La stratégie britannique d’innovation et de recherche pour la croissance

Le gouvernement britannique a l’ambition de faire de son économie une économie dynamique, équilibrée, compétitive et croissante, grâce aux investissements du secteur privé et aux revenus de la commercialisation des idées, produits et services développés dans le milieu académique. La recherche effectuée au Royaume-Uni est en effet la plus productive des pays du G8 et excelle dans plus de 400 disciplines. Si le gouvernement s’est engagé à maintenir et renforcer son investissement pour la recherche et à conserver un équilibre recherche fondamentale/appliquée, la réussite du Royaume-Uni dans l’écosystème global de l’innovation dépend cependant de son aptitude à commercialiser les résultats de cette recherche.

Le ministère des entreprises, de l’innovation et des compétences (BIS, Business, Innovation and Skills) a publié le 8 décembre 2011 une stratégie d’innovation et de recherche dans le but de renforcer la volonté du gouvernement de coalition de mettre la recherche et l’innovation au coeur de son agenda pour la croissance et d’expliquer les moyens mis à disposition pour y parvenir.

Si la plupart des défis en termes de positionnement dans l’écosystème global de l’innovation auxquels fait face le gouvernement britannique sont connus, certains sont nouveaux : investissement plus soutenu dans la recherche et développement de pôles de connaissances et d’innovations dans d’autres pays ; compétition croissante pour les financements européens ; nécessité pour le Royaume-Uni d’améliorer sa main d’oeuvre à niveau technicien, mais également, suite à un récent classement de l’OCDE, besoin d’une main d’oeuvre hautement qualifiée ; enfin, le pays doit renforcer sa capacité à accélérer la commercialisation des technologies émergentes.

La stratégie d’innovation et de recherche pour la croissance résume l’ensemble des actions prises par le gouvernement depuis mai 2010 et expose les actions futures et la vision du gouvernement pour se positionner dans le système global de l’innovation et parvenir à commercialiser les résultats de la recherche britannique. Les éléments clés de ce document sont :

- Soutenir, en continu, la recherche fondamentale dans un éventail de disciplines, l’accent étant mis sur l’excellence (recherche et universités).

Après avoir maintenu le budget civil pour la science à hauteur de 4,6 Md£ par an, une série de nouveaux financements ont été annoncés, totalisant, depuis décembre 2010, 495 M£ en dépenses d’investissement pour les infrastructures de recherche. Les centres de technologie et d’innovation, éléments phares de la stratégie d’innovation, modelés à l’image des instituts Fraunhofer allemands, ont fait l’objet d’une labellisation et sont dorénavant connus sous le nom de Catapult Centres. Ils seront financés à hauteur de 200 M£ sur la période 2011-15.

- Identifier et mobiliser les ressources nécessaires pour exploiter les technologies émergentes (par exemple, le graphène) tout en facilitant l’innovation dans les secteurs high-tech et en réponse aux changements sociétaux majeurs.

On note ainsi un investissement de 50 M£ pour le développement d’un centre global de recherche et de technologie dédié au graphène, 21 M£ pour le développement de la prochaine génération de services satellitaires d’observation de la Terre à base d’imagerie radar et 180 M£ dans un programme de translation intégrée pour soutenir la commercialisation des innovations dans le secteur des sciences de la vie.

- Encourager les investissements du secteur privé dans tous les domaines de l’innovation, en particulier l’investissement des PME, tant dans les développements technologiques que dans les biens intangibles, tels que le design et les compétences.

Le gouvernement s’engage ainsi à augmenter le crédit impôt recherche à 225% à compter d’avril 2012, inciter l’industrie du design à l’utiliser davantage, travailler avec le secteur des capitaux risqueurs américains et britanniques afin d’accroître l’investissement dans les entreprises innovantes au Royaume-Uni, augmenter le personnel du Technology Strategy Board (TSB), l’agence nationale de l’innovation, et consacrer une équipe à l’analyse des financements européens afin d’accroître la capacité du pays à lever des fonds européens.

Notons que le TSB investira 70 M£ sur la période 2011-12 pour développer les réseaux de transfert de connaissances (KTN, Knowledge Transfer Networks, 15 M£), les partenariats de transfert de connaissances (KTP, Knowledge Transfer Partnerships, 30 M£), la Small Business Research Initiative (programme permettant à des compagnies innovantes de trouver des solutions à des problèmes auxquels font face certains ministères, dont le ministère de la santé, 5 M£), et des bourses de R&D permettant de financer des preuves de concept, des preuves de marchés et le développement de prototypes (20 M£).

- Accroître les échanges de connaissances et faciliter la création de réseaux pour augmenter les interactions à l’échelle locale, nationale et internationale.

A cet effet, le gouvernement s’engage à améliorer l’utilisation des super-ordinateurs, mettre en place un nouveau programme de "bons pour l’innovation" destiné à soutenir les collaborations entre les PME et les acteurs externes de la connaissance et promouvoir à l’international, notamment lors des jeux olympiques et paralympiques de 2012, les secteurs britanniques de la recherche et des technologies de pointe.

- Renforcer la capacité du Royaume-Uni à être un participant actif et un bénéficiaire des changements géographiques de l’innovation, notamment via des collaborations internationales et en facilitant l’accès aux marchés.

Au nombre des actions envisagées, notons la volonté de soutenir l’accès des entreprises et des chercheurs aux marchés internationaux grâce notamment aux services de UKTI (UK Trade & Investment), favoriser l’établissement de relations stratégiques (un programme bilatéral de projets de recherche entre la Chine et le Royaume-Uni servira de pilote à partir de 2012, chaque pays contribuant à hauteur de 1 M£) et focaliser davantage les actions du Science and Innovation Network (SIN), réseaux de conseillers et attachés scientifiques, sur la partie "innovation".

- L’engagement, de la part du gouvernement, à maximiser sa contribution au sein de l’écosystème de l’innovation via, notamment, une meilleure utilisation des marchés publics et une augmentation de l’accès du public aux données et connaissances générées à partir de la recherche publique.

Les mesures prises en ce sens concernent l’ouverture aux données publiques dans les domaines du transport, du temps et de la santé, le financement à hauteur de 10 M£ sur une période de cinq ans pour l’établissement d’un Open Data Institute destiné à aider le secteur industriel à mieux exploiter cet ensemble de données, le développement, via les conseils de recherche, d’une base de données interactives "Gateway to Research", et l’établissement de "prix de l’innovation", en collaboration avec le NESTA.

La nature complexe de l’innovation et des interactions au sein du système de l’innovation nécessite un suivi des progrès. Un point important de cette stratégie est la "mesure du succès", qui dresse un inventaire relativement complet des indicateurs à prendre en compte pour évaluer le succès de cet ensemble de mesures. En termes d’indicateurs, notons par exemple, le suivi des activités internationales menées au sein des Catapult Centres, l’augmentation de l’engagement des universités britanniques et du secteur privé dans les programmes de financement européens, les investissements des capitaux-risqueurs et business angels dans les entreprises innovantes, l’accroissement du nombre d’entreprises innovantes s’ouvrant à l’exportation, la réduction du nombre de réglementations entravant l’innovation ou encore l’évaluation de l’impact du "prix de l’innovation".

Un agenda relativement complet est présenté à la fin du document, définissant des dates butoirs pour les différentes initiatives annoncées. A noter cependant qu’il s’agit d’une stratégie sur le court terme, concentrée sur la période 2012-15.


Sources :
- Innovation and Research Strategy for Growth, Business, Innovation and Skills, 8/12/2011, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/j9sD0


Auteur : Dr Maggy Heintz

publié le 26/01/2012

haut de la page