> La recherche britannique en physique et en astronomie évaluée par ses pairs internationaux - fev 2006

En mai 2005 (cf. Actualités scientifiques au Royaume-Uni, mai 2005, p.15), les conseils de recherche Particle Physics and Astronomy Research Councils (PPARC), Engineering and Physical Sciences Research Council (EPSRC) et deux sociétés savantes, l’Institute of Physics (IoP) et la Royal Astronomical Society (RAS), annonçaient qu’un groupe de scientifiques internationaux éminents allait passer en revue la recherche britannique en physique et en astronomie (une première évaluation internationale de ce type avait été réalisée en avril 2000). Le rapport intitulé The International Review of UK Physics & Astronomy Research a été publié le 26 janvier 2006.

Le comité a scindé son évaluation en deux parties. D’une part il s’est penché sur les divers champs de la physique et de l’astronomie et a évalué leur qualité. D’autre part, il s’est intéressé à des caractéristiques plus structurelles du domaine, comme les ressources humaines, avec en particulier, les étudiants en thèse et les postdoctorants, les infrastructures ou les modes de financement.

1. Le paysage de la recherche britannique en grand changement depuis 2000

Depuis 2000, le paysage de la recherche britannique a beaucoup changé, suite aux augmentations importantes du « budget de la science » britannique (Cf. Actualités scientifiques au Royaume-Uni, juin 2005, p.4). Celui-ci est géré par l’Office of Science et Technology (OST), placé au sein du Department of Trade and Industry (DTI, le ministère du commerce et de l’industrie). Il couvre entre autres les dotations aux conseils de recherche, les fonds destinés au transfert de technologie ou encore le Science Research Investment Fund (SRIF) qui finance le renouvellement et la modernisation de l’infrastructure de recherche. Le budget de la science devrait atteindre environ 3 milliards de livres en 2005-06 (environ 4,4 milliard d’euros). Il aura donc plus que doublé depuis 1997-98. L’enveloppe totale du SRIF depuis sa création devrait quant à elle s’élever à un milliard de livres (environ 1,5 milliard d’euros).

Les conseils de recherche PPARC et EPSRC ont consacré une partie de leur dotation à l’amélioration des conditions de travail des étudiants en thèse : le montant des bourses a augmenté et l’EPSRC et le PPARC financent les étudiants durant trois ans et demi en moyenne et quatre ans respectivement.

2. Le comité d’évaluation, sa mission, ses méthodes

Le comité d’évaluation était présidé par le professeur Jürgen Mlynek, président de la Helmholtz-Gemeinschaft, le plus grand organisme allemand de recherche. Outre son président, le comité d’évaluation regroupait treize membres dont six travaillent aux Etats-Unis, six travaillent en Europe (deux en Allemagne, et un respectivement en Autriche, en Finlande, en Italie et en Hollande) et un travaille en Inde. Deux des chercheurs travaillant aux Etats-Unis ont d’ailleurs reçu le prix Nobel : il s’agit des professeurs Anthony Leggett (natif du Royaume-Uni) et David Gross. Enfin, cinq des membres faisaient déjà partie du comité choisi en 2000. Si aucun scientifique français ne fait partie du groupe d’experts, il faut cependant noter que la France est plusieurs fois citée, soit comme exemple, soit comme partenaire pour des collaborations éventuelles.
La mission du comité consistait à :

  • évaluer la qualité, la distribution des efforts et le potentiel futur des recherches menées en physique et en astronomie au Royaume-Uni ;
  • identifier les domaines de force, de faiblesse, en amélioration, en déclin ou en croissance par rapport à l’exercice réalisé en 2000 ;
  • comparer les travaux menés au Royaume-Uni avec les meilleures recherches internationales dans des domaines de recherche équivalents ;
  • formuler des recommandations afin de renforcer, d’arrêter le déclin, ou d’assurer des capacités permettant de répondre à des possibilités futures.

Durant la semaine débutant le 31 octobre 2005, les experts ont visité les départements de physique et/ou d’astronomie de onze universités ainsi que le Rutherford Appleton Laboratory (le RAL) situé à Didcot, près d’Oxford. Dans le cadre de ces visites, un certain nombre de données devait être fourni par les universités (statistiques sur les recherches menées ou encore informations sur les priorités de recherche). En outre, les membres du comité ont adressé un questionnaire à leurs collègues non britanniques ; cet exercice était destiné à fournir aux experts une large vue de la réputation de la physique et de l’astronomie britanniques. Enfin, le groupe d’évaluation a recueilli les témoignages d’universitaires, de post-doctorants et d’étudiants en thèse au cours de discussions informelles menées lors des visites de laboratoires.

3. Les différents domaines de recherche en physique et en astronomie

De façon générale, le groupe d’experts a été frappé par l’amélioration générale de l’environnement de la recherche britannique mais aussi par l’attitude positive de ceux qui sont impliqués dans l’effort de recherche à tous les niveaux. Il semblerait bien que les investissements effectués depuis la précédente évaluation commencent à porter leurs fruits. Dans une grande partie des domaines de recherche (astrophysique et physique du système solaire, physique nucléaire et physique des particules par exemple), les scientifiques britanniques mènent des travaux de niveau international, voire se situent à la pointe du domaine. Toutefois, certains domaines laissent à désirer et gagneraient à être renforcés : on peut en particulier citer les nanosciences, la physique des surfaces ou encore la physique de la matière condensée.

3.1 L’astrophysique et la physique du système solaire

Le Royaume-Uni occupe une position prépondérante dans les domaines de l’astrophysique et de la physique du système solaire. En astrophysique, l’accent est toujours traditionnellement mis sur la cosmologie, l’astronomie extragalactique et l’astrophysique des hautes énergies. De plus, des scientifiques britanniques sont en vue dans l’étude des planètes extrasolaires ou de la formation des étoiles, domaines qui ont vu de grandes découvertes. Les théoriciens britanniques continuent à ouvrir la voie en recherche fondamentale, en phénoménologie et pour la définition des nouvelles installations d’observations. Le domaine de l’instrumentation reste florissant et le Royaume-Uni s’est assuré l’accès à de nouvelles installations, en particulier depuis qu’il est devenu membre plein de l’Observatoire européen austral (ESO) en 2002 (cette adhésion était d’ailleurs recommandée dans le cadre de l’évaluation réalisée en 2000).

La situation est similaire dans de nombreux domaines de la physique des systèmes solaires. Les scientifiques britanniques occupent une position extrêmement forte en physique du système solaire mais aussi en physique de l’espace (qu’elle soit basée au sol ou dans l’espace). Toutefois, la contribution britannique à la science planétaire tend à se concentrer sur les environnements ionisés des corps planétaires. En revanche, la géologie planétaire et l’étude de l’intérieur des planètes sont en retrait par rapport à des travaux menés en France, en Italie ou aux Etats-Unis.

Dans la décennie à venir, la communauté des astrophysiciens britanniques devrait avoir accès à de nouvelles installations comme ALMA (l’interféromètre millimétrique) ou VISTA (le télescope infrarouge). A plus longue échéance, les physiciens britanniques participent à la planification du Square Kilometre Array (SKA, un interféromètre travaillant aux longueurs d’ondes métriques et centimétriques) et du Extremely Large Teslescope (le télescope extrêmement grand). Enfin, le Royaume-Uni est résolument engagé dans la prochaine génération d’instrumentation spatiale (aussi bien dans des collaborations avec le Japon, la NASA ou avec l’Agence Spatiale Européenne) et il joue un rôle de leader mondial dans le domaine de la recherche au sol.
Les experts du groupe d’évaluation se réjouissent du fait que les agences de financement britanniques reconnaissent les besoins particuliers des projets spatiaux ou au sol, qui s’étalent souvent sur plus d’une dizaine d’année, de la conception des instruments à l’analyse des données. Dans le même temps, ils estiment qu’il est important que ces agences maintiennent un nécessaire équilibre entre d’une part les investissements importants dans les installations internationales et, d’autre part, les fonds consacrés aux programmes nationaux (développement des expériences et analyse des données). Enfin, les besoins en termes de simulation et de gestion des données devraient accroître la demande de puissance de calcul ; il faudra répondre à cette demande.

3.2 Les physiques atomique, moléculaire et optique

La communauté britannique de physique atomique et de physique moléculaire a répondu aux défis qui lui étaient posés par l’évaluation réalisée en 2000. Ainsi, le soutien de petite ampleur apporté au UK Cold Atom Network (le réseau britannique pour les atomes froids) par l’EPSRC a porté ses fruits : la masse critique a été atteinte dans le domaine des atomes froids et une stratégie coordonnée a été développée. Toutefois, le groupe d’évaluation estime que la Royaume-Uni n’a toujours pas repris sa position de leader en physique atomique. Pour atteindre cet objectif, le pays doit continuer à développer les recherches sur les atomes froids et recruter de jeunes chercheurs. De plus, les groupes de recherche britanniques participent de façon individuelle à des réseaux européens de recherche mais leurs travaux profiteraient certainement de la mise en place de partenariats formels avec l’Autriche, la France, l’Allemagne ou l’Italie, quatre pays innovants dans le domaine.

Le champ de l’informatique et du calcul quantique a connu une forte croissance au niveau mondial. Les théoriciens britanniques ont joué un rôle de pointe, non seulement dans la formulation d’idées et de concepts originaux mais également en maintenant leur position de premier plan. Toutefois, à part quelques exceptions notables, cette prééminence ne trouve pas d’équivalent du côté expérimental. Les experts recommandent donc que le Royaume-Uni exploite mieux ses forces en matière de théorie en fournissant des financements aux groupes expérimentaux, dans le but d’encourager des interactions plus étroites.

Les chercheurs britanniques continuent à proposer des innovations de premier plan en physique des lasers, en optique non linéaire et en photonique. Des projets qui influencent la recherche internationale concernent les lasers ultrarapides et les lasers à fibre ainsi que le développement de nouveaux matériaux non linéaires dont on contrôle l’indice de réfraction. Selon le groupe d’évaluation, les britanniques devraient continuer à soutenir ce domaine.

De façon générale, les experts estiment que le champ de la physique atomique, moléculaire ou optique bénéficierait grandement d’une interaction stratégique avec le National Physical Laboratory, à l’image de ce qui se fait en France ou en Allemagne par exemple.

3.3 La physique de la matière condensée

Historiquement, la physique de la matière condensée britannique a connu des moments d’excellence. De plus, l’injection financière récente destinée à améliorer l’infrastructure a amélioré de façon significative la qualité de la recherche dans le domaine. Le groupe d’évaluation estime que les recherches fondamentales sur la matière condensée présentent des forces certaines même si certains axes de recherche importants se situent sous les standards internationaux. Toutefois, la recherche appliquée britannique portant sur les matériaux et les dispositifs électroniques a atteint une visibilité internationale dans nombres de domaines.

Parmi les forces de la recherche britannique, on peut citer les matériaux polymères et l’électronique polymère : dans ce domaine, plusieurs groupes britanniques sont des leaders mondiaux. Mais l’aspect théorique de ce sujet reste moins développé. Le Royaume-Uni s’illustre également par ses recherches menées sur les matériaux et dispositifs photoniques fondés sur les semi-conducteurs composés (par exemple GaAs, InP ou GeSi). En parallèle, certains travaux fondamentaux sur les fibres optiques non linéaires et les structures à bande interdite photonique sont de classe internationale, mais l’accent semble être mis sur les applications du fait de leur potentiel commercial évident. Les experts mettent également en avant l’exemple du « couloir de la photonique » écossais qui s’étend de Glasgow à Edimbourg. Cette région, avec le sud de l’Angleterre, a vu la multiplication de nouvelles industries développant des applications issues des recherches sur les polymères et les matériaux photoniques. Enfin, le Royaume-Uni s’illustre également en physique expérimentale des basses températures. Récemment, des travaux sur la supraconductivité et le magnétisme ont attiré une attention considérable au niveau international ; de même, les travaux britanniques sur la physique des températures ultra basses ont maintenu la position de leader international du Royaume-Uni.

Deux domaines sont plus en retrait au Royaume-Uni : il s’agit d’une part des nanosciences qui, selon les experts, manquent de cohérence et de visibilité internationale. Toutefois, des investissements considérables ont été consentis pour mettre en place des infrastructures de pointe ; les experts jugent donc que, dans les années à venir, ces nouvelles ressources créeront un climat favorable à l’émergence de travaux reconnus au plan international. Le deuxième domaine de relative faiblesse concerne la physique des surfaces. Le comité estime que le pays n’occupe pas la position que l’on pourrait attendre dans ce domaine, même si certains travaux notables ont menés au Royaume-Uni. Toutefois, il existe au Rutherford Appleton Laboratory des installations de niveau international qui permettent de révéler les propriétés morphologiques et énergétiques des couches minces. Le Royaume-Uni est donc bien placé pour acquérir une position de leader en physique des surfaces, pour peu que l’intérêt pour le domaine puisse être suffisamment cultivé. Finalement, le Royaume-Uni a maintenu des forces considérables en recherche théorique dans le domaine de la matière molle condensée, malgré le déclin apparent du nombre d’expérimentateurs (au moins ceux travaillant au sein des départements de physique).
A part quelques exceptions notables, le comité pense que, dans l’ensemble, la communauté britannique de physiciens de la matière condensée tirerait profit d’interactions plus fortes entre les théoriciens et les expérimentateurs. Les experts ont eu l’impression qu’il existe parfois peu de contact entre ces groupes, bien qu’ils puissent appartenir à la même institution et travailler sur des problématiques proches.

3.4 La physique nucléaire

Le comité estime que la recherche britannique en physique nucléaire est de première qualité et s’est améliorée depuis la revue réalisée en 2000. Les travaux menés au Royaume-Uni sont de nature expérimentale ou technique et se concentrent sur la structure nucléaire à basse énergie et sur l’astrophysique nucléaire. Des efforts significatifs sont toutefois consacrés à l’étude de la structure du hadron et à la caractérisation du plasma quarkgluon. Pour des raisons budgétaires, la physique nucléaire britannique a tendance à occuper des niches plutôt qu’à couvrir tout le domaine. Toutefois, le comité d’évaluation estime que ces niches sont bien choisies et la principale, les noyaux exotiques, constitue la prochaine frontière du domaine, ce qui augure bien de la position du Royaume-Uni à l’avenir. Avec la fermeture de l’installation Tandem, qui était située sur le site de Daresbury, les groupes britanniques de physique nucléaire des basses énergies ont choisi d’unir leurs talents afin de s’impliquer dans des installations situées à l’étranger. Selon les experts, ils ont alors adopté un rôle proactif dans la conception et la construction d’instruments de pointe. Cette stratégie a payé et ces groupes sont maintenant actifs au sein de centres à la pointe de l’étude de la structure nucléaire (par exemple l’opération Spiral au GANIL, Caen, France), réalisent des expériences de premier ordre et développent souvent de nouvelles initiatives.

Les activités théoriques britanniques en physique nucléaire sont de petite taille mais de classe internationale. Elles se concentrent essentiellement sur les noyaux exotiques légers et sur les réactions nucléaires qui les impliquent. Cette activité doit être soutenue afin qu’elle ne passe pas sous la masse critique.

Les experts ont pris connaissance de certaines inquiétudes des scientifiques britanniques pour l’avenir. D’une part, des financements stables seront nécessaires pour soutenir les projets dans lesquels les chercheurs britanniques sont déjà impliqués. D’autre part, les participations britanniques dans des installations nucléaires étrangères (par exemple la Facility for Antiproton Ion Research, FAIR, construite au GSI, Darmstadt, Allemagne) devront être assurées ; en effet, si elles sont du type de celles existant déjà pour le CERN et l’Institut Laue Langevin (ILL), elles confèrent un statut et une influence dont de petits groupes de recherche ne pourraient jouir seuls. Ayant choisi de renoncer à des installations sur son sol, le Royaume-Uni doit se donner les moyens de mener des recherches de pointe ailleurs.

3.5 La physique des particules

La physique expérimentale

La physique des particules expérimentale britannique est de très grande qualité et bénéficie d’une très grande visibilité internationale. Depuis de nombreuses années, les expérimentateurs britanniques utilisent efficacement les accélérateurs à travers le monde. Des chercheurs d’environ 25 universités mènent un large programme de recherches expérimentales et sont impliqués dans la plupart des expériences majeures à travers le monde. Les physiciens britanniques sont responsables de composants clés des détecteurs et occupent souvent des positions de direction. Ainsi, en Europe, les physiciens britanniques sont activement engagés au CERN et au DESY (Allemagne). Aux Etats-Unis, ils participent aux travaux menés au Fermi National Accelerator Laboratory (FNAL) et au Standford Linear Accelerator Center (SLAC).

L’astrophysique des particules est une discipline qui réunit la physique des particules, l’astrophysique et la cosmologie et son importance est croissante. Des groupes britanniques sont actifs dans ce domaine à travers différents projets allant de la recherche de la matière noire froide à la mesure des neutrinos solaires en passant par l’étude des particules des rayons cosmiques de plus haute énergie. L’implication britannique dans ce domaine devrait croître dans les années à venir.
À l’avenir, le Royaume-Uni se prépare également à occuper une place prépondérante en physique des particules expérimentale par l’intermédiaire de deux projets : le collisionneur linéaire international et l’usine à neutrinos (à travers l’expérience MICE de refroidissement par ionisation de muons, actuellement en construction au RAL).

Des initiatives stratégiques majeures de financement ont commencé ou se sont poursuivies au cours des cinq dernières années. Celles-ci ont eu un impact significatif sur la physique des particules ainsi que sur d’autres champs. On peut par exemple citer l’initiative GRID (basée au RAL) qui consiste à fournir les moyens informatiques nécessaires à l’évaluation des données provenant du LHC.

La physique théorique

Les experts estiment que la physique théorique des particules est en bonne santé au Royaume-Uni. On remarque en particulier : un effort revitalisé en phénoménologie des particules, le développement des études sur la physique qui pourrait se situer au-delà du Modèle Standard, un groupe solide et actif de théoriciens des réseaux et toujours de grandes forces dans les domaines de la théorie des cordes et de la relativité générale. La fondation de l’Institute or Particle Physics Phenomenology (l’IPPP, une joint-venture entre l’Université de Durham et le PPARC) revigoré les activités en phénoménologie. Le comité d’évaluation estime que cette création a été fort importante : en effet, elle devrait permettre aux théoriciens et aux expérimentateurs britanniques de se préparer à exploiter les découvertes qui seront faites sur le LHC dans un avenir proche. Comme le précisait déjà le rapport d’évaluation publié en 2000, le Royaume-Uni présente une longue histoire d’excellence et de leadership en théorie des cordes et en relativité générale. Mais des signes apparaissent qui semblent montrer que cette position serait en danger. Il est donc impératif que des efforts soient mis en œuvre pour attirer et retenir les meilleurs jeunes théoriciens et pour leur offrir des opportunités de carrière. Des efforts conjoints avec les départements de mathématiques (comme l’Institute for Mathematical Sciences d’Imperial College à Londres) devraient être soutenus.

3.6 La biophysique et la physique de la matière molle

Au Royaume-Uni, la physique de la matière molle, expérimentale et théorique, a émergé de façon très active alors que le domaine était encore assez petit au plan international. Actuellement, il existe un petit nombre de groupes de recherche britanniques importants dans le domaine des études expérimentales et théoriques des colloïdes, des polymères et des surfactants. Toutefois, les experts déplorent le fait que, dans un certain nombre de départements de physique, les étudiants en physique soient peu, voire pas du tout, exposés à la physique de la matière molle moderne. Ils le regrettent d’autant plus que la physique de la matière molle entretient des liens profonds avec d’autres domaines de la science, tandis que les concepts théoriques et les techniques expérimentales du domaine s’avèrent tout à fait pertinents en biophysique. De plus, le comité d’évaluation juge que la physique de la matière molle conduit à de nombreuses applications industrielles. Enfin le rôle joué par le Royaume- Uni dans les installations ISIS, ILL, ESRF et Diamond crée des possibilités uniques pour les recherches expérimentales dans ce domaine.

La biophysique britannique a, quant à elle, traversé une phase de réorientation au milieu des années 1990 puis a été régénérée durant les cinq dernières années. Ce renouveau est lié à un certain nombre d’initiatives dans les domaines de la biophysique des molécules uniques, des moteurs moléculaires et des nanobiotechnologies. Le groupe d’experts juge que les meilleurs laboratoires britanniques rivalisent avec les meilleurs laboratoires continentaux ou japonais mais ne sont pas en mesure de le faire avec les centres américains. Toutefois, le comité d’évaluation a observé que la majorité des travaux de recherche britanniques en biophysique connus internationalement n’est pas menée dans des départements de physique. Cette situation risque de limiter l’exposition des étudiants britanniques en physique à l’un des champs interdisciplinaires en forte croissance de la physique moderne.

Enfin, les experts recommandent que la recherche interdisciplinaire soit renforcée au sein de la physique britannique. En effet, ils ont trouvé que les structures verticales relativement rigides qui caractérisent l’organisation des départements universitaires reflètent celles des conseils de recherche. En particulier, la recherche qui se situe aux frontières de la physique avec d’autres disciplines est handicapée par ces obstacles structurels. Les conseils de recherche pourraient favoriser la croissance de la biophysique au Royaume-Uni en créant des financements pour des chercheurs juniors et seniors nécessitant l’approbation commune des différents départements universitaires impliqués.

4. Les caractéristiques structurelles de la physique et de l’astronomie britanniques

Les experts du groupe d’évaluation se sont penchés sur divers aspects structurels de la physique et de l’astronomie britanniques, allant des ressources humaines aux financements par les conseils de recherche en passant par les installations expérimentales.

4.1 Les ressources humaines

Tout d’abord, les experts se réjouissent du fait qu’un certain nombre de remarques effectuées en 2000 sur les étudiants en thèse ont été prises en compte, notamment via l’augmentation du montant des bourses de thèse. Ils estiment toutefois que la durée de la formation doctorale au Royaume-Uni (trois ans) reste trop courte et pénalise ensuite les étudiants britanniques. En outre, ces étudiants semblent bien formés, mais dans un domaine très étroit, et manquent des compétences plus étendues que l’on rencontre, par exemple, chez leurs homologues allemands. Enfin, les compétences en mathématiques posent également problème : le niveau insuffisant des étudiants semble découler de la baisse des contenus mathématiques dans les programmes scolaires de physique du secondaire et dans les programmes de premier cycle universitaire. Les experts souhaitent donc que le Royaume-Uni entame une réflexion sur l‘avenir de son programme de formation de 3e cycle. Enfin, comme signalé en 2000, le Royaume-Uni devrait reconsidérer sa politique de frais de scolarité. En effet, ceux-ci sont plus élevés pour les étudiants non-communautaires ce qui limite l’influx d’étudiants originaires par exemple d’Asie du Sud Est.

La situation des post-doctorants ne semble pas s’être améliorée depuis 2000 : ces jeunes chercheurs peuvent encore enchaîner des contrats de courte durée pendant dix ans voire plus. Selon les données fournies au comité d’évaluation, l’âge moyen d’obtention d’un poste universitaire permanent en physique au Royaume-Uni est de 35 ans. Cet état de fait défavorise en particulier les femmes qui sont extrêmement peu représentées dans les postes universitaires supérieurs (le pourcentage dans le domaine de professeurs femmes a toutefois cru de 1 % en 2000 à 4 % en 2005...). Des initiatives ont cependant été mises en place : on peut citer le programme RCUK Academic Fellowship de Research Councils UK ou encore les Advanced Fellowships proposés par le PPARC et l’EPSRC. En outre, les réseaux européens offrent des possibilités uniques aux post-doctorants britanniques ; toutefois, à la surprise du groupe d’évaluation, de nombreux étudiants et post-doctorants hésitent à faire acte de candidature pour des postes dans des universités européennes en raison de ce qu’ils perçoivent comme une barrière de la langue.

Enfin, en ce qui concerne l’enseignement de la physique, les experts regrettent que la physique ait cessé d’être une discipline identifiable dans un certain nombre d’universités britanniques La poursuite de cette tendance mettrait en danger la capacité du Royaume-Uni à produire un volume de diplômés en physique suffisant pour rester compétitif au niveau international. D’autre part, le groupe d’évaluation s’inquiète du fait que le financement des départements universitaires dépende de façon importante du nombre d’étudiants inscrits en premier cycle universitaire, ce nombre dépendant lui-même des choix de carrières des élèves de l’enseignement secondaire.

4.2 Les infrastructures universitaires

Lors de leurs visites dans les universités, les experts ont pu observer qu’aussi bien le SRIF que le JIF constituaient de grands succès. Les fonds alloués par ces programmes ont été employés de façon pertinente notamment pour des laboratoires de nanosciences ou des salles blanches modernes. Toutefois, on peut s’interroger sur ce qu’il adviendra après la fin du troisième volet du SRIF en 2008 : selon les experts, il est essentiel que le flux de fonds consacrés à l’amélioration de l’infrastructure conserve son niveau actuel.

4.3 La physique théorique

Comme en 2000, les experts ont noté que la proportion de physiciens théoriciens au Royaume-Uni restait inférieure à la norme internationale. Les départements de mathématiques assurent une partie de cette fonction, mais ces mêmes départements ne participent généralement pas à l’enseignement des mathématiques auprès des étudiants en physique.

Le groupe d’évaluation estime que les théoriciens n’ont pas bénéficié de façon substantielle des investissements récents dans l’infrastructure ou des augmentations de financements de recherche. La phénoménologie en physique des particules constitue toutefois une exception notable avec la création de l’IPPP. Des efforts du même type devraient donc être envisagés pour enrayer le déclin notable observé dans d’autres champs de la physique (matière condensée ou matière molle).

4.4 Les installations

Leslaboratoiresduconseilderecherche Council for the Central Laboratory of the Research Councils (CCLRC) situés à Didcot (RAL) et à Daresbury fournissent les infrastructures pour les projets de grande taille. Les experts estiment qu’ils jouent un rôle crucial pour la réalisation de ces projets dont la taille est trop importante pour les universités. Il ne faudrait toutefois pas négliger une stratégie prenant en compte les interfaces entre ces installations et les universités.

Le groupe d’évaluation approuve les investissements réalisés pour permettre au CCLRC d’entretenir des installations de calibre international. ISIS se verra ainsi dotée d’une deuxième source de neutrons et le nouveau synchrotron Diamond devrait entrer en fonctionnement en 2007. En outre, Vulcan demeure une installation de pointe pour réaliser des expériences avec des lasers de haute intensité. Mais les experts ont également perçu des inquiétudes de la part des utilisateurs quant à la réduction du nombre d’étudiants de troisième cycle associé à l’utilisation des installations centrales britanniques. On néglige ainsi des possibilités de formation uniques pour les étudiants.

Du point de vue des installations internationales, le Royaume-Uni est membre de longue date de plusieurs installations européennes (le CERN, l’ESA, l’ESRF, l’ILL etc.) et a rejoint l’ESO en 2002. Le Royaume-Uni prévoit de poursuivre son implication dans des projets européens, par exemple via FAIR ou le laser à rayons X à électrons libres et, à plus longue échéance, le collisionneur linéaire international. Les experts recommandent que ces investissements soient contrebalancés par des financements nationaux destinés à l’exploitation des opportunités créées par ces installations.

4.5 Les financements par les conseils de recherche

Selon le groupe d’évaluation, la recherche fondée sur la curiosité est importante et attire les meilleurs scientifiques en physique et en astronomie. Elle constitue également le fondement de l’amélioration de la qualité de vie et de la création de richesse dans une société fondée sur la connaissance. Les experts ont noté que de nouveaux financements destinés à la communauté scientifique britannique étaient réservés à des initiatives spécifiques dont nombre sont certainement d’importance stratégique. Toutefois, cette tendance ne devrait pas prendre plus d’ampleur sous peine de limiter les possibilités pour les scientifiques britanniques de mener des recherches guidées par la curiosité seule. Les experts recommandent donc que les conseils de recherche contrôlent l’équilibre entre fonds réservés et fonds destinés à la recherche libre et assurent un bon équilibre entre ces deux types de financement.

La recherche fondamentale innovante nécessite une planification à long terme, dépassant souvent trois ou quatre ans. Or l’EPSRC alloue généralement des financements de recherche pour trois ou quatre ans et il peut parfois être difficile d’en obtenir la poursuite. Les experts demandent donc à l’EPSRC de mettre en place des mécanismes qui soutiennent les travaux de recherche les plus difficiles et les plus innovants sur des périodes de temps plus longues. Sans soutien de ce type, il deviendrait très difficile pour les scientifiques britanniques de rester compétitifs avec les autres grandes nations scientifiques.

En outre, le groupe d’évaluation encourage les conseils de recherche à stimuler davantage de recherche interdisciplinaire. Cette recommandation s’applique en particulier à l’interface entre la physique et les sciences de la vie. Les experts ne pensent pas que le système de programmes de recherche existant actuellement constitue le meilleur moyen de soutenir ce type de recherche ; plutôt, le mode de financement des conseils de recherche en réponse à des propositions faites par les chercheurs doit être rendu plus flexible. Il pourrait ainsi s’appliquer à des propositions de recherche interdisciplinaires de très grande qualité.

Conclusion

En conclusion, les experts se félicitent donc de l’amélioration de la santé et de la qualité de la physique et de l’astronomie britanniques. Toutefois, ils recommandent que le niveau de financements ne baisse pas sous risque de compromettre ces améliorations.
Le rapport a été bien accueilli par Sir John Enderby, président de l’Institute of Physics, par le professeur Keith Mason, directeur général du PPARC, par le professeur John O’Reilly, directeur général de l’EPSRC et par Mike Hapgood, secrétaire de la Royal Astronomical Society. Tous disent vouloir prendre en compte les recommandations du groupe d’experts.


Sources : The International Review of UK Physics & Astronomy Research 2005, 26/01/06 ; The Institute of Physics, 26/01/06 ; Interactions, février 2006, p.1 ; PPARC, 27/01/06 ; Research Fortnight, 08/02/06, p. 8


Auteur : Dr Anne Prost

publié le 04/04/2006

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