Le Royaume-Uni donne une valeur à l’environnement

Le Royaume-Uni est devenu le premier pays à donner un prix à la nature, en attribuant une valeur à tous les bénéfices qu’elle procure à sa population. Résultat des travaux de 500 scientifiques et économistes dirigés par Robert Watson, Chief Scientific Adviser du Department of Environment, Food and Rural Affairs (conseiller scientifique du ministère de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales), le UK National Ecosystem Assessment (évaluation de l’écosystème national) a fait l’objet de la publication d’un rapport de plus de 2.000 pages au début de juin 2011. Cette étude a été financée par le Natural Environment Research Council (conseil de recherche pour l’environnement naturel) et par l’Economic and Social Research Council (conseil de recherche pour l’économie et les sciences sociales) et a coûté 1,3 M£.

Partant du constat que le comportement actuel des marchés ne semble pas prendre garde aux conséquences sur le patrimoine environnemental, cette évaluation se veut un moyen de mettre à disposition des données exploitables dans des prises de décisions stratégiques prenant en compte cette dimension. Cependant, loin de se limiter uniquement à l’aspect financier, elle avait pour but de comprendre comment l’environnement et les services qu’il offre profitent à l’économie, à la société et à chacun des citoyens britanniques, et comment les préserver pour les générations futures.

L’évaluation considère à la fois les valeurs d’usage des biens environnementaux et les bénéfices intangibles qu’ils représentent pour les citoyens. Les différents éléments du capital naturel se déclinent en quatre catégories : l’air, l’eau, les terres et les écosystèmes qui accueillent la faune et la flore. Les services apportés sont très divers et vont par exemple de la pollinisation par les insectes, à la protection contre les inondations, en passant par la purification de l’air et de l’eau par les sols et les plantes.

Ainsi que l’on aurait pu s’y attendre, les résultats de l’étude font apparaître que la valeur du patrimoine naturel a jusqu’à présent été largement sous-évaluée, et que les services qu’il fournit sont d’une importance critique pour le bien-être et la prospérité de la société britannique. Par ailleurs, la croissance de la population du Royaume-Uni et l’évolution de ses attentes sont à même d’augmenter encore la pression exercée sur l’environnement à l’avenir. En conclusion, les auteurs du rapport recommandent des actions sur des champs aussi divers que les règlementations, les technologies, les investissements et l’éducation, permettant de cette manière une approche beaucoup plus intégrée des enjeux liés à l’environnement.

Il subsiste bien sûr des interrogations quant à la pertinence de tels travaux, et des limites aux conclusions proposées. En effet, de très fortes incertitudes entourent l’évaluation de la valeur des services apportés par l’environnement (à l’exception des matières premières), et ces difficultés sont accentuées par la prise en compte de bénéfices contradictoires (une forêt peut, par exemple, être un puits de carbone, fournir des matières premières, constituer une barrière aux inondations, jouer un rôle dans le cycle de l’eau, et faire office de lieu de loisirs pour la population). De plus, le rapport publié ne préconise aucun mécanisme réglementaire pour transférer les coûts engendrés par l’altération du patrimoine naturel vers les acteurs économiques concernés, et les scientifiques qui l’ont rédigé soulignent bien que leur rôle n’est pas de mettre en oeuvre les conclusions de leurs travaux en lieu et place du législateur. Mais malgré ces limites et ces difficultés, le UK National Ecosystem Assessment pourrait se révéler d’un grand apport, notamment lorsqu’il s’agit d’évaluer le coût futur du changement climatique (avec ses conséquences sur les services offerts par l’environnement) et de le comparer aux coûts des technologies et des réglementations destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre.


Sources :
- DEFRA, UK National Ecosystem Assessment, http://www.defra.gov.uk/environment/natural/uknea/
- BBC News, Putting a price on nature, 02/06/11, http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-13627055
- POST, Ecosystem Service Valuation, 05/11, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/K2LC9
- POST, Natural Capital Accounting, 05/11, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/nNE6Z


Auteur : Joël Constant

publié le 04/07/2011

haut de la page