Le Président accueille le PM britannique à Paris

Royaume-Uni - Déclaration conjointe de M. Emmanuel Macron, président de la République et de M. Boris Johnson, Premier ministre du Royaume-Uni - Propos de M. Emmanuel Macron

(Paris, 22 août 2019)

Seul le prononcé fait foi

Bonjour Mesdames, Messieurs, je suis heureux de pouvoir accueillir aujourd’hui à Paris Monsieur le Premier ministre, cher Boris Johnson, ravi pour cette première visite en France après votre prise de fonction. Nous avons eu l’occasion d’échanger téléphoniquement quelques heures après vos nouvelles responsabilités et je suis très heureux que nous puissions aujourd’hui avoir l’opportunité de discuter plus longuement.

Je veux d’abord dire à quel point la relation entre nos deux pays est à mes yeux essentielle et inaltérable quel que soit le moment et quelles que soient les circonstances. C’est notamment le cas en matière de politique étrangère, de défense et je vois dans votre choix de venir à Paris aussi l’incarnation de la nécessité d’entretenir cette relation privilégiée. Cette relation, elle, a une histoire très profonde, elle a également des traités qui nous lient et qui dépassent le cadre de l’Union européenne et elle a des engagements très profonds dans plusieurs crises actuelles que nous avons à gérer ensemble et sur des dossiers comme l’Iran, le Sahel, la lutte contre le changement climatique, l’éducation des filles, l’implication de nos pays ensemble a toujours été non démentie et est essentielle. Et alors que le G7 débutera dans quelques jours, notre entretien permettra aussi d’assurer une étroite coordination sur ces sujets.

Nous évoquerons également et bien entendu la question du Brexit. Et là-dessus vous connaissez ma position, elle est claire, et je sais combien cela occupe vos jours et vos nuits, Monsieur le Premier ministre. D’abord ma position a toujours été de respecter le choix souverain du peuple britannique de quitter l’Union européenne. Je le regrette. Si j’avais été un électeur je n’aurais pas défendu ce choix, mais je crois que la souveraineté des peuples est ce qui fonde les démocraties, et donc je respecte pleinement ce choix et je pense qu’il faut le mettre en oeuvre. Ensuite ma position consiste à protéger et renforcer le projet européen, le marché unique, notre capacité à décider et construire une Union européenne plus forte et plus souveraine et c’est pourquoi je me suis toujours positionné pour n’affaiblir en rien ce projet dans les négociations et l’organisation que nous avons à prendre. Et enfin c’est de préserver et d’approfondir la relation bilatérale ancrée dans l’hist oire et tournée vers l’avenir. C’est dans cet esprit que l’union européenne a négocié longuement avec le Royaume-Uni un accord de retrait. Je ne vais pas entrer ici dans le détail de cet accord et il n’appartient à aucun pays de l’Union européenne seul de négocier ou renégocier cet accord. Mais je veux dire que les éléments clés de celui-ci comme le backstop irlandais ne sont pas simplement des contraintes techniques ou des arguties juridiques mais bien des garanties indispensables à la préservation de la stabilité en Irlande, à l’intégrité du marché unique qui est le socle du projet européen et sont parties intégrantes de cet accord longuement négocié par le Royaume-Uni et l’Union européenne. L’Union européenne a par ailleurs toujours dit sa disponibilité en fonction des souhaits du Royaume-Uni à discuter notre relation future qui est au fond l’essentiel et celui qui construit notre avenir commun. Nous discuterons dans quelques instants de tout cela avec Monsieur le Premier ministre. Je veux dire simplement en ami et en allié au Royaume-Uni que c’est à lui seul de choisir son destin, la manière dont il sortira de l’Union européenne et les fondements de la relation future qu’il veut bâtir avec l’Europe. Nous nous préparons quant à nous activement à tous les scénarios notamment celui d’une sortie sans accord le 31 octobre. Si cela devait être in fine le scénario retenu. Ce n’est pas le choix de l’Union européenne mais c’est notre responsabilité commune à l’égard de nos citoyens, de nos territoires, de nos entreprises, de nous y tenir prêts. Et c’est ce que nous avons d’ores et déjà préparé. Mais je sais en tout cas que l’avenir du Royaume-Uni autour de notre histoire, de nos valeurs, ne peut se trouver qu’en Europe, que notre géographie est têtue à cet égard. Et je sais et je dis avec confiance que l’avenir nous le confirmera.

Par-delà les secousses et les vicissitudes qui peuvent être celles de l’actualité. Voilà Mesdames, Messieurs, les quelques mots que je souhaitais dire en redisant tout le plaisir que j’ai d’accueillir aujourd’hui Monsieur Boris Johnson et Monsieur le Premier ministre, le plaisir que nous avons de vous avoir à l’Élysée aujourd’hui.

Je crois qu’on va prendre deux questions.

Q - Partir sans accord qu’est-ce que cela veut dire exactement ? Est-ce que cela veut dire suivre les règles de l’OMC à long terme ou bien est-ce que cela veut dire revenir au point zéro avec de nouvelles négociations ? Est-ce que cela veut dire à ce moment-là qu’arriver sans accord est en fait un vrai défi ? Et deuxièmement, Monsieur le Président, Angela Merkel a montré une certaine souplesse hier concernant le filet de sécurité, le backstop, ne pensez-vous pas qu’il faudrait également accorder au nouveau Premier ministre cette souplesse ? Merci beaucoup.

R - Sur les questions que vous avez posées, je l’ai dit très clairement dans mon propos introductif le backstop irlandais comme on l’appelle est un élément qui a été négocié dans le cadre de l’opération compte-tenu des réalités géographiques de l’Irlande et des situations politiques passées. Et donc c’est un élément important qui permet d’une part de garantir la stabilité en Irlande et d’autre part l’intégrité du marché unique. C’est ces deux objectifs qu’il nous faut poursuivre, quand on parle de flexibilité je veux simplement être très clair avec vous : ces deux objectifs doivent être tenus. Et donc on doit trouver la solution qui permet d’assurer l’intégrité du marché unique, on doit pouvoir garantir aux entreprises, aux consommateurs, aux citoyens européens que les règles, les libertés de l’Union sont assurées ; et que ceux qui entrent dans un marché qui n’est plus dans l’Union européenne se soumettent bien à ces règles et à des contrôles à un endroit donné. Et l’autre chose c’est qu’il y a des équilibres, on le sait des accords passés, le Good Friday Agreement, il y a des réalités qui sont liées à la situation politique irlandaise et à la relation d’ailleurs entre votre pays et l’Irlande et je pense qu’il nous faut respecter ce qui a été négocié sur ce point. Et après, dans le cadre de ce qui a été négocié, un travail doit pouvoir se faire. Ensuite par rapport à votre première question je veux juste attirer votre attention sur un point : on parle de l’accord de retrait, il y aura de toute façon une négociation aussi sur les relations futures ce qui est une autre étape mais on a toujours fait les choses clairement et dans le bon ordre.

Q – Monsieur le Président, est-ce que vous êtes sur la même ligne que la chancelière allemande, on peut trouver une alternative au backstop en 30 jours. Et Monsieur le Premier ministre quelle est votre alternative complète au backstop ?

R - Ce que la chancelière Merkel a dit hier et qui correspond à l’esprit des échanges que nous avons eus depuis le début c’est qu’il nous faut de la visibilité dans 30 jours. Et donc, je viens de répondre sur la réalité du backstop, je crois et ça correspond d’ailleurs à l’objectif du Premier ministre Boris Johnson, personne ne va attendre jusqu’au 31 octobre sans essayer de trouver une bonne solution. Simplement si nous ne trouvions pas de bonnes solutions, on ne peut pas du jour au lendemain se retourner, donc il faut essayer d’avoir un mois utile, ce mois utile va mobiliser évidemment Michel Barnier, son équipe de négociateurs, les négociateurs côté britannique pour permettre de trouver ce qui peut répondre à des éléments de contrainte mais sans changer les équilibres profonds de l’accord de retrait parce qu’il a fait l’objet d’un travail extrêmement important et d’une décision unanime des 27. Sur ce point, je suis aussi, comme la chancelière Merkel, confiant sur le fai t que l’intelligence collective, notre volonté de construire doit nous permettre de trouver quelque chose d’intelligent dans les 30 jours s’il y a une bonne volonté de part et d’autre et c’est ce que je veux croire. Vous savez, on m’a toujours dépeint comme le plus dur de la bande. Je le dis pour le Premier ministre Johnson mais parce que moi j’ai toujours dit très clairement, il faut... il y a un choix qui a été fait, ça ne sert à rien d’essayer de ne pas appliquer ce choix en pensant que ça va durer très longtemps finalement on n’appliquera pas ce que le peuple britannique avait décidé à un moment donné, ou on va essayer de contourner les choses. Je pense que nos démocraties souffrent du manque d’efficacité, du manque de clarté. Donc je suis plutôt, et c’est ce que j’ai défendu par le passé au printemps dernier, content qu’on trouve des délais clairs et une volonté d’arriver dans le temps. Maintenant je vais être ici très clair, dans le mois qui vient, on ne va pas trouver un nouvel accord de retrait qui soit loin des bases. S’il y a des choses qui dans le cadre de ce qui a été négocié par Michel Barnier peuvent être adaptées et sont conformes aux deux objectifs que je viens de citer, stabilité en Irlande, intégrité du marché unique, on doit les trouver dans les mois qui viennent. Sinon ça veut dire que le problème est plus profond, qu’il est plus politique, que c’est un problème politique britannique et à ce moment-là, ce n’est pas la négociation qui peut le régler, c’est un choix politique que le Premier ministre aura à prendre. Ce n’est pas à nous de le faire./.

publié le 29/08/2019

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