La British Academy se prononce sur les critères d’évaluation du prochain RAE

La British Academy a rendu public son avis sur les critères qui seront appliqués lors de la prochaine évaluation nationale de la recherche britannique (Research Assessment Exercice ou RAE), en 2008. L’académie soutient financièrement la recherche en sciences humaines et sociales et regroupe les chercheurs reconnus comme les plus brillants dans ces domaines. Cette prise de position officielle apparaît comme un effort pour faire entendre la voix de ces chercheurs et pour essayer d’influencer les commissions du RAE.

En effet, les différentes commissions, regroupées par disciplines, ont chacune décidé de manière autonome la manière dont elles classeraient les équipes de recherche qui relèvent de leurs compétences, et les critères n’ont pas été harmonisés. Depuis que leurs décisions sont connues, les discussions vont bon train dans le milieu universitaire, où plusieurs voix se sont élevées pour critiquer l’incohérence des commissions.

La British Academy a mené une vaste consultation auprès de ses membres, qui appartiennent tous à la communauté universitaire, et c’est le résultat de ces discussions qu’elle a publié à la mi-septembre. Ces échanges ont permis de faire apparaître une différence importante dans la perception des critères retenus par les commissions du RAE. Les représentants des sciences sociales se sont dit globalement satisfaits, alors que les plus vives réserves ont été exprimées par les chercheurs en sciences humaines et ceux qui appartiennent aux disciplines les plus historicisantes des sciences sociales. Un examen plus approfondi a permis de montrer que cette différence tient à deux raisons essentielles. L’une est que les travaux de longue haleine risquent d’être très fortement pénalisés dans le prochain RAE. L’autre est que les habitudes propres à ces disciplines en matière de publication sont totalement ignorées au profit du modèle dominant dans les sciences dites « dures ».

Dans le domaine des publications, qui est un des critères essentiels pour évaluer la qualité de la recherche, la grande majorité des commissions ne fait pas de distinction entre article et livre. Or ceci, l’avis de la British Academy le souligne fortement, ne peut que nuire aux sciences humaines et sociales et donnera nécessairement une image fausse de la recherche. Dans ces disciplines, rappelons-le, la monographie rédigée par un seul auteur est le type de publication le plus important et le plus prestigieux. Pour les fellows de la British Academy, un ouvrage de ce genre, résultat d’une recherche ambitieuse et qui peut durer de nombreuses années, doit être pris en compte comme il le mérite et compter pour bien davantage que plusieurs articles. Les membres de l’académie indiquent que l’on risque autrement de pousser les auteurs à publier les résultats de leur recherche en morceaux détachés et dans des revues éparpillées de part le monde.

La British Academy pose également la question de l’harmonisation des critères entre les commissions. Elle remarque qu’alors que la commission « N » (lettres classiques) se propose de compter un livre publié à l’égal de deux articles, la commission « M »(langues modernes) na rien prévu en ce sens, et que la commission « O » (art) crée la catégorie « ouvrage exceptionnel » qu’elle est la seule à utiliser.

Si l’évaluation des publications apparaît dans cet avis comme le problème le plus important, les chercheurs en sciences humaines et sociales de la British Academy font entendre deux autres inquiétudes. La première tient aux critères retenus pour évaluer l’environnement et les conditions de recherche, qui ne tiennent là encore aucunement compte des méthodologies spécifiques à ces disciplines et suggèrent que toute la recherche se fait à la paillasse. La deuxième concerne la reconnaissance des travaux interdisciplinaires qui risquent d’être désavantagés du fait du découpage très traditionnel des disciplines dans les commissions.

Le poids du modèle des sciences dures préoccupe beaucoup la British Academy. Elle souligne encore dans son avis que la distinction établie par le RAE entre « recherche fondamentale », « recherche appliquée » et « continuum de la recherche » ne s’applique en aucune manière aux sciences humaines et sociales et qu’on ne peut prétendre établir des hiérarchies de ce genre dans la recherche menée dans ces disciplines. Le texte, il faut le souligner, se termine sur la demande expresse que les chercheurs en sciences humaines et sociales puissent être rassurés sur la valeur qui doit être reconnue à leurs travaux, lesquels doivent être considérés tous comme de la recherche fondamentale.
Au moment où le nouveau conseil de la recherche en sciences humaines et dans les arts (Arts and Humanities Research Counsil) rejoint les autres conseils, la prise de position de la British Academy est une étape importante pour la reconnaissance des besoins spécifiques de ces disciplines.

www.ba.ac.uk

publié le 14/11/2005

haut de la page