Plan de relance : la Ministre en visite en Autriche et aux Pays-Bas

Union européenne - Plan de relance - Entretien de Mme Amélie de Montchalin, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes, avec « BFM Business » (extrait)

(Paris, 11 juin 2020)

(…)

Q - Amélie de Montchalin, ce plan de relance, on voit que c’est déjà le bras de fer, la foire d’empoigne entre les 27. Il y a le couple franco-allemand qui veut ce plan de relance au niveau européen, la Commission européenne aussi. Et puis, on voit les Autrichiens, les Pays-Bas, qui disent : non, nous on n’est pas d’accord. Qu’est-ce qui se passe ?

R - Je pense qu’il faut revenir déjà à « pourquoi on veut ce plan ? ». Ce plan, il est fondé sur cette priorité : dans l’urgence sauver des emplois, relancer l’économie en ayant un budget européen ambitieux, et puis investir dans l’avenir. Les emplois que l’on veut créer, on veut qu’ils soient durables, qu’ils soient pérennes. On veut qu’ils soient liés à cette transition écologique, à cette transition numérique. Et aujourd’hui, bien sûr que l’on a nos plans nationaux, et c’est tout ce que fait le Gouvernement, c’est tout l’investissement que l’on met sur la table.

Mais on a besoin d’un plan européen parce qu’on est interdépendant. Je vous explique : aujourd’hui ceux qui nous écoutent, les entreprises françaises savent très bien qu’elles ont des clients en Autriche, en Espagne, en Slovaquie, en Italie, partout en Europe. Elles ont aussi des fournisseurs dans chacun de ces pays et donc on voit bien que notre relance française ne peut pas fonctionner si elle n’est pas liée à une relance européenne. Il faut que dans le marché européen les choses repartent ensemble.

Q - Mais donc comment cela va être fléché ?

R - Vous savez, ce qui est très intéressant, les entreprises autrichiennes, les syndicats autrichiens, les entreprises néerlandaises, les syndicats néerlandais sont d’accord avec ce plan, parce que, comme nous en France, ils voient la même chose. Ils se disent : on est face à une crise où effectivement nos gouvernements sont dans l’urgence, sont dans la gestion de l’urgence de la crise. Mais, pour ce qui est d’après, de la vraie relance industrielle, du vrai investissement, ce n’est qu’en Européens qu’on peut réussir. Donc, on va y arriver.

Q - Ça veut dire quoi ? Cela veut dire les gouvernements des frugaux, des Autrichiens et des Pays-Bas disent…, enfin les politiques ne comprennent pas ce qui se passe, l’urgence de la situation ? Qu’est-ce qui se passe ?

R - Le combat du président depuis trois ans, c’est d’être dans cette logique-là d’une Europe forte, utile aux Français. D’une Europe qui les protège, d’une Europe qui investit dans l’avenir et qui crée, justement, cette capacité à créer face aux États-Unis, face à la Chine, une puissance. Il faut qu’on ait les moyens de le faire.

Q - Vous voyez bien qu’on a du mal. Concrètement, vous voyez bien qu’on a du mal.

R - Attendez. Le Président a convaincu la Chancelière. On a cette initiative franco-allemande, c’est inédit, cela nous donne beaucoup de force. On a réussi à convaincre la Commission de rentrer dans ce mouvement. On a aujourd’hui une majorité des États membres qui sont d’accord.

Q - Les frugaux, ce n’est pas un bloc ?

R - Ce n’est pas un bloc, les Suédois, les Danois, les Néerlandais, les Autrichiens ne disent pas exactement la même chose, ils ont des demandes. Donc moi, je prends mon bâton de pèlerin, je vais en Autriche demain, j’irai aux Pays-Bas lundi pour qu’on prépare la discussion entre chefs d’État et de gouvernement et que l’on soit précis, que l’on soit honnête, que l’on dise : quelles sont vos demandes ? Effectivement, il y a des cultures différentes, effectivement, il y a des débats politiques un peu différents de chez nous. Mais, de quoi vous avez besoin précisément pour que l’on puisse se mettre d’accord, pour que l’on puisse avancer ? Parce qu’il n’y a pas d’autre solution que de se mettre d’accord en juillet. Si le plan de relance, on ne l’a pas pour la relance, là, on aura un problème.

Donc moi, ce n’est pas une question d’optimisme, c’est une question de persévérance. Regardez tout le chemin…

Q - Est-ce qu’il faudra passer outre ? Enfin, je veux dire, il faudra forcer la main ?

R - Regardez tout le chemin qu’on a fait depuis trois ans. Le président de la République a dit : moi je veux être un architecte de l’Europe, je veux bâtir une Europe forte et utile aux Français.

Q - D’accord, mais on a vu que c’était très compliqué par rapport à son discours de la Sorbonne…

R - Comment on y est arrivé ?

Q - On n’y est pas encore !

R - Comment on y est arrivé ? Parce que, convaincre les Allemands, ce n’était pas gagné. Comment on y est arrivé ? On y est arrivé parce que le président il est constant. Il a cette bataille chevillée au corps, il y passe le plus clair de ses journées et on sait qu’aujourd’hui on a un tout petit bout de chemin à faire par rapport à tout ce que l’on a déjà fait.

Q - Est-ce qu’on passera outre ? Est-ce qu’il y a un moment où il faut dire : si vous ne voulez pas, vous ne voulez pas mais nous, l’essentiel de l’Europe, on va y aller ?

R - Les décisions sur les questions budgétaires, sur les questions de droit, se prennent à l’unanimité. C’est pour cela que l’on a besoin de comprendre de quoi ils ont besoin. On ne veut pas dégrader l’accord, on ne veut pas être moins ambitieux, mais de quoi ils ont besoin pour qu’ils puissent justement rentrer… Mais surtout, ce que je vois, c’est que leurs entreprises, leurs salariés, leurs syndicats voient la même chose que nous. Ils voient qu’ils ne se sortiront pas, l’Autriche n’aura pas de relance si l’Italie va mal.

Q - Donc, vous jouez les entreprises un peu contre les politiques ?

R - Les Néerlandais n’auront pas de relance si les pays autour d’eux vont mal. On est tous dépendants les uns des autres.

Q - Il y a un point justement, par exemple, sur les financements qui vont être fléchés, qui vont servir peut-être à l’avion vert, en tous les cas c’est ce que nous disait hier Éric Trappier, le président du GIFAS, le patron de DASSAULT, et aussi Philippe Petitcolin, patron de SAFRAN, qui fabrique les moteurs, qui disaient : on a besoin de l’argent européen pour faire cela. Mais alors, il y a les Italiens qui disent : nous on ne veut pas de supervision de la part de l’Europe sur les financements qu’on va avoir, où est-ce qu’on les met ? Donc là, on voit tout de suite les cultures un peu différentes…

R - Là aussi : méthode, cohérence. Quels sont les objectifs que l’on poursuit ? Dans le paquet européen, il y a deux jambes : il y a une jambe sur la relance immédiate, le rebond. Et donc ça, c’est « comment on aide les régions, les secteurs les plus touchés ». Et puis, il y a une jambe d’investissement : comment on redevient indépendant, autonome, comment on est capable de reproduire, comment on est capable de réussir cette transition écologique. Et là vous me parlez de l’avion vert, c’est évidemment un des piliers de cette transition écologique.

Q - Oui. Il faudrait une supervision au niveau de la Commission européenne ? Comment cela va se passer ?

R - Mais on n’est pas dans la tutelle, c’est des fantasmes, cette histoire de troïka. Vous savez, les réformes, les plans on les fait pour les gens, on les fait pour les Français.

Donc, vous me parlez de l’avion, je pourrais vous parler de l’hôpital. L’hôpital, on fait notre réforme parce que l’on pense qu’elle est utile. Et l’argent de la relance va financer et va aider à financer ce plan. Ce n’est pas une condition. Donc on n’est pas en train d’être sous tutelle, on n’est pas en train de perdre nos moyens. Il faut qu’on fasse les choses cohérentes, utiles et surtout dans l’aéronautique comme ailleurs on veut des emplois pérennes.

Donc on veut avoir de l’argent européen pour innover ensemble, pour que, non seulement on se sorte de la crise d’aujourd’hui, dont on a bien vu les conséquences, mais surtout que l’on puisse avoir des emplois dans cinq ans, dans dix ans. Et effectivement, on va réfléchir sur la meilleure manière d’allouer cet argent.

L’aéronautique, c’est un bel exemple d’un secteur qui a des fournisseurs, des clients partout sur le territoire européen. Et cela montre bien d’ailleurs qu’on a besoin non pas d’argent seulement national mais qu’il est indispensable qu’on ait cet argent en place. Le président le dit depuis trois ans : nous avons parfois l’impression que la France, cette force, cette souveraineté, c’est tout seul. Ce n’est pas le cas. (…)./.

publié le 11/10/2021

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