Le Royaume-Uni craint l’impossibilité de recruter les meilleurs chercheurs

Huit Prix Nobel britanniques ont envoyé une lettre ouverte au quotidien The Times protestant contre les nouvelles mesures du gouvernement de coalition relatives à l’immigration, et indiquant que celles-ci empêcheraient les meilleurs scientifiques étrangers de travailler au Royaume-Uni, à la fois dans les centres universitaires et dans l’industrie. Ces mesures visent à réduire le nombre de visas de travail accordés aux étrangers venant de l’extérieur de l’Union Européenne à 24 100 pour l’année 2010/11.

Cette lettre ouverte, publiée le 7 octobre 2010, met en lumière l’inquiétude grandissante des scientifiques de renom, qui souhaitent que le gouvernement modifie les règles pour les personnels hautement qualifiés dans le secteur scientifique de la recherche et de l’ingénierie. Cela pourrait se traduire par un ajustement du plafond pour ses personnels, de la même manière que cela a été fait dans le sport, en particulier pour les meilleurs footballeurs. Ceci présenterait l’avantage de lancer un signal clair quant aux priorités du gouvernement de coalition. Les Prix Nobel signataires sont :
- Sir Paul Nurse, Prix Nobel de médecine et physiologie 2001 et président de la Royal Society à partir du 1er décembre 2010 ;
- Sir Martin Evans, Prix Nobel de médecine et physiologie 2007 ;
- Pr Andre Geim, Prix Nobel de physique 2010 ;
- Sir Tim Hunt, Prix Nobel de médecine et physiologie 2001 ;
- Sir Harry Kroto, Prix Nobel de chimie 1996 ;
- Konstantin Novoselov, Prix Nobel de physique 2010 ;
- Sir John Sulston, Prix Nobel de médecine et physiologie 2002 ;
- Sir John Walker, Prix Nobel de chimie 1997.

Cette lettre ouverte rappelle qu’au sein des universités britanniques, 10% des universitaires viennent d’un pays situé en dehors de l’Union Européenne, et que les coopérations internationales sont indispensables au succès de la science. Les auteurs soulignent l’importance historique de l’immigration dans la contribution des scientifiques étrangers non-européens dans le succès de la science britannique, aussi bien il y a un demi-siècle que dans l’année qui vient de s’écouler.

Selon les nouvelles règles, une personne souhaitant obtenir un visa de travail doit remplir un certain nombre de critères, chacun d’eux donnant droit à un nombre de points déterminé. Cette critéologie stricte est fondée sur le type de qualification, le salaire offert, les conditions familiales, etc. La personne doit comptabiliser un minimum de 75 points pour que son visa lui soit accordé.

En guise d’exemple, un brillant étudiant d’origine indienne, ayant effectué son doctorat à Cambridge, s’est vu offrir un contrat postdoctoral dans cette même université. Mais son visa de travail lui a été refusé car son score n’atteignait que 45 points. Pour atteindre les 75 points, il aurait fallu que son salaire de doctorant soit de 25.000 £ annuelles, soit près du double d’une bourse doctorale au Royaume-Uni.

Pas plus tard qu’au début d’octobre 2010, le Prix Nobel de physique a été attribué à deux scientifiques d’origine russe travaillant à l’université de Manchester, et qui n’auraient peut-être pas eu de visas sous le régime récemment mis en place.

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Quelques exemples d’immigrants britanniques ayant reçu le Prix Nobel
- James Watson, américain, co-découvreur de la double hélice d’ADN
- Hans Krebs, biochimiste né en Allemagne, découvreur du cycle métabolique cellulaire du même nom
- Sir Ernst Rutherford, chimiste et physicien néo-zélandais, le premier à diviser l’atome
- Max Perutz, biologiste moléculaire autrichien ayant établi la structure de l’hémoglobine
- Sydney Brenner, biologiste sud-africain dont le rôle a été crucial dans la découverte du mécanisme de développement du cerveau


Sources :
- The Guardian, 01/10/10, http://www.guardian.co.uk
- The Independent, 25/09/10, http://www.independent.co.uk
- The Daily Telegraph, 04/10/10, blogs, http://www.telegraph.co.uk
- The Times, 07/10/10, http://www.thetimes.co.uk


Auteur : Dr Claire Mouchot

publié le 15/11/2010

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