L’ingénierie d’un parc olympique durable

A moins de 200 jours des jeux olympiques et paralympiques de 2012, l’Olympic Delivery Authority (ODA), agence en charge de la construction du parc olympique et des transports, va passer le flambeau au London Organising Committee of the Olympic Games and Paralympic Games (LOCOG, comité d’organisation des jeux olympiques et paralympiques de Londres), organisme privé qui va gérer le déroulement effectif des jeux, finaliser les préparations et vendre les tickets. Le temps de faire le point sur plus de trois ans de travaux sur le site olympique.

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Crédits : London 2012

En 2005, l’ODA a reçu pour mission de construire le parc olympique selon un cahier des charges qui plaçait la durabilité au coeur du projet : ces jeux se doivent de "créer une vision du sport qui sera une inspiration et un héritage". Cet aspect de l’héritage est particulièrement important car le parc olympique a été construit dans une zone plutôt déshéritée de Londres, et les nombreuses nouvelles infrastructures joueront un rôle clef dans la revitalisation de ce quartier de Stratford. Le budget alloué à l’ODA était de 8 Md£, 4.000 personnes ont travaillé sur le site (dont 25% d’employés locaux et 13% d’anciens chômeurs), soit près de 70 M d’heures travaillées.

La première étape ("Démolir, Creuser, Concevoir") de ce chantier pharaonique a été le nettoyage du site. Car Stratford est une zone complexe (noeud ferroviaire, rivière Lee et canaux de navigation) et extrêmement polluée par plusieurs siècles de dépôts de métaux lourds, d’arsenic, d’hydrocarbures ou encore de bakélite, le tout parsemé de tonnes de bombes non explosées datant du Blitz. Sans compter 52 pylônes de lignes électriques à haute tension, qui ont été enterrées dans 6 km de tunnels de 3 m de diamètre traversant le parc. Afin de respecter son engagement de durabilité, l’ODA a pris le parti de ne pas se débarrasser de cette terre contaminée, mais bien de nettoyer 95% du sol pour ensuite le replacer sur le site. De même, 90% des matériaux issus de la destruction de bâtiments préexistants (briques notamment) ont été intégrés dans les nouvelles structures. Des écluses ont été construites afin de réguler les marées et pouvoir placer le réseau de rivières et canaux aux rives réaménagées au coeur du parc. Un système de traitement des eaux usées à été intégré aux égouts du XIXème siècle de Bazalgette, tandis qu’une centrale à cycle combinée générant de l’électricité et de la chaleur a été installée. Une unité expérimentale transformera les eaux usées (dites "grises") pour irriguer les espaces verts du futur Queen Elizabeth Olympic Parc. Enfin 35 ponts ont été construits, plusieurs d’entre eux conçus pour voir leur taille réduite afin de s’adapter à l’usage qui en sera fait sur le long terme.

Cette idée de concevoir les infrastructures d’accès et les équipements sportifs afin qu’ils correspondent exactement aux besoins futurs est la clef de l’approche d’héritage qui a été choisie. Par exemple, les études ont montré que si le stade olympique devra accueillir 80.000 spectateurs lors des cérémonies d’ouverture et de clôture, l’usage sur le long terme ne serait que de 25.000 places. Ainsi la partie supérieure du stade a été conçue pour être démontable grâce à une série de structures légères en acier indépendantes les unes des autres. D’anciens tuyaux de gaz en acier qui restaient en surplus d’un précédent chantier ont été intégrés à la structure : rien ne se perd, tout se transforme dans le parc olympique !

Le centre aquatique (3.000 places) dispose d’un toit de 110 m sur 160 m dont les 3.000 tonnes reposent sur trois points. A cause de la dilatation thermique importante d’une telle structure, les fenêtres latérales seront flottantes à leur base afin de suivre les mouvements. Ces fenêtres ne seront d’ailleurs pas installées durant les jeux, mais remplacées par des gradins additionnels afin d’atteindre une capacité temporaire de 17 500 spectateurs. Le vélodrome et l’arène de handball ont été conçus pour utiliser uniquement la lumière du jour guidée par des tubes de lumière à travers le toit (même si ceux-ci seront bouchés pendant les jeux, les télévisions ayant exigé un éclairage artificiel requis pour pouvoir filmer en haute définition et en ralenti !). Le stade de basket d’une capacité de 12.000 places sera, quant à lui, tout simplement démonté, étant constitué d’une simple enveloppe de PVC recouvrant les gradins et le parquet. Un bâtiment de 280 m de long et 30 m de haut a été construit pour héberger les 22.000 journalistes accrédités.

Le village olympique respecte les standards environnementaux et d’efficacité énergétique les plus élevés. Comme les logements seront ensuite vendus sur le marché, une des chambres de chaque appartement a été conçue pour être convertie après les jeux en une cuisine. La moitié des logements sera réservée afin d’être louée à loyer réduit et la construction d’immeubles continuera bien après les jeux, plus de 6.000 logements doivent sortir de terre au cours des 20 prochaines années.

Enfin, les transports ont fait l’objet d’une attention particulière afin d’éviter la situation catastrophique des jeux d’Atlanta, en 1996, où des athlètes manquèrent leur compétition à cause des encombrements sur les voies d’accès. L’ODA a prévu que 80% des spectateurs transiteront par le rail. Ainsi 500 M£ ont été investies dans l’amélioration des infrastructures existantes (extension de capacité des trains, agrandissement des gares, une nouvelle station DLR, amélioration des voies ferrées vers Londres). Un service de train rapide circulera sur la voie grande vitesse entre St Pancreas et Stratford pour relier le centre de Londres au parc olympique en 6 minutes, toutes les 6 minutes.

Dans les budgets et dans les temps, la construction du parc olympique peut être qualifiée de succès, et il est probable que le gouvernent va commencer à communiquer à ce sujet (les autorités ont préféré garder un profil bas jusqu’à maintenant, afin de ne pas revivre la situation des échecs du Dôme et du pont du Millenium). Conçu pour durer et s’inscrire dans une logique d’héritage au service des communautés locales (75 pennies pour chaque livre ont été investies dans la régénération de la zone), avec des infrastructures modulables pour ne pas rester avec un éléphant blanc sur les bras et avec 50% des matériaux transportés par voie fluviale, le parc olympique restera également comme un modèle de chantier propre et respectueux du souci de durabilité. Il ne reste plus qu’à installer les 16 500 téléphones fixes, les 7.000 bornes Internet, quelques milliers de caméras de vidéosurveillance et 65 hectares de tentes avant d’être fin prêt pour accueillir les 17.000 athlètes, à temps pour l’ouverture des jeux le 27 juillet 2012.

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Crédits : London 2012


Sources :
- site de l’ODA, www.london2012.com/venues
- Conférence, The Royal Academy of Engineering, 1/12/2011, "Engineering the Olympics"


Auteur : Olivier Gloaguen

publié le 26/01/2012

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