Le British Council et la diplomatie scientifique

La Biochemical Society, dans le cadre de ses Policy lunchbox, événement conjointement organisé avec la British Ecological Society permettant à des acteurs du domaine de la politique scientifique de présenter à l’heure du déjeuner leurs champs d’activités, a convié Lloyd Anderson, directeur scientifique du British Council, à présenter le rôle de ce dernier en termes de diplomatie scientifique, le 5 octobre 2011.

Le British Council, originellement connu sous le nom de The British Committee for Relations with Other Countries (comité britannique pour les relations avec les autres pays) a été établi par une initiative privée et avec le support du Foreign and Commonwealth Office (FCO, ministère des affaires étrangères) en 1934. La création du comité a permis de rassembler une véritable coalition d’intérêts, les ministères, l’industrie, les arts et la science, afin de promouvoir activement la compréhension de la culture britannique dans le monde. Le British Council a obtenu une charte royale en 1940, lui octroyant ainsi un statut légal, permanent et indépendant, avec pour mission d’encourager la coopération culturelle, scientifique, technique et l’éducation entre le Royaume-Uni et les autres nations. La diplomatie culturelle et scientifique est un language commun permettant d’établir des relations entre nations.

Le British Council dispose aujourd’hui de 191 bureaux dans 110 pays, emploie plus de 7.000 personnes et a un chiffre d’affaires de 753 M£, dont 188 M£ proviennent du gouvernement britannique via le FCO. Sur ces 188 M£, 8 à 10 M£ sont consacrés au budget scientifique.

Deuxième nation en termes de prix Nobel reçus (117 contre 320 pour les Etats-Unis depuis 1901), premier pays du G8 concernant la qualité de sa recherche scientifique (notamment dans des domaines tels que les neurosciences, la biologie moléculaire, la génétique ou encore les sciences agricoles), le Royaume-Uni représente 8% de la production scientifique mondiale. Mais la montée en puissance sur la scène scientifique de la Chine, du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de l’Afrique du Sud nécessite un changement de mentalité et la nécessité de collaborer internationalement.

La section scientifique du British Council se distingue du Science and Innovation network (SIN, réseau britannique de conseillers et d’attachés scientifiques) en ce qu’elle se concentre principalement sur les chercheurs en début de carrière, tandis que le SIN se focalise sur une recherche de plus haut niveau, fondamentale mais aussi avec des implications commerciales. L’équipe scientifique du British Council est constituée de quatre conseillers scientifiques et offre de nombreuses ressources en termes de développement de carrière, enseignement, communication scientifique et un carnet d’adresses d’intervenants potentiels pour des séminaires. Ses partenaires sont National Endowment for Science, Technology and the Arts (NESTA, dotation nationale pour la science, la technique e les arts), Wellcome Trust, Royal Academy of Engineering, Royal Society, Royal Council UK (RCUK, organie de tutelle des conseils de recherche britanniques), British Library, New Scientist, Technology Strategy Board, Elsevier et Cheltenham Festivals.

La vision pour 2015 du British Council est de faire de la science une plateforme commune de collaborations et de discussions permettant de rassembler des acteurs au-delà de leurs divergences culturelles. Les thèmes privilégiés sont : la population vieillissante, la sécurité alimentaire et énergétique, l’innovation pour l’amélioration de la qualité de vie et l’accès à internet. Quelques exemples d’actions de promotion de la science et de l’innovation mises en oeuvre par le British Council sont :
- BIRAX : British-Israel Research and Academic Exchange Partnership (partenariats d’échanges académiques entre le Royaume-Uni et Israël) ;
- UKIERI : UK-India Education and Research Initiative (initiative pour la recherche et l’éducation entre le Royaume-Uni et l’Inde) ;
- Africa Knowledge Transfer Partnerships (partenariats de transferts de connaissances avec l’Afrique) ;
- Open doors : série d’ateliers de travaux scientifiques organisés par le British Council en Espagne et le conseil espagnol pour la recherche scientifique, permettant à des jeunes chercheurs des deux pays de se rencontrer et d’étudier les possibilités de collaboration.

Vingt pour cent des inscriptions universitaires au Royaume-Uni concernent des étudiants de nationalité étrangère : 39% d’européens, 45% d’asiatiques, 9% d’africains et 6% de nord-américains. L’action du British Council est ainsi nécessaire à l’étranger, comme au Royaume-Uni. Un budget de 42 M£ est consacré à la stratégie éducative scientifique, qui se décline en quatre thèmes : dialogue, partenariats globaux d’échange de connaissances, mobilité des étudiants et étude stratégique de marchés. Des initiatives sont également prises en termes de communication scientifique au grand public (FameLab, Café scientifique, Science in Schools : scientifiques britanniques présentant leurs recherches, en anglais, à des écoliers français).

Les résultats de l’initiative du British Council sont :
- un accroissement de la reconnaissance du Royaume-Uni en tant que source d’expertise ;
- une augmentation de la contribution britannique à la coopération internationale en recherche et enseignement supérieur.

Un commentaire inattendu à l’issue de cet événement : bien qu’une compétition grandissante se profile en provenance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), une des conséquences implicites du RAE (Research Assessment Exercise, Exercice d’évaluation de la recherche) est le manque d’encouragement à la mobilité internationale pour des chercheurs en début de carrière. Il semblerait en effet qu’une carrière linéaire, réalisée au Royaume-Uni, soit plus bénéfique, notamment en termes de relations et de publications, qu’une carrière impliquant des séjours à l’étranger.


Auteur : Dr Maggy Heintz

publié le 21/11/2011

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