L’énergie nucléaire au Royaume-Uni

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L’énergie nucléaire au Royaume-Uni
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Introduction

JPEGL’énergie nucléaire est en générale peu populaire au Royaume-Uni. En effet, elle reste liée aux yeux du public aux accidents de Tchernobyl (Ukraine), de Three Miles Island (Etats-Unis) et de Windscale (Royaume-Uni). De plus, la crainte du terrorisme et le sort des déchets radioactifs sont des questions majeures dont les réponses gouvernementales, scientifiques et industrielles ne sont pas aussi médiatisées que l’abandon total du nucléaire prôné par les lobby environnementaux. Outre ces aspects, présents dans l’essentiel des pays équipés en centrales, la situation de l’énergie nucléaire au Royaume-Uni est au point mort depuis 10 ans. La R&D sur la fission nucléaire est en déclin constant depuis 1985. Jusqu’à présent les seules recherches effectuées étaient liées à la maîtrise des risques et rien n’était fait sur les réacteurs. De plus, la filière nucléaire britannique a rencontré de nombreux problèmes lors de son développement. Parmi ceux-ci, les deux principaux sont la non-standardisation des centrales et le traitement des déchets radioactifs. La non-standardisation des centrales (tendance à « améliorer » différemment chaque centrale pendant et après la construction) a entraîné une augmentation du temps de conception et de construction de ces centrales (10 ans contre 5 ans ailleurs en moyenne) et donc une augmentation des coûts. Enfin, le traitement des déchets est un sujet très sensible au Royaume-Uni, du fait de certains incidents intervenus lors de ce traitement, notamment sur le site de Sellafield.

1. Historique

La première fission nucléaire expérimentale a été réalisée à Berlin en 1938. Au début des années cinquante, la plupart des grandes puissances ont développé d’importants programmes de recherche pour la conception et la construction de centrales nucléaires commerciales.
Au Royaume-Uni, la construction de la première centrale nucléaire Calder Hall débute en 1953 sur le site de Sellafield (Nord-Ouest de l’Angleterre). Elle est connectée au réseau électrique national en 1956, produisant ainsi commercialement de l’électricité. Le réacteur de cette première centrale est un prototype Magnox d’une capacité initiale de 45 MW (voir paragraphe 3.1.a.). Un second prototype Magnox est construit à Chapelcross et est relié au réseau en 1959. A la suite de ces prototypes, neuf centrales nucléaires Magnox de grande échelle furent connectées au réseau entre 1962 et 1971 en Angleterre et au Pays de Galles.

En 1964, le gouvernement décide de développer un nouveau type de réacteur, l’Advanced Gas cooled Reactor (AGR), pour succéder à ceux de type Magnox. Entre 1985 et 1995, cinq centrales de ce type sont construites en Angleterre et deux en Ecosse.

En 1978, le Royaume-Uni décide d’utiliser des réacteurs de type Pressurized Water Reactor (PWR, réacteur à eau pressurisée), le type de réacteur le plus utilisé dans le monde. La construction de la première centrale PWR, Sizewell B, dans le Suffolk (sud-est de l’Angleterre) débute en 1987 après une consultation publique extrêmement large (1983-1985). Cette centrale est mise en service en 1995, et depuis celle-ci, aucune centrale n’a été construite au Royaume-Uni.

En 1988, le gouvernement publie le libre blanc « Privatising Electricity », qui annonce la privatisation de l’électricité incluant l’énergie nucléaire. Cependant, à cause de nombreux problèmes de coût (construction, démantèlement et stockage) et technique (réacteurs AGR), la filière nucléaire n’est pas privatisée car jugée peu compétitive.

En 1994, la révision « Review of the Future Prospects for Nuclear Power in the UK » examine la viabilité économique et commerciale de nouvelles centrales nucléaire au Royaume-Uni. La conclusion principale de cette révision est que l’énergie nucléaire est utile pour l’industrie, les clients et les contribuables. L’industrie nucléaire est donc privatisée et complètement réorganisée pour permettre la construction de nouvelles centrales. L’exploitation des sept centrales AGR plus la centrale de type PWR est confiée à British Energy, compagnie d’état privatisée en 1996. Par contre, les vieilles centrales Magnox, quatre en opération et cinq arrêtées, demeurent sous le contrôle de l’Etat. Elles sont intégrées en 1998 dans la compagnie d’état British Nuclear Fuel (BNFL), initialement en charge du cycle du combustible nucléaire.

En 2001, le Premier Ministre Tony Blair annonce une révision majeure de la politique énergétique britannique. Cette révision doit impliquer le long terme et doit considérer les nouvelles problématiques de la filière énergie : le réchauffement climatique, la sécurité de l’approvisionnement énergétique, la compétitivité des prix de l’énergie. Cette révision concerne tous les types d’énergies. Un rapport préliminaire est effectué par le Performance and Innovation Unit (PIU) et est suivi par une consultation publique. Cette consultation fut la plus importante jamais effectuée sur la politique énergétique au Royaume-Uni. En combinant les informations provenant de ces deux documents, le gouvernement a publié le 24 février 2004, un livre blanc intitulé « Our energy future - creating a low carbon economy ». Aucun rapport de cette envergure n’avait été publié depuis plus de 20 ans. L’énergie nucléaire y est présentée comme peu intéressante : « ses aspects économiques actuels en font une option peu attrayante. (...) Il y a également d’importants problèmes de déchets nucléaires à résoudre ». De même, aucun appui n’est donné par le gouvernement à la construction de nouvelles centrales.

Cependant, le 27 septembre 2005, lors de la conférence annuelle du parti travailliste, Tony Blair annonce que toutes les ressources doivent être prise en compte pour lutter contre le changement climatique y compris l’énergie nucléaire. Le 29 novembre 2005, il annonce, lors d’une conférence à la Confederation of British Industry (CBI, équivalent du MEDEF), la révision du livre blanc de 2003. Le principal enjeu de cette révision est la construction, ou non, de nouvelles centrales nucléaires afin de renouveler le parc britannique vieillissant.

2. Les acteurs de la filière nucléaire au Royaume-Uni

2.1 British Energy (BE)

British Energy est privatisé en 1996 pour exploiter les sept centrales AGR et la centrale PWR. En 2002, le groupe est en très grande difficulté financière, en particulier à cause de l’effondrement des prix de gros de l’énergie (-40 %), en raison de la libéralisation du marché. De plus, British Energy n’a pas réussi à obtenir un assouplissement de la « Climate Change Levy » (taxe sur l’électricité et les hydrocarbures), ni une réduction du coût du combustible avec BNFL. Ainsi, la compagnie a dû faire appel au gouvernement en septembre 2002 pour éviter la faillite. Il lui a été rapidement accordé une aide d’urgence de 650 millions de livres (environ 950 millions d’euros). Un programme de restructuration a été proposé en 2003, et dans celui-ci, les actionnaires n’ont plus que 2,5 % du capital de l’entreprise. L’Etat devrait en effet contribuer à hauteur de 3,3 milliards de livres (environ 4,8 milliards d’euros) au financement du Nuclear Liabilities Fund (NLF). Ce fonds devrait assumer la fin du cycle électronucléaire, à savoir le traitement des déchets et le démantèlement des centrales. Le programme a été accepté par la Commission européenne en 2004, aux conditions suivantes :
- création de trois filiales pour séparer les activités de British Energy : le nucléaire, la centrale au charbon d’Eggborough Bank et le négoce d’électricité ;
- interdiction d’accroître les capacités de production de BE dans l’Union européenne pendant une durée de six ans ;
- interdiction de pratiquer des prix inférieurs à ceux de ses concurrents sur le segment de ventes directes aux consommateurs professionnels.

2.2 British Nuclear Fuel Limited (BNFL)

BNFL est une compagnie d’Etat travaillant sur le cycle du combustible nucléaire : production, transport, traitement et gestion du combustible utilisé. En 1998, BNFL intègre Magnox Electric plc, la compagnie qui exploitait les anciennes centrales Magnox, prenant aussi en charge leur démantèlement. La dernière centrale Magnox sera arrêtée en 2010. En 1999, BNFL achète Westinghouse Electric Company, compagnie américaine spécialisée dans la construction de centrales qui représente 50 % des réacteurs nucléaires mondiaux. Cependant, BNFL affronte de nombreuses difficultés. Les gouvernements précédents n’ont pas réussi à apporter une réponse efficace au problème du stockage à long terme des déchets hautement radioactifs et les coûts de démantèlement sont plus élevés que ceux estimés à l’origine. Ainsi le gouvernement a mis en place le National Decommissioning Authority (NDA), entré en fonction le 1er avril 2005, qui est chargé du démantèlement des centrales nucléaires.

Au cours de l’année 2005, BNFL a annoncé la mise en vente de ses deux plus importantes filiales :
- Westinghouse Electric plc, rachetée par Toshiba le 7 février 2006.
- British Nuclear Group (BNG), chargé de l’exploitation et du démantèlement des anciennes centrales.

2.3 United Kingdom Atomic Energy Authority (UKAEA)

Fondée en 1954, cette société concessionnaire est la pionnière de l’énergie nucléaire civile au Royaume-Uni. Elle a été en charge de l’innovation technologique lors de la construction des centrales nucléaire au Royaume-Uni, par exemple les prototypes de réacteurs rapides à Dounreay (Ecosse). Les activités les plus commerciales de UKAEA ont été transférées à AEA Technology en 1994. Cette compagnie, privatisée en 1996, a choisi de se séparer de ses activités nucléaires en 2000 pour se concentrer sur l’environnement et les réseaux ferroviaires.

Aujourd’hui, UKAEA se concentre principalement sur le démantèlement de ses sites (Dounreay, Windscale, Harwell, Winfrit), sous le contrôle de la NDA, et sur la recherche sur la fusion nucléaire. En effet, le site UKAEA de Culham, à côté d’Oxford, héberge le réacteur de fusion Européen Joint European Torus (JET), actuellement le plus important au niveau mondial. Sur ce site, UKAEA est aussi en charge du projet de fusion nucléaire britannique MAST (Mega Amp Spherical Tokamak).

2.4 NIREX

Nirex a été créé par le gouvernement britannique en 1982, pour la recherche sur les dépôts des déchets radioactifs. Après une opposition massive de l’opinion sur l’enfouissement des déchets à faible profondeur, Nirex a décidé d’étudier le dépôt en profondeur des déchets radioactifs de moyenne et faible activité, en particulier sur le site de Sellafield.

Nirex a été privatisé le 1er avril 2005 et est ainsi séparé de l’industrie nucléaire. Sa mission reste la même, à savoir proposer des solutions pour la gestion à long terme des déchets radioactifs au Royaume-Uni. Nirex s’adapte donc aux décisions du gouvernement, sans interférer sur les domaines couverts par le NDA et le CoRWM (Committee on Radioactive Waste Management)

2.5 Nuclear Decommissionning Authority (NDA)

Créée le 1er avril 2005 à la suite de l’Energy Act 2004, cette agence gouvernementale s’occupe essentiellement du démantèlement de l’ensemble des centrales nucléaire britanniques. Elle est responsable de tous les sites et elle supervise les travaux de démantèlement de UKAEA et BNFL.

2.6 Committee on Radioactive Waste Management (CoRWM)

Ce comité a été crée par le gouvernement britannique en novembre 2003, pour réviser les différentes options pour la gestion des déchets radioactifs et recommander celles qui garantissent la sécurité des personnes et de l’environnement à long terme. Un rapport doit être remis au gouvernement pour la fin juillet 2006. Une consultation du public est effectuée dans le cadre de ce rapport.

2.7 Nuclear Industry Association (NIA)

Cette association a été créée au début des années 60 et représente l’ensemble des acteurs de la filière nucléaire. Elle représente plus de 100 compagnies dans des domaines aussi variés que l’exploitation des centrales, le démantèlement, la gestion du cycle du combustible, le traitement et le stockage des déchets, la construction et les aspects législatifs. Outre ses aspects représentatifs et développement de l’industrie, la NIA essaie aussi de convaincre l’opinion publique et politique des avantages de l’énergie nucléaire.

2.8 Les acteurs universitaires

2.8.1. Nuclear Technology Education Consortium (NTEC)
_Ce consortium rassemble neuf universités britanniques (Birmingham, Lancaster, Leeds, Liverpool, Manchester, Sheffield, City University London, HMS Sultan et Imperial College London) et deux instituts (UHI Millenium Intitute et Westlake Research Institute) pour soutenir la formation de 2nd et 3e cycle universitaire sur l’énergie nucléaire au Royaume-Uni. Il rassemble plus de 90 % de l’enseignement postgraduate nucléaire britannique.

2.8.2. Imperial College
_Cette université londonienne a inauguré, le 2 novembre 2005, un laboratoire des énergies du futur, l’Energy Futures Lab (voir les « Actualités scientifiques au Royaume-Uni » de Novembre-Décembre 2005 p.37). L’un des projets phare de ce pôle énergétique est le Keeping the Nuclear Open Initiative. Ce projet, financé à hauteur de 6,1 millions de livres (environ 9 millions d’euros), va se concentrer sur la recherche sur les réacteurs nucléaires, le coût des centrales, la sécurité et l’acceptation par l’opinion publique.

2.8.3. Manchester
Situé au Nord-ouest de l’Angleterre, berceau historique du nucléaire civil britannique, l’Université de Manchester a toujours été à la pointe de la recherche nucléaire britannique. Le Dalton Nuclear Institute est le plus grand centre de recherche nucléaire industrielle britannique. Par ailleurs, le 18 octobre 2005, l’Université de Manchester a inauguré un nouveau Master of Sciences (MSc) en science et technologie nucléaire en partenariat avec le Nuclear Technology Education Consortium (NTEC). Cette formation d’un an à temps complet et de trois ans à temps partiel, avec pour objectif de couvrir tous les aspects de la filière nucléaire,est divisée en trois parties :
- démantèlement,
- environnement et sécurité,
- technologie nucléaire.

3. Les technologies utilisées en 2006

3.1 Les réacteurs

Une centrale nucléaire possède les mêmes composants qu’une centrale thermique classique :
- un générateur de vapeur qui transforme l’eau en vapeur, c’est un échangeur de chaleur ;
- une turbine à vapeur qui transfert l’énergie apportée par la vapeur en énergie mécanique, cette énergie mécanique est ensuite transformée en énergie électrique par l’alternateur ;
- un condenseur, qui transforme la vapeur en eau, c’est généralement une tour de refroidissement ;
- une pompe qui assure la circulation.

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Figure 1

Dans une centrale nucléaire, la chaleur utilisée par le générateur de vapeur provient de la réaction de fission nucléaire au cœur du réacteur.


La fission nucléaire :
Cette réaction consiste à casser de gros atomes à l’aide d’un neutron. Le neutron n’a pas de charge électrique, il peut donc facilement traverser la couche d’électron autour du noyau et percuter ce dernier. S’il arrive à la bonne vitesse, il est absorbé par le noyau, qui s’excite et se sépare en 2 parties. S’il est trop lent, il rebondit sur le noyau, et si il est trop rapide, il le traverse. Les produits de fission, atomes radioactifs plus légers, sont alors éjectés à grande vitesse. Leur ralentissement progressif, en contact d’autres atomes, transforme leur énergie cinétique en chaleur. Cette chaleur est transmise au fluide caloporteur qui alimente le générateur de vapeur de la centrale.

La fission libère aussi en moyenne deux ou trois neutrons, éjectés à grande vitesse. Sur ceux-ci, un d’entre eux est utilisé pour propager la réaction de fission sur un autre atome, c’est le phénomène de réaction en chaîne. Pour garantir le maximum de chance à cette nouvelle fission, les neutrons sont ralentis par un modérateur, substance qui les ralentit sans les absorber. Les neutrons restant sont, quant à eux, absorbés par les barres de contrôle du réacteur, par exemple en bore, qui, en fonction de leur position, contrôlent ainsi le régime du réacteur.
Le combustible utilisé pour la fission peut être de l’uranium 233, de l’uranium 235, du plutonium 239 ou du plutonium 241. L’uranium 235 est le seul atome fissile qui se trouve à l’état naturel, il est donc majoritairement utilisé par l’industrie nucléaire. Sa proportion dans l’uranium naturel n’est que de 0,7 %. Pour augmenter les performances de l’uranium, la proportion d’uranium 235 (entre 2,5 et 5 %) est augmentée artificiellement, c’est l’enrichissement de l’uranium.

La réaction de fission de l’uranium libère une énergie de 200 MeV par événement contre quelques eV pour les réactions chimiques classiques. Un kilogramme d’uranium a la même valeur énergétique que 2 000 tonnes de pétrole.


3.1.1 Magnox
C’est le premier type de réacteurs nucléaires commerciaux du type « graphite - gaz » (Gas Cooled Reactor, GCR) au Royaume-Uni. Il doit son nom à l’alliage de magnésium utilisé pour contenir le

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Figure 2 : Réacteur Magnox
Crédit : DTI

combustible. Le combustible est de l’uranium naturel, le modérateur est du graphite et le fluide caloporteur est du CO2 pressurisé. Dans les premières configurations, le noyau était entouré d’une cuve d’acier sous pression elle-même enchâssée dans une autre couche d’acier et de béton sur plus d’un mètre d’épaisseur. Les générateurs de vapeur (échangeurs de chaleur) sont situés à l’extérieur de ce blindage. Les dernières configurations ont une cuve sous pression en béton avec une peau étanche en acier du côté du noyau. Le générateur de vapeur est à l’intérieur de celle-ci. Ce type de réacteur représente en 2006, 5 % de la production d’électricité totale britannique et environ 20 % de l’électricité nucléaire.

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Tableau 1 : centrales Magnox en opération
Source : DTI

Au niveau du cycle du combustible, le magnox est difficile à traiter en tant que déchet, car le magnésium réagit avec l’air et avec l’eau

3.1.2 Advanced Gas cooled-Reactor (AGR)
Ce type de réacteur, successeur des Magnox, se trouve uniquement au Royaume-Uni. L’AGR utilise de l’uranium enrichi (hexafluorure d’uranium) placé dans des gaines

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Figure 3 : Réacteur AGR
Crédit : DTI

d’acier inoxydable (aiguille de combustible). Le modérateur est toujours du graphite et le fluide caloporteur du CO2 pressurisé. La cuve sous pression est constituée de plusieurs mètres de béton avec une peau étanche en acier. Les générateurs de vapeur sont situés à l’intérieur de cette cuve. Cette configuration permet d’atteindre des températures plus élevées que les réacteurs Magnox. La puissance de ces réacteurs est donc supérieure aux précédents, environ deux fois plus élevée (voir tableau 1 et 2).

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Tableau 2 : Centrales AGR en opération
Source : DTI

Au niveau du cycle du combustible, chaque centrale AGR stocke jusqu’à 6 mois de combustible en réserve. Le combustible est placé dans le réacteur sous forme d’un assemblage combustible (ensemble de plusieurs aiguilles de combustible). Un réacteur AGR comporte environ 300 à 330 de ces assemblages. Un assemblage reste entre quatre et huit ans dans le réacteur ; à la fin de cette période, il est stocké pendant un mois, pour diminuer sa radioactivité. L’assemblage est ensuite démantelé, les éléments combustibles sont stockés dans des piscines de désactivation (réservoir d’eau) pour une durée minimum de 60 jours (typiquement entre trois et six mois). Ils sont ensuite chargés dans des containers spéciaux et transporté en dehors du site de la centrale pour être soit stockés, soit retraités à Sellafield, après un stockage minimum de trois ans.

3.1.3 Pressurized Water Reactor (PWR)
Il n’y a qu’un seul réacteur PWR au Royaume-Uni. Il a été mis en service en 1994 sur le site de Sizewell

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Figure 4 : Réacteur PWR
Crédit : DTI

(centrale Sizewell B). Il a une capacité de 1188 MW et sa date de fermeture prévue est en 2035. Ce type de réacteur, de conception américaine, est le plus répandu au monde. L’originalité de ce réacteur par rapport aux précédents est que l’eau sert à la fois de fluide caloporteur et de modérateur. L’eau est pressurisée et reste à l’état liquide. La cuve sous pression, le générateur de vapeur et les conduites les reliant constituent le circuit primaire de la centrale. Ce circuit est à l’intérieur d’un bâtiment en béton précontraint avec une couche étanche d’acier.

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Tableau 3 : Centrale PWR en opération
Source : DTI

Le combustible utilisé est de l’uranium enrichi (hexafluorure d’uranium) placé dans des tubes d’alliage de zirconium. Les barres de combustibles assemblées sont stockées environ six semaines avant d’être placées dans le réacteur. Les barres assemblées restent dans le réacteur pour une durée comprise entre trois et cinq ans. Le réacteur est arrêté (circuit primaire refroidi et dépressurisé) pour renouveler une partie de son combustible, généralement un tiers, tous les 12 à 18 mois. Le combustible utilisé est transféré dans les piscines de désactivation en attente de son transfert pour stockage ou retraitement, après une période de stockage minimale de cinq ans, à Sellafield.

3.2. Le stockage et traitement des déchets

3.2.1 Définition des déchets radioactifs
La Terre est une planète naturellement radioactive. La plupart des radiations reçues par l’homme chaque jour proviennent de l’air respiré, du sol et des bâtiments, de la nourriture et des boissons et des rayons du soleil. Les radiations provenant de l’industrie nucléaire constituent moins de 1 % de la radioactivité moyenne reçue par l’homme (voir figure 5).

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Figure 5 : Répartition des rayonnements ionisants reçus par l’’homme
Crédits : Nirex

Les déchets radioactifs sont divisés en quatre catégories :
- high-level waste (déchets de haute activité, HLW) : ce sont les résidus du retraitement du combustible nucléaire utilisé qui est traité chimiquement afin d’être réutilisé pour la production d’énergie ;
- intermediate-level waste (déchets de moyenne activité, ILW) : ils proviennent principalement du démantèlement et du retraitement des gaines du combustible, et de l’exploitation et maintenance de la centrale ;
- low-level waste (déchets de faible activité, LLW) : ils s’agit essentiellement de résidus légèrement contaminés tels que du papier, des vêtements, des équipements de laboratoire, des sols contaminés et des matériaux de construction ;
- very low-level waste (déchets de très faible activité, VLLW) : ce sont des matériaux industriels et hospitaliers avec de très faibles niveaux de contamination.

Les HLW représentent environ 0,1 % du volume des déchets, cependant ils représentent 94 % de la radioactivité cumulée de ces déchets.

Plus de 99 % des déchets radioactifs au Royaume-Uni proviennent de l’industrie nucléaire et de la recherche associée (voir figure 6) : enrichissement de l’uranium, fabrication du combustible, exploitation du réacteur, traitement du combustible. Le reste des déchets est issu des activités militaires (armes nucléaires et sous-marins) et de divers secteurs civils non nucléaires : médecine, industrie et recherche.

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Figure 6 : Provenance des déchets radioactifs au Royaume-Unio
Source : "The 2004 Radioactive Waste Inventory" - Crédits : Nirex & Defra

La quantité de déchets et leur radioactivité en avril 2004 sont présentées dans les figures 7 et 8 :

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Figure 7 : Volume des déchets Radioactifs au Royaume-Uni :
Source : "The 2004 Radioactive Waste Inventory" - Crédits : Nirex & Defra
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Figure 8 : radioactivité des déchest radiocatifs au Royaume-Uni par catégorie
Source : "The 2004 Radioactive Waste Inventory" - Crédits : Nirex & Defra

Il est important de préciser que d’autres composés radioactifs tels que le combustible usagé, l’uranium, sous forme appauvrie et hexafluorure d’uranium (UF6), et le plutonium ne sont pas considérés comme des déchets. Leur volume et radioactivité sont donnés dans le tableau ci-dessous selon l’inventaire de base effectué par le CoRWM.

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Source : CoRWM’s Radioactive Waste and Material Inventory : Baseline Inventory - July 2005

La radioactivité :
La radioactivité est la propriété d’un noyau atomique instable, ou radioactif, à se transformer en un ou plusieurs noyaux d’autres éléments de masse atomique plus petite. Cette transformation s’accompagne d’un dégagement de chaleur et de rayonnement : alpha, bêta et gamma. Le rayonnement alpha consiste en l’émission d’un noyau d’hélium par un noyau lourd trop chargé en neutrons et en protons ; une feuille de papier peut l’arrêter. Le rayonnement bêta est divisé en 2 parties, les rayonnements bêta plus et bêta moins. Le rayonnement bêta plus agit sur les noyaux trop chargés en protons, le proton se désintègre en neutron et positron (particule à charge positive). Le rayonnement bêta moins s’applique sur les noyaux trop chargés en neutrons, le neutron se désintègre en proton et en électron. L’électron et le positron constituent donc ce rayonnement bêta qui est peut être arrêté par une feuille d’aluminium. Le rayonnement gamma, consiste en l’émission d’une particule gamma, c’est-à-dire d’un photon trés énergétique. Cette émission est produite par un noyau encore excité par une radiation alpha ou bêta, qui va garder sa composition mais évacuer son trop plein d’énergie avec un rayonnement électromagnétique hautement énergétique. Ce rayonnement est stoppé par plusieurs centimètres de plomb.


3.2.2 Le stockage des déchets
- Les HLW sont immobilisés par vitrification sur le site de Sellafield. Ce procédé, d’origine française, consiste

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Stockage de HLW vitrifié
Crédit : BNG

à mélanger les déchets sous forme liquide avec de la fritte de verre (des morceaux entre 1 et 2 mm de diamètre) puis de les chauffer dans un four. Ce mélange est versé dans des containers d’acier inoxydable. Ceux-ci sont refroidis par air (formation de blocs de verre) dans la zone de stockage. Cette zone a une capacité de stockage de 8 000 containers (800 tubes de stockage).

- Les ILW sont immobilisés dans du ciment à l’intérieur de

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Stockage de ILW
Crédit : BNG

fûts d’acier de 500 litres. La plupart de ces déchets sont stockés à Sellafield, néanmoins pour les centrales Magnox et les sites des prototypes UKAEA ils sont stockés sur place.

- Les LLW sont entreposés sur le site de Drigg, proche

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LLW compacté
Crédit : BNG

de Sellafield. Ces déchets sont compactés et ensuite scellés dans des fûts métalliques de 200 litres avec du ciment. Ces containers sont ensuite placés dans des chambres fortes en béton. La capacité de ce site est limitée et atteindra saturation vers la moitié du XXIe siècle au rythme de remplissage actuel.

- Les VLLW sont traités comme des déchets domestiques classiques, c’est-à-dire qu’ils sont envoyés soit en décharges, soit incinérés.

3.2.3 Le retraitement du combustible utilisé_ Le retraitement du combustible nucléaire a d’abord lieu à l’usine THORP (THermal Oxide Reprocessing Plant) à Sellafield. Le combustible utilisé est dissous dans de l’acide nitrique, ce qui a pour effet de séparer ses constituants : uranium (96 %), plutonium (1 %) et déchets radioactifs (3 %). L’uranium peut être de nouveau enrichi et réutilisé en tant que combustible. Cependant au Royaume-Uni, l’uranium et le plutonium sont envoyés ensuite à l’usine MOX, qui fait suite à l’usine THORP, pour y former un nouveau combustible appelé MOX (Mixed OXide). Ce combustible alternatif, mélange de plutonium et d’uranium naturel ou appauvri, a le même comportement que l’uranium faiblement enrichi qui est utilisé dans la plupart des centrales nucléaire en opération (PWR). Ces deux unités sont en service depuis 1997. Cependant, à la suite d’une fuite de déchets radioactifs dans l’usine THORP en avril 2005, celle-ci est arrêtée pour les besoins de l’enquête. Aucune date de réouverture n’a été officiellement annoncée. Les responsables du site espèrent qu’elle sera de nouveau en fonctionnement pour l’été 2006.


Le site de Sellafield :

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Site de Sellafield
Crédit : BNG


C’est le site nucléaire historique du pays dédié, à l’origine, à la production de bombe nucléaire. En 1956, la première centrale commerciale Calder Hall est construite à côté des installations militaires. En 1957, l’incendie des réacteurs militaires de Windscale constitue l’accident nucléaire le plus important en terme de radioactivité après Tchernobyl (et devant Three Miles Island). En 1983, la décharge de déchets hautement radioactifs sur une plage provoque la fermeture de celle-ci. Le 19 avril 2005, une fuite de 83 m3 de solution de déchets radioactifs a été détectée dans l’usine THORP à la suite d’une fissure sur un container. Le taux de leucémie infantile reste anormalement élévé aux alentours du complexe, contrairement aux autres sites nucléaires britannique d’après le 10e rapport COMARE (Committee On Medical Aspect of Radiation in the Environment). Ce site est très controversé et illustre à lui tout seul l’ensemble des problèmes posés par la filière nucléaire.


4. Pistes envisagées dans l’avenir

4.1 Le stockage des déchets en formation géologique profonde

Cette option est étudiéeavecintérêtauniveautechniqueparNirex et le CoRWM qui doit proposerles meilleuressolutionspourlagestiondesdéchetsnucléaireàl’été2006.Lestockage desdéchets en profondeur consiste à stockerles déchets HLW et ILW dansdes dépôts situésà environ 400-500 m de profondeur.Ce mode de gestionpermet de placer les containers dans unenvironnement chimiquement,thermiquement et mécaniquementtrès stablesurdeséchelles detemps importantes. Ces dépôts doivent être assezétendus pour permettreà lachaleur importante des HLW de se dissiper par conduction. La question de la réversibilité du stockage doit être aussi prise en considération avant la fermeture finale de ces dépôts. La durée de vie de ceux-ci doit être comprise entre 10 000 et 1 000 000 ans selon le type de déchets ou combustibles usagés stockés.

Ce type de stockage est possible dans les formations granitaire ou argileuse. Le Royaume-Uni, possède ces deux types de formation. En Europe, la Finlande et la Suède ont déjà choisi ce type de stockage, les sites étant la formation géologique granitaire (seul choix possible). De son côté le centre expérimental de Bure (France) est de formation argileuse.

4.2 Le renouvellement possible du parc nucléaire britannique

Si la révision de la politique énergétique présente l’énergie nucléaire comme nécessaire pour le pays, le Royaume-Uni devra renouveler son parc de centrale nucléaire. Cependant, depuis la privatisation de l’énergie, la recherche sur la fission nucléaire n’a fait que décliner au Royaume-Uni, au profit de recherche sur la maîtrise des risques, le traitement des déchets, la protection de la santé et de l’environnement et la fusion nucléaire.

Aujourd’hui, il y a donc un déficit de compétences en terme de construction de centrales nucléaires au Royaume-Uni. Si le renouvellement du parc a lieu, le Royaume-Uni devra se tourner vers les technologies étrangères pour les réacteurs de génération III, c’est-à-dire probablement l’AP 1000 de Westinghouse (conçu aux USA) ou l’EPR de Siemens-Framatone (France-Allemagne).

4.2.1 AP 1000
L’Advanced Passive 1000 (AP 1000) est l’extension du réacteur AP 600. de type PWR . L’AP 1000

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Système de refroidissement passif de l’enceinte de l’AP 10000
Source : Westinghouse Electric Plc

est sa version améliorée d’une puissance de 1117 à 1154 MWe, grâce à deux générateurs de vapeur, selon le type de fluide caloporteur utilisé. L’AP 1000 a été approuvé par le gouvernement américain le 4 janvier 2006 et devrait donc bientôt être certifié, ce qui signifie qu’il sera commercialisable aux Etats-Unis et, par extension, ailleurs.

L’intérêt principal de ce réacteur est qu’il utilise des systèmes de sécurité passifs, c’est-à-dire ne nécessitant pas de systèmes mécaniques à énergie électrique tels qu’une pompe ou ventilateur. Ces systèmes sont basés sur l’écoulement gravitaire et la circulation naturelle de l’air et de la vapeur. Des systèmes passifs sont utilisés pour le refroidissement du réacteur (noyau et enceinte).

4.2.2 EPR
L’European Pressurized Reactor (EPR) est une amélioration des réacteurs PWR, les plus récents utilisés en France et en Allemagne. Il possède quatre générateurs de vapeur pour une puissance comprise entre 1500 et 1600 MWe. Il est conçu pour durer 60 ans au lieu des 40 ans des réacteurs précédents. Tout comme l’AP 1000, il dispose de systèmes de sécurité passifs. Un réacteur de ce type est en construction sur le site d’Olkiluoto en Finlande (opérationnel en 2009), et un autre est prévu sur le site de Flamanville en France (opérationnel en 2011/12).

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Réacteur EPR
Crédit : Areva

4.2.3 Réacteur à hautes températures (HTR)
Ces réacteurs sont conçus pour de petites puissances de l’ordre de 100-300 MWe. L’originalité de ce type de réacteur est que le fluide caloporteur est du gaz, de l’hélium, et qu’il fonctionne en cycle direct, c’est-à-dire que le gaz fait tourner lui-même la turbine à gaz. Son rendement thermodynamique est donc très élevé (40-50 %

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PBMR
Crédit : PBMR

contre 33 % pour un réacteur classique). Sa principale caractéristique est que son combustible n’est pas conditionné dans des barres comme pour les réacteurs classiques mais dans des billes de carbone d’un diamètre de 1 mm qui retiennent les matières fissiles jusqu’à une température de 1 600 °C. Le modérateur est le graphite. Il est apparemment bien adapté pour la combustion de plutonium (70 % de la quantité contenue) et peut être combiné avec la technologie des réacteurs à neutrons rapides pour une plus grande efficacité (voir paragraphe suivant). L’exemple direct de ce type de réacteur est le Pebble Bed Modular Reactor, adapté d’une technologie allemande de Siemens/Interatom, et développé par un consortium formé d’Eskom (compagnie sud-africaine), the Industrial Development Corporation of South Africa, BNFL et le groupe américain Exelon (qui s’est retiré en 2002). Le noyau du PBMR consiste en un bloc de graphite central autour duquel les 450 000 billes de combustible sont placées de façon annulaire. L’hélium entre dans le réacteur à une pression de 90 bars et une température de 500 °C, il en sort à 30 bars et 900 °C. Avec les améliorations possibles concernant les matériaux et le combustible, les chercheurs espèrent obtenir un rendement total de 50 %. Un réacteur de démonstration devrait être mis en service en Afrique du Sud en 2011.

4.2.4 Autres types de réacteur : génération IV
Le Royaume-Uni fait parti des 10 pays participants au programme Generation IV International Forum (GIF). Ce programme a été lancé en 2001 à l’initiative du Département de l’énergie américain. Il a pour objectif de sélectionner et de développer des systèmes de production nucléaire du futur, prenant en compte des critères de développement durable. Ce forum se consacre à l’étude de six nouvelles filières de réacteurs :

- VHTR (very high temperature reactor system) :
Ce réacteur est dédié à la production d’hydrogène à partir d’eau. La solution idéale consiste à séparer la molécule d’eau en H2 et O2 par un procédé thermochimique qui nécessite une température minimale de 900°C (procédé S-I, soufre-iode). Aux Etats-Unis, un réacteur pilote utilise de l’eau et du gaz naturel pour produire de l’hydrogène, néanmoins il produit du CO2 (gaz naturel).

- GFR (Gas-cooled fast reactor system) - Réacteur rapide à caloporteur hélium ;
- SFR (Sodium-cooled fast reactor system) - Réacteur rapide à caloporteur sodium ;
- LFR (Lead-cooled fast reactor system) - Réacteur rapide à caloporteur alliage de plomb ;
Ces réacteurs ont l’originalité de ne pas comporter de modérateur (d’où le nom « neutron rapides » ou « rapides »). Ils sont aussi appelés surgénérateurs car les neutrons ne servent pas uniquement à casser les atomes d’uranium 235 mais aussi à former des atomes de plutonium 239, lui-même fissile. En France, un seul réacteur de ce type est en fonctionnement, il s’agit de Phénix dont le caloporteur est du sodium liquide.

Les neutrons rapides peuvent se combiner avec l’uranium 238, le plus présent et non radioactif, pour former de l’uranium 239. L’uranium 239 se transforme en Plutonium 239 grâce à deux désintégrations bêta moins (voir encart radioactivité). Le Plutonium 239 étant fissile, ce type de réacteur permet de consommer l’essentiel du combustible original (uranium 235 et 238).

- SCWR (Supercritical water-cooled reactor system) - Réacteur à eau supercritique :
L’ensemble des centrales électriques thermiques et nucléaires fonctionne en utilisant le cycle de Rankine (voir figure 1) en-dessous du point critique de l’eau (374 °C, 221 bars).

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Diagramme PV (pression volume) de l’eau

Au-delà du point critique de l’eau (point au dessus duquel le changement de phase liquide-vapeur ne se fait plus par ébullition ou condensation, mais de manière continue, voir figure ci-dessous) , il n’est plus possible de distinguer le liquide de la vapeur. Les limitations liées aux milieux diphasiques (en particulier l’ébullition) ne sont plus à considérer. Les propriétés physiques de l’eau, en particulier sa chaleur spécifique, subissent de fortes variations au voisinage du point critique, ce qui ouvre la voie à des réacteurs plus compacts pour une puissance donnée.

- MSR (Molten salt reactor system) - Réacteur à sels fondus
La particularité de ce réacteur est qu’il utilise un combustible sous forme liquide, mélange de fluorure d’uranium, de fluorure de thorium, de fluorure de lithium, de beryllium et éventuellement de sodium et de zirconium. D’après le schéma établi par le Oak Ridge National Laboratory, à l’origine du concept, ce sel combustible pénètre par le bas du cœur à une température d’environ 550°C, le traverse de bas en haut en circulant dans des canaux de graphite, dont l’effet modérateur permet d’obtenir la criticité et la production d’énergie de fission. Le sel joue en même temps le rôle de caloporteur et ressort du cœur à environ 700°C, avant de passer à travers des échangeurs de chaleur. L’énergie thermique est ainsi transférée à un sel caloporteur secondaire, puis via un générateur de vapeur supercritique jusqu’au système de conversion d’énergie, avec un rendement total assez élevé (44 %). Ce concept paraît optimal pour assurer la surgénération en cycle thorium. Le thorium est plus présent que l’uranium dans la croûte terrestre mais il ne fissure pas lorsqu’il absorbe un neutron : il se transforme en uranium 233 fissile considéré plus « propre » que l’uranium classique.

Le Royaume-Uni a manifesté un intérêt prioritaire pour la R&D sur le GFR (réacteur rapide à caloporteur hélium) et le VHTR (réacteur à très hautes températures) et un intérêt important pour le SFR (réacteur rapide à alliage de sodium). Son intérêt est moindre pour le MSR (réacteur à sels fondus) et le SCWR (réacteur à eau supercritique). Il n’est pas intéressé par le LFR (réacteur rapide à caloporteur alliage de plomb).

4.2.5. Recherche : la fusion nucléaire
La fusion nucléaire a toujours été considérée sérieusement au Royaume-Uni qui possède plusieurs centres de recherche de réputation mondiale. Le plus important, le réacteur JET (Joint European Torus), a effectué la meilleure performance mondiale de génération nucléaire avec 16 MW produit en 1997 avec un facteur Q 0,7. JET restera le principal site de recherche sur la fusion nucléaire en Europe avant la mise en service du réacteur ITER à Cadarache, France.

Les réacteurs expérimentaux MAST et JET, tous deux à Culham, sont de type Tokamak. Le Tokamak est un réacteur à confinement magnétique du plasma. Comme le plasma est

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Réacteur JET
Source : JET -EFDA

constitué de particules chargées, leur trajectoire de déplacement est confinée à l’intérieur d’un tore au moyen de champs magnétiques. Pour cela on doit créer un champ toroïdal auquel on associe une composante de champ qui lui est perpendiculaire (champ poloïdal). Dans les dispositifs du type Tokamak, le champ poloïdal est créé par un fort courant induit au sein même du plasma. L’enjeu consiste alors à contrôler ce plasma au cœur du Tokamak dans un volume limité et suffisamment éloigné des équipements. Les températures nécessaires à la réalisation de la fusion sont de l’ordre de 100 millions de K pour la réaction deutérium-tritium, dans le réacteur JET. Les principaux défis concernant la fusion nucléaire concernent principalement la physique des plasma et les matériaux de l’enceinte.


La fusion nucléaire :
La fusion nucléaire est un processus naturel, utilisé par les étoiles. Il s’agit d’une réaction thermonucléaire entre 2 atomes légers qui forment un atome plus lourd. Le noyau formé étant instable (radioactif), il devient stable par rayonnement bêta et gamma et par émission de chaleur. Cette chaleur est récupérée pour générer de la vapeur qui va ensuite emprunter le circuit classique d’une centrale thermique. L’avantage de ce procédé est qu’il utilise des atomes très légers, disponibles en abondance, principalement des isotopes de l’hydrogène (deutérium et tritium) pour former un autre atome léger (isotope d’hélium) dont la période de radioactivité est très faible. Il n’y a donc pas de déchets radioactifs produits par fusion nucléaire.

Néanmoins cette réaction est difficile à initier car les noyaux des atomes, chargés positivement se repoussent. Pour vaincre cette force de répulsion, les atomes doivent s’agiter à des températures très élevées (15 millions de Kelvins au sein du Soleil). A ces températures, la matière est sous forme de plasma, une phase gazeuse ionisée. Des électrons du nuage électronique de l’atome sont arrachés, formant ainsi des ions chargés positivement et des électrons libres. La grande agitation des ions et des électrons produit de nombreuses collisions entre les particules. Pour que ces collisions soient suffisamment violentes et entraînent une fusion, trois grandeurs interviennent : la température, la densité et le temps de confinement.


5. Opinion britannique sur le nucléaire

Selon différents sondages, les britanniques semblent partagés sur l’énergie nucléaire : environ la moitié de la population est favorable au renouvellement du parc des centrales et l’autre moitié y est opposée. La solution proposée par les opposants est l’utilisation accrue des énergies renouvelables et les économies d’énergie. La division existe aussi dans la classe politique, le parti conservateur est majoritairement pro-nucléaire, les libéraux-démocrates y sont formellement opposés et le parti travailliste, au pouvoir, est partagé en deux camps sur la question. Sur la question nucléaire, le public fait d’abord confiance aux lobbies environnementaux anti-nucléaires (Greenpeace, Friends of the Earth), puis aux scientifiques, moins à l’industrie nucléaire (jugée souvent arrogante), et enfin au gouvernement : celui-ci va devoir gagner la confiance du public s’il veut relancer le programme nucléaire. La communication pro-nucléaire britannique insiste sur la non-émission de gaz à effet de serre, la sécurité de l’approvisionnement, l’indépendance énergétique du Royaume-Uni, et la diversification des sources d’énergie. De leur côté, les intervenants anti-nucléaires s’attaquent prioritairement au traitement des déchets et du combustible, point faible des britanniques. En effet, le Secrétaire d’Etat à l’énergie, Malcom Wicks, a parlé de « honte nationale » concernant le traitement et le stockage des déchets au Royaume-Uni. Cependant, les déchets nucléaires ne sont pas uniquement un problème politique, c’est un problème technique qui doit être pris en compte par tous les intervenants. Les autres arguments des anti-nucléaires concernent principalement les risques liés aux centrales (accidents, impacts sur la santé, cibles terroristes potentielles), ainsi que le coût élevé des centrales nucléaires qui les rendent peu intéressantes sur le marché énergétique. Si la question des risques est discutée par des personnalités scientifiques, experts du nucléaire ou non, le coût, extrêment élevé, est considéré par tous comme un obstacle majeur. Les industriels réclament donc des aides, à l’image de celles reçues pour les énergies renouvelables. Néanmoins, les opposants au nucléaire rappellent que les technologies des énergies renouvelables sont en phase de développement, contrairement au nucléaire qui est connu et utilisé depuis 50 ans. Pour permettre le développement éventuel de nouvelles centrales, certains commentateurs demandent une intervention de l’Etat dans le marché de l’énergie, car la seule loi du marché ne semble pas adaptée pour la lutte contre l’émission de gaz à effet de serre.

Conclusion

L’énergie nucléaire britannique est à une période charnière de son histoire. N’étant pas adaptée au marché de l’énergie actuel, elle risque de progressivement disparaître si aucune décision spécifique n’est prise. Pour certains commentateurs, la décision de construire de nouvelles centrales aurait déjà été prise depuis la décision de revoir le livre blanc de 2003. La création d’unités d’enseignement et de recherche spécifiques à l’Université de Manchester et Imperial College donne des signaux dans ce sens.

Le choix du renouvellement ou non du parc nucléaire britannique implique surtout la sécurité de l’approvisionnement énergétique du pays, ce qui conditionne, entre autres, la compétitivité de ses industries sur la scène internationale. Sans renouvellement du parc nucléaire, le Royaume-Uni va devoir remplacer environ 20 % de son électricité. S’il y a remplacement, les combustibles fossiles semblent mal placés : en effet, le Royaume-Uni est importateur de gaz depuis 2004. De plus, les combustibles fossiles émettent des gaz à effet de serre, contrairement aux centrales nucléaires, et la réduction de ces émissions est un des points principaux de la politique britannique. Enfin, les technologies de capture et stockage du dioxyde de carbone pour des centrales propres au charbon en sont encore au stade de la recherche. Les énergies renouvelables et les économies d’énergie sont des points clés dans la politique énergétique britannique et sont promises à un développement certain. Seront-elles capables de remplacer la puissance nucléaire installée sans créer de période de récession énergétique ? Le débat reste ouvert. A ce sujet, le scientifique britannique James Lovelock, créateur du concept de Gaïa et un des pères de l’écologie, qui présente la Terre comme un système « vivant », , estime que l’énergie nucléaire est la seule solution écologique au changement climatique pour le moment. Ses remarques ont engendré un tollé auprès de la communauté écologiste, majoritairement anti-nucléaire et favorable aux énergies renouvelables.

Si le sort des centrales nucléaires est en suspens jusqu’à l’été 2006, le traitement et stockage des déchets devront être étudiés quelle que soit la décision. Le sujet est sensible et les constantes de temps sont importantes (10 000 ans de stockage pour les HLW). Le rapport du CoRWM à ce sujet va être publié à l’été 2006, en même temps que la révision de la politique énergétique. D’après les spécialistes, le stockage en formation géologique profonde serait la seule solution.

Auteur : Mathieu Daoudi


Sources : DTI, www.dti.gov.uk/energy/nuclear & www.dti.gov.uk/energy ; Wikipédia, http://en.wikipedia.org ; Westinghouse, www.westinghousenuclear.com, , CoRWM, « CoRWM’s Radioactive Waste and Materials Inventory - July 2005 », www.corwm.org.uk, Nirex, www.nirex.co.uk & octobre 2005, The 2004 UK Radioactive Waste Inventory », www.nirex.co.uk/foi/ukinvent ; CEA, www.cea.fr, PBMR, www.pbmr.co.za , energéthique, www.energethique.com, DOE, www.ne.doe.gov, NTEC, www.ntec.ac.uk, Manchester University, www.eps.manchester.ac.uk ; Imperial College, press release, 02/11/05, www.ic.ac.uk ; JET, www.jet.efda.org ; Conférence « Geosciences and the long term management of radioactive wastes », 09/01/05, Geological Society London ; Presse britannique du 29-31 novembre 2005.

publié le 27/11/2007

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