’emploi en Europe. L’espace se positionne de plus en tant que vecteur de nouvelles technologies et d’innovations, et comme moteur de l’aventure humaine dans les prochaines décennies.

David Willetts, secrétaire d’Etat britannique pour la science et les universités, a rejoint le salon au cours de la journée consacrée à l’espace. Il a en premier lieu tenu à exprimer son admiration pour les magnifiques images obtenues par le téléscope européen Planck, dévoilées par l’ESA au début du mois de juillet 2010. Placé en orbite à quelques 1,5 millions de kilomètres de la Terre depuis juillet 2009, le téléscope a pour mission d’observer en continu la voûte céleste et de cartographier l’ensemble du ciel. Le satellite Planck vient de terminer son premier tour de ciel et a obtenu la première image à très haute résolution : des détails insoupçonnés sur l’émission de gaz et de poussières dans notre galaxie y sont révélés, et les plus anciennes sources lumineuses du cosmos, datant d’il y a environ 13,7 milliards d’années, peuvent y être identifiées. David Willetts s’est inspiré de cet exemple pour rappeler l’attrait qu’exerce l’espace sur la naissance de carrières scientifiques, 27% d’ingénieurs déclarant avoir été influencés dans leurs choix de carrière par les avancées scientifiques dans le secteur spatial.

Après avoir rappelé le positionnement enviable du Royaume-Uni dans le secteur de l’espace, un écosystème sain et une bureaucratie limitée, permettant aux industriels et aux universitaires d’interagir de façon permanente sur des projets théoriques ou dans des entreprises commerciales, David Willetts a annoncé que les recommandations énoncées dans la stratégie spatiale publiée par le gouvernement en février 2010 ne pourront pas toutes être abordées dans le climat économique actuel (voir BE Royaume-Uni 104 du 1/07/2010 [1]). Le ministre a cependant exprimé la vision du nouveau gouvernement de coalition, apportant, selon lui, "quatre bonnes nouvelles" :

- des bourses de recherche, totalisant 38 M£, ont été octroyées par le conseil pour la recherche en sciences de l’ingénieur et sciences physiques (EPSRC, Engineering and Physical Sciences Research Council) à 46 jeunes chercheurs, dans des disciplines allant de l’étude de la mécanique quantique à la navigation robotisée ;

- l’agence spatiale britannique a annoncé un programme pilote d’un an, destiné à concevoir et lancer un CubeSat, ou satellite cubique miniature, de la taille d’une boîte à chaussures, qui permettra au Royaume-Uni de tester de nouvelles technologies spatiales, rapidement et à peu de frais. UKube1, ainsi baptisé, sera construit par la firme écossaise Clyde Space Ltd. Sa conception fait à l’heure actuelle l’objet d’une compétition ouverte entre industriels et universitaires, dont le but est d’identifier les idées les plus créatives et innovantes. Le lancement de UKube1 est prévu pour mi 2011 ;

- le gouvernement a signé un contrat de 5 M£ avec Astrium afin d’établir un centre d’observation terrestre au sein de l’International Science and Innovation Centre (ISIC) de Harwell, dans l’Oxfordshire. Ce contrat s’inscrit dans le cadre d’un investissement public global de 12 M£. Cette décision intervient alors que les avis sont partagés au sein du gouvernement quant à la nécessité de se doter d’un système propre de satellites d’observation terrestre. L’objectif du centre est d’acquérir des données environnementales, telles des informations sur la déforestation et son impact sur le changement climatique. A cet effet, l’UK Agency sera en pourparlers avec son homologue indonésien. D’autres domaines d’intérêt incluent la surveillance de l’évolution des calottes glaciaires et l’impact de la fonte des glaces sur la circulation océanique, l’augmentation du niveau de la mer et le changement climatique global. L’ouverture du centre d’observation, qui permettra de favoriser les échanges entre industriels et universitaires, est prévue pour avril 2011 ;

- enfin, dans l’espoir de redémarrer les relations avec la NASA, David Willetts a signé un accord avec Charles Bolden, administrateur actuel de la NASA, afin d’examiner les collaborations potentielles entre les deux pays dans les domaines scientifiques, d’exploration, et d’observation. Un accord similaire a également été signé entre le Royaume-Uni et la Russie, ouvrant la voie à des collaborations scientifiques et commerciales dans le domaine de l’espace entre les deux nations. David Willetts a laissé entendre que des négociations similaires seront entreprises au cours de l’année 2010 avec, entre autres, la Chine, le Kazakhstan, le Pérou, la Jordanie et Bahreïn. Lors de son déplacement en Inde fin juillet 2010, le secrétaire d’Etat a abordé avec le ministre indien pour la science, Prithviraj Chavan, les possibilités de coopération dans les domaines de l’espace et de la recherche nucléaire. David Willetts a notamment fait remarquer que l’Inde a développé une grande expertise dans le lancement de petits satellites et que le Royaume-Uni est actuellement en train de développer des satellites.

Enfin, David Willets a conclu son allocution en révélant les chiffres du rapport biannuel de l’UK Space Agency, suggérant que la croissance économique de l’industrie spatiale britannique pour l’année 2010 était de l’ordre de 8 à 9%.


Pour en savoir plus :
[1] "David Willets, secrétaire d’Etat aux universités et à la science du gouvernement de coalition" - BE Royaume-Uni 104 (1/07/2010) : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/63869.htm

Sources :
- ESA, http://www.esa.int/esaCP/SEMW5RZOFBG_Luxembourg_2.html
- BIS, http://www.bis.gov.uk/news/speeches
- BBC News, 21/07/2010, http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-10705614
- ESA Images, http://www.esa.int/esa-mmg/mmg.pl?type=I


Auteur : Dr Maggy Heintz

publié le 26/10/2010

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