Le Royaume-Uni doit s’adapter au changement climatique

Le Climate Change Act (2008) est le dispositif législatif par lequel le Royaume-Uni s’engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 80% d’ici à 2050 par rapport au niveau de 1990. Mais cette loi va plus loin puisqu’elle exige du gouvernement qu’il développe des stratégies d’adaptation au changement climatique. Parmi les différents ministères concernés, le Department of Energy and Climate Change (DECC, ministère de l’énergie et du changement climatique) joue un rôle moteur dans la réduction des émissions de GES tandis que le Department for Environment, Food and Rural Affairs (DEFRA, ministère de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales) prend en charge le problème de l’adaptation au changement climatique. Le Climate Change Act a également entraîné la création du Committee on Climate Change (CCC, comité sur le changement climatique) qui englobe l’Adaptation Sub Committee (ASC, sous-comité sur l’adaptation). Il s’agit de comités indépendants qui ont pour mission de conseiller le gouvernement et d’évaluer sa politique.

Le besoin de s’adapter au changement climatique se fait déjà ressentir au Royaume-Uni puisqu’on y a relevé, par exemple, que la température annuelle moyenne a augmenté de 1°C par rapport à la moyenne annuelle de 1970. Par ailleurs, quels que soient les efforts réalisés sur le plan national pour diminuer l’ampleur du changement climatique, il faudra faire face aux conséquences qu’aura sur le climat britannique le comportement d’autres pays. Enfin, des évènements récents ont montré que les infrastructures du Royaume-Uni sont vulnérables. Les inondations de l’été 2007 dans le Gloucestershire, le Worcestershire et l’East Yorkshire ont ainsi conduit à des coupures du réseau électrique et des voies de communication, et à des problèmes d’approvisionnement en eau. Plus grave encore, il s’est avéré par la suite que d’importants dégâts avaient été évités de justesse, montrant à quel point l’interdépendance des infrastructures est susceptible d’entraîner des incidents en cascade.

En réponse à ce besoin et conformément à sa mission, l’ASC a donc publié le 16 septembre 2010 le premier rapport d’évaluation de l’état de préparation du Royaume-Uni aux futures évolutions du climat et à leurs conséquences telles que des inondations, des vagues de chaleur et de sécheresse plus fréquentes. Dans ce document, l’ASC juge satisfaisants les progrès accomplis par le gouvernement en matière de communication sur les enjeux de l’adaptation au changement climatique et de sensibilisation des collectivités locales, des entreprises et de la population. Cependant, le comité regrette que peu de mesures concrètes aient été prises par les entités concernées. En se fondant sur deux critères, le niveau de sensibilité aux risques climatiques et le caractère déterminant pour le long terme des actions entreprises, l’ASC a dégagé cinq domaines clés sur lesquels l’action du gouvernement devrait se concentrer à l’avenir :
- la planification stratégique de l’occupation des sols, en prenant en compte les risques d’évènements climatiques extrêmes (inondations en particulier) dans le choix de l’emplacement des constructions et équipements publics ;
- la conception et la protection des voies de communication, des infrastructures d’assainissement et d’adduction d’eau, en faisant en sorte qu’elles résistent aux phénomènes climatiques graves et qu’elles s’adaptent aux variations des besoins des populations induites par ces évènements ;
- la conception et la rénovation des bâtiments de façon à ce qu’ils soient aptes à faire face à des risques naturels plus importants d’une part, et plus économes en ressources d’autre part ;
- la gestion des ressources naturelles pour ne pas aggraver les conséquences des futures évolutions du climat ;
- la planification de la réponse à des situations d’urgence climatique, à partir d’une meilleure utilisation des modèles de prévisions climatiques dans le but de protéger les populations vulnérables et de rendre l’économie du pays robuste vis-à-vis de tels évènements.

De surcroît, le rapport de l’ASC souligne le double bénéfice que le Royaume-Uni pourrait tirer d’une meilleure adaptation au changement climatique : les coûts engendrés par celui-ci seraient réduits, et le pays pourrait mettre à profit de nouvelles opportunités économiques. A titre d’exemples pour ce dernier aspect, le secteur agricole pourrait bénéficier d’une diversification des cultures et d’une augmentation des rendements tandis que l’industrie du tourisme profiterait d’un climat plus chaud.

Enfin, l’ASC considère que le gouvernement a le rôle crucial de coordonner l’action collective d’adaptation au changement climatique mais qu’il est essentiel de définir par ailleurs les responsabilités et les actions que doivent mener à leur niveau les autorités locales et les entreprises. Le comité rappelle également que l’adaptation au changement climatique et la réduction des émissions de GES doivent être deux préoccupations complémentaires du gouvernement.

Réagissant immédiatement à la publication du rapport, la ministre de l’environnement Caroline Spelman a pris acte des actions à mettre en oeuvre et a insisté sur le fait que le gouvernement continuerait en parallèle de sa stratégie d’adaptation à lutter contre les causes du changement climatique. Le DEFRA a également publié une note présentant son approche de l’adaptation au changement climatique, déclarant notamment que cet aspect sera bien pris en compte dans les Livres Blancs actuellement en préparation : le Water White Paper et le Natural Environment White Paper. Ce ministère est également le leader du programme gouvernemental Adapting to Climate Change (s’adapter au changement climatique) qui devrait proposer, en mars 2011, à l’issue d’un projet appelé Adapting Infrastructure to Climate Change, des actions plus concrètes pour l’adaptation des installations de production d’énergie et de distribution d’eau, et des voies de communication.

Le gouvernement de coalition, qui a l’ambition de devenir le plus vert que le Royaume-Uni ait jamais eu ("the greenest government ever"), s’est jusqu’à présent inscrit dans la continuité du gouvernement travailliste sur les sujets liés au changement climatique. Sur le thème de l’adaptation où peu d’actions concrètes ont pour le moment vu le jour, il a l’occasion de prouver qu’il a réellement la capacité de définir de nouvelles politiques ambitieuses et pas seulement celle de suivre les traces de son prédécesseur.


Sources :
- Adaptation Sub Committee, How well prepared is the UK for Climate Change, http://bit.ly/bezpb8
- DEFRA, 16/09/10, http://ww2.defra.gov.uk/news/2010/09/16/climate-adapt-asc-speech/
- DEFRA, 09/10 Adapting to Climate Change : a new approach, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/SMM3U
- Postnote number 362, 10/10, Resilience of UK infrastructure


Auteur : Joël Constant

publié le 15/11/2010

haut de la page