La fonte de la banquise arctique induirait des hivers plus secs et plus froids au Royaume-Uni

Lors d’une audition devant la commission d’audit sur l’environnement de la Chambre des communes, Julia Slingo, la scientifique en chef du Met Office (l’équivalent britannique de Météo France) a prévenu que la disparition de la banquise arctique pourrait jouer un rôle dans le changement du climat britannique.

Fonte de la banquise en été

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Crédits : NASA

La fonte de la banquise qui recouvre une large partie de l’Océan Arctique, s’accélère depuis une trentaine d’années (voir images), au point que certains scientifiques prédisent qu’au cours des prochaines décennies, il n’est pas impossible de pouvoir naviguer l’été sur un océan libre de glace. Julia Slingo a d’ailleurs souligné, tout en rejetant les scénarios les plus pessimistes qui annoncent 2015 comme "premier été sans glace", que les modélisations les plus récentes du Met Office suggèrent bien une disparition de la banquise estivale pour 2040-60. Les conséquences environnementales seraient importantes pour la région polaire (modification profonde de l’habitat naturel de nombreux animaux et végétaux, ainsi que pour les habitants) et pourrait également contribuer à accélérer le réchauffement d’une région qui subit déjà la hausse moyenne des températures la plus importante au monde.

Mais ce que montrent de récents modèles du Met Office, c’est que la fonte de la banquise arctique (particulièrement sur les mers de Béring et Kara) peut induire des conséquences directes pour le climat britannique en générant des hivers plus froids et plus secs. Julia Slingo précise néanmoins que cela ne sera sans doute pas un facteur déterminant, mais certainement contributeur. La disparition de la glace signifie qu’une plus faible part de l’énergie solaire est réfléchie vers l’espace, contribuant ainsi à réchauffer les basses couches atmosphériques de ces régions. Or l’Arctique joue un rôle important dans le climat de l’hémisphère nord, en particulier pour nos régions tempérées qui se situent justement à l’interface entre les masses d’air provenant du pôle et celles remontant du tropique. Les mécanismes exacts à l’oeuvre ne sont toutefois pas encore bien compris, mais des changements dans les courants jets (des courants de haute altitude) pourraient être une piste. Ces courants jets seraient affaiblis ou détournés plus au sud, ce qui laisserait la place à des vents dominants d’est, c’est-à-dire de Sibérie. En 2011, des scientifiques avaient également évoqué la possibilité que la fonte des glaces arctiques génère des étés plus chauds sur les îles britanniques et avaient même, pour certains, relié le printemps particulièrement chaud de cette année avec le minimum observé de la couverture de la banquise.

Des hivers plus froids signifient des hivers plus secs car l’air froid contient moins d’eau que l’air chaud et les précipitations ont plus de chance de se faire sous forme de neige dont la teneur en eau est plus faible. Des hivers plus froids, ce sont donc des hivers où les nappes phréatiques ne recevront pas assez d’eau pour se recharger correctement, conduisant potentiellement à des sécheresses en été.

Ces résultats, hivers plus froids et plus secs, sont légèrement différents de ceux du modèle UKCIP 2009 développé à Oxford et sur lequel le gouvernement britannique se fonde pour évaluer les conséquences du changement climatique pour le Royaume-Uni (comme le Climate Change Risk Assessment de 2011). En effet, ce modèle qui fournit des projections détaillées sur plusieurs décennies au niveau régional, prévoit en moyenne des hivers plus humides (de l’ordre de 10%) et plus chauds (d’environ un à deux degrés). Interrogée par les parlementaires sur cette différence, Julia Slingo a rappelé que ces modèles établis au début des années 2000, ne prennent pas en compte la sophistication de la modélisation de la glace arctique telle qu’elle est désormais disponible pour les climatologues.

Enfin, ces nouvelles modélisations interviennent alors que le sud de l’Angleterre subit depuis plusieurs mois une séche∆resse importante, avec des aquifères dont les niveaux sont bien inférieurs à la normale pour une fin d’hiver, ce qui laisse présager des restrictions dans l’usage de l’eau au cours des prochains mois. De même, ces dernières années ont vu une succession d’hivers particulièrement rigoureux, dont celui de 2009-10 qui avait été le plus froid en 31 ans. La ministre de l’agriculture, Caroline Spelman, a récemment prévenu les fermiers que du fait du changement climatique, la sécheresse peut devenir "la nouvelle norme" au Royaume-Uni.


Sources :
- Met Office : Arctic sea-ice loss linked to colder, drier UK winters, Adam Vaughan, The Guardian, 14/03/2012, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/o8UnG
- House of Commons, oral evidence taken before the Environmental Audit Committee, Protecting the Arctic, uncorrected transcript,14/03/2012, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/1xwyf
- NASA, 2/29/2012, http://www.nasa.gov/topics/earth/features/thick-melt.html
- Defra, UK Climate Projection (2009 model), précipitations en hiver : http://ukclimateprojections.defra.gov.uk/content/view/1309/499/ et températures moyennes en hiver : http://ukclimateprojections.defra.gov.uk/content/view/1284/499/
- Britain’s hot spring could be result of shrinking Arctic, Robin McKie,5/06/2011, The Guardian, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/AGfd4


Auteur : Olivier Gloaguen

publié le 06/06/2012

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