> La recherche sur l’animal : vers un retournement de situation ? - mars 2006

Une manifestation inédite a eu lieu dans les rues d’Oxford le 25 février 2006 pour soutenir la construction d’une nouvelle animalerie et la recherche biomédicale effectuée sur des animaux de laboratoires. Plusieurs centaines de personnes, scientifiques ou non scientifiques, étudiants ou chercheurs confirmés, ont répondu à l’appel d’un jeune adolescent de 16 ans, Laurie Pycroft, qui souhaitait recentrer le débat sur l’expérimentation animale et stopper le discours unilatéral des antivivisectionnistes. Laurie Pycroft a pour cela créé le site Internet Pro-Test et a, depuis, reçu des menaces de mort. Cette manifestation a été organisée en réponse aux menaces de représailles physiques lancées par les anti-vivisectionnistes extrémistes contre l’ensemble des personnes liées de près ou de loin avec l’Université d’Oxford, incluant tous les étudiants.

En effet, le projet de construction d’une animalerie à Oxford a été l’objet d’incessantes menaces depuis son initiation et l’association Animal Liberation Front a menacé plus de 100 entreprises ayant effectué des dons à l’Université d’Oxford. Ces groupuscules, utilisant la violence, étaient arrivés à leurs fins lorsqu’ils avaient ciblés l’entreprise responsable de la construction du bâtiment et les ouvriers travaillant sur le chantier. Celle-ci avait alors rompu son contrat avec l’Université d’Oxford. La construction a repris au mois de novembre 2005 après l’intervention du gouvernement : le marché a été accordé à une entreprise restée anonyme et les ouvriers viennent travailler sur le chantier cachés derrière des cagoules.

Que les individus se soient retrouvés pour sauver l’expérimentation animale ou pour mettre un frein à l’intimidation et la peur, la manifestation du 25 février dernier aura permis l’expression d’une partie de la population qui soutient l’expérimentation animale mais a peur de se faire entendre par peur des représailles, tout comme la majorité des scientifiques impliqués dans la recherche biomédicale et l’expérimentation animale. Deux professeurs spécialistes de neurosciences, qui ont depuis toujours pris le parti de parler haut et fort de leur travail, se réjouissent qu’une telle action ait pris place et prédisent un changement radical dans la relation entre les anti-vivisectionnistes extrémistes et le reste de la population. John Stein notamment souhaite voir dans cette manifestation la fin d’une intimidation qu’il juge inacceptable et le début d’une réelle démocratie. Le député de la circonscription d’Oxford, Evan Harris, lui-même médecin et membre du Select Committee on Science and Technology de la Chambre des Communes, a expliqué que l’Université ne tenait pas à avoir pignon sur rue sur ce sujet particulier, mais que l’équilibre s’est trouvé modifié par les menaces des terroristes ciblant les étudiants.

Par ailleurs, les présidents et directeurs de huit compagnies pharmaceutiques majeures et de plusieurs organismes de recherche médicale ont signé le 2 mars 2006 une lettre ouverte appelant les dirigeants du secteur des affaires à ne plus courber l’échine sous la pression des antivivisectionnistes activistes et de « repousser ces extrémistes en marge de la société ». L’Association for British Pharmaceutical Industry (ABPI) a envoyé à tous les dirigeants du secteur cette lettre signée entre autres par Sir Richard Sykes d’Imperial College London, le Professeur Colin Blakemore du Medical Research Council (MRC), et les directeurs du Wellcome Trust, de Research Defense Society, Bioindustry Association, Association of British Healthcare Industries et le Biotechnology and Biological Sciences Research Council (BBSRC). Richard Barker, directeur général de l’ABPI, en appelle aux décideurs des secteurs bancaires, des transports, du bâtiment ou encore des industries de services pour qu’ils agissent de façon solidaire afin de faire face à l’intimidation grandissante de ces dernières années. M. Barker souhaite également que les patients et leurs familles, ainsi que les scientifiques, s’associent à un mouvement de masse général. Cette lettre indique : « Un mouvement populaire grossit actuellement qui défie ceux qui menacent et terrorisent au nom de la défense des animaux. La population s’inquiète et se tourne vers les décideurs de la vie publique britannique pour que ces derniers se fassent également entendre. Nous, directement impliqués dans le secteur des sciences de la vie, sommes heureux de le faire. Et le gouvernement britannique s’est engagé à utiliser ses pouvoirs pour éradiquer ces violences. »

Enfin, le gouvernement se serait engagé, selon le Times Higher Education, à défendre l’animalerie d’Oxford quels que soient les coûts encourus et à garantir un emprunt pour les coûts associés à la construction d’autres centres d’expérimentation animale au sein d’autres universités britanniques. Le gouvernement aurait ainsi réservé jusqu’à 100 millions de livres (environ 146 millions d’euros) pour assurer la sécurité du site, selon un plan stratégique gardé secret.

Auteur : Dr Claire Mouchot


Sources : Nature, 02/03/06, Vol. 440, p.10-11, www.nature.com ; THES,03/03/06, p.1&3, www.thes.co.uk ; The Independent, 02/03/06, http://news.independent.co.uk

publié le 10/05/2006

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