La faim et la satiété enfin observées et mesurées quantitativement !

Une équipe de scientifiques d’Imperial College London (IC) a réussi à mesurer de manière quantitative l’activité électrique de neurones spécifiques dans la région cérébrale responsable de la régulation de l’appétit. La faim et la satiété sont des phénomènes difficiles à mesurer objectivement car, bien qu’il s’agisse de signaux neuroendocriniens réels, ils sont davantage d’ordre psychologique et la mise en œuvre de modèles est quasiment impossible. Jusqu’à maintenant, les mesures ne pouvaient donc que s’appuyer sur des critères relativement subjectifs tels que : « comment les sujets se sentent en fin de repas » ou « la quantité de nourriture ingérée ».

L’étude présentée ici, effectuée sur un modèle animal de rongeur, la souris, représente donc des progrès importants dans la recherche s’intéressant au contrôle de la prise de nourriture, et par conséquent de l’obésité. Ces observations, possibles grâce à des techniques récentes d’imagerie médicale, ont notamment permis de déterminer objectivement dans quel état de faim (rassasiée ou affamée) se trouve la souris étudiée. Pour observer les neurones actifs dans l’hypothalamus, zone cérébrale sécrétant des facteurs neuroendocrines responsables de nombreuses fonctions végétatives, les scientifiques ont eu recours à des appareils d’imagerie par résonnance magnétique (IRM), et utilisé un agent de contraste à base d’ions manganèse, nouvellement découvert par cette équipe et spécifiquement capté par les neurones contrôlant la prise de nourriture.

Chez la souris affamée, l’activité des neurones étudiés s’intensifie et l’agent de contraste, qui est capturé activement par ceux-ci, donne une image de neurones « éclairés ». L’intensité de la « lumière » obtenue est directement proportionnelle à l’activité des neurones capturant l’agent de contraste. A l’inverse lorsque la souris est rassasiée, l’activité électrique des neurones diminue et l’agent de contraste n’étant plus capté, les neurones ne sont plus visibles par IRM. Au cours de cette même expérience, la souris recevait également l’une ou l’autre de deux hormones : le pancreatic peptide YY (PYY3-36), connu pour supprimer l’appétit, et la ghréline, connue pour l’accroître. Les résultats obtenus étaient en accord avec ceux indiqués ci-dessus : le PYY atténuait l’activité des neurones alors que la ghréline l’augmentait.

Les scientifiques travaillent actuellement au développement de ces techniques pour qu’elles puissent être appliquées chez l’Homme. Les scientifiques espèrent qu’elles pourraient ainsi aider à comprendre les différences d’appétits d’une personne à l’autre ou d’un jour à l’autre chez un même individu, ou encore pourquoi certaines personnes deviennent obèses alors que d’autres restent minces.


Sources
- Imperial College London, News, 07/11/07
- Journal of Neuroscience, 07/11/07, Vol 27(45), pp. 12341-12348


Rédactrice : Dr Claire Mouchot

publié le 01/05/2009

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