Le Royaume-Uni s’engage résolument dans le programme Aurora de l’ESA

Les 5 et 6 décembre 2006 s’est tenue, à Berlin, la réunion du Conseil de l’Agence Spatiale Européenne (ESA, pour European Space Agency) au niveau ministériel. Les ministres des 17 pays membres de l’ESA ont discuté en particulier des lanceurs utilisés pour mettre en orbite les satellites de l’ESA, de la présence européenne dans la Station Spatiale Internationale garantie pour les trois années à venir, du programme GMES (le programme européen d’observation de la Terre pour l’environnement et la sécurité) ainsi que de la mission Aurora. A l’issue de cette réunion, Lord Sainsbury, le ministre britannique de la science et de l’innovation, a annoncé que le Royaume-Uni allait participer de façon importante au programme Aurora et, dans une moindre mesure, au nouveau programme GMES. Le montant des autres participations britanniques a également été annoncé.

1. Le programme Aurora
Aurora est un programme optionnel de l’ESA et les pays membres sont libres d’y participer ou non. 12 pays, dont le Royaume-Uni et la France, avaient pris part à sa phase préparatoire. A Berlin, ils ont été rejoints par le Danemark et la Norvège. Ces 14 états se sont accordés sur leur participation et sur un financement qui excède les attentes.

Cette mission a été lancée en 2001 par une phase préparatoire (cf. Actualités scientifiques au Royaume-Uni, octobre 2004, p. 29 et février 2005, p. 38). Son programme d’exploration du système solaire est fondé sur une feuille de route globale qui devrait culminer avec un vol habité prévu vers Mars d’ici 2030. D’ici 2015, des missions robotisées vers la Lune et vers Mars auront eu lieu dans le cadre d’Aurora ; ces missions seront destinées à préparer les vols habités vers ces deux destinations.

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L’orbiteur ExoMars - Crédit : ESA/AEOS - Medialab

La mission ExoMars, la première mission robotisée développée dans le cadre d’Aurora, devrait être lancée de Kourou en 2011 pour arriver sur Mars en 2013. Il est prévu qu’un rover soit déployé sur le sol de la planète rouge : chargé de rechercher des traces de vie passée ou présente sur Mars, cet engin devrait être équipé d’un instrument d’exobiologie (soit l’étude de la vie dans l’univers) et d’une foreuse capable de collecter des échantillons de sol jusqu’à deux mètres de profondeur sous la surface de la planète. La charge utile scientifique qui sera emportée par le vaisseau ExoMars sera déterminée précisément dans les mois à venir, avec pour objectif d’en tirer le plus possible de données scientifiques. En parallèle de la mission ExoMars, les activités préparatoires du programme Aurora (core activities) ont également été approuvées lors du conseil tenu à Berlin.

Lord Sainsbury a donc confirmé que le Royaume-Uni allait s’engager de façon très importante dans Aurora puisque le gouvernement investira un total de 108,1 millions d’euros dans le programme dont :

- 101 millions d’euros seront consacrés à ExoMars ;
- 7,1 millions d’euros seront alloués aux activités préparatoires à la future mission de retour d’échantillons martiens.

Cette somme fait du Royaume-Uni le second plus gros contributeur à Aurora après l’Italie et devant la France et l’Allemagne. Elle devrait également impliquer l’attribution de marchés aux industriels britanniques, leur permettant ainsi d’utiliser les compétences acquises dans le cadre de la mission Beagle 2 (cf. Actualités Scientifiques au Royaume-Uni, novembre 2004, p. 34).

2. Les programmes obligatoires de l’ESA
Le Royaume-Uni souscrit au programme scientifique de l’ESA à hauteur de 374,3 millions d’euros (soit 18 % du total) et au budget général à hauteur de 169,5 millions d’euros. Ces sommes couvrent la période 2006-2010. Le programme scientifique couvre en particulier les missions Herschel (exploration de l’univers infra-rouge caché) ainsi que LISA Pathfinder (préparant LISA, le premier observatoire d’ondes gravitationnelles).

3. Le programme enveloppe d’observation de la terre (EOEP-3)
Il s’agit de la troisième phase de ce programme d’observation de la terre. Le Royaume-Uni contribuera à hauteur de 205 millions d’euros à ce programme qui inclut de nouvelles missions d’exploration de la Terre. Le premier satellite de ce programme, Cryosat qui était destiné à l’étude de la glace terrestre, a été perdu lors de son lancement en octobre 2005.

4. La recherche avancée sur la technologie des télécommunications (ARTES)
Ce programme vise à soutenir la compétitivité de l’industrie européenne des satellites de communication. Le Royaume-Uni participe actuellement à trois éléments du programme ARTES :

- ARTES 1 : études stratégiques et identification des technologies de prochaine génération ;
- ARTES 3 : technologies de diffusion/haut débit/multimédia fixes et mobiles ;
- ARTES 4 : amélioration de la compétitivité des industries en ce qui concerne la technologie et les services de télécommunication.

Le Royaume-Uni s’est engagé à hauteur de 22,7 millions d’euros dans le programme dont le gouvernement considère qu’il peut être grandement bénéfique pour les industriels britanniques.

5. La surveillance globale pour l’environnement et la sécurité (GMES)
GMES est une initiative commune de la Commission Européenne et de l’ESA. L’initiative GMES a pour objet de fédérer les activités de l’Europe dans le domaine de l’observation par satellite et de la télédétection de façon à apporter un soutien aux politiques gouvernementales. Le programme des composants spatiaux du GMES a été développé pour fournir les observations réalisées de l’espace nécessaires à la mise en place des services GMES. Au cours du conseil des 5 et 6 décembre, les états membres de l’ESA ont souscrit à la première phase du programme des composants spatiaux, qui identifiera et développera les instruments prioritaires nécessaires aux services initiaux du programme GMES. Le coût de cette première phase devrait s’élever à 200 millions d’euros et devrait couvrir la période 2006-2007. Comparée à cette somme, la participation du Royaume-Uni d’un montant de 8,86 millions d’euros (soit environ 4 % du total) est bien plus modeste que celle attribuée à Aurora. Des voix se sont d’ailleurs élevées au Royaume-Uni pour déplorer la faible participation du pays à GMES, alors même que le Royaume-Uni souhaite jouer un rôle de premier plan dans le domaine du changement climatique.

Historique de la participation britannique à Aurora
En octobre 2004, le Royaume-Uni annonçait sa participation à la phase préparatoire du programme Aurora, prévue pour durer jusqu’en 2006. Le financement, apporté par le conseil de recherche PPARC et d’un montant total de 5 millions de livres (environ 7 millions d’euros), était scindé en deux contributions :

- d’une part 3,5 millions de livres (environ 5,2 millions d’euros) constituant la participation versée à l’ESA ;
- d’autre part, 1,5 millions de livres (environ 2,2 millions d’euros) consacrés à des activités préparatoires nationales pour Aurora ou à des contributions supplémentaires à l’ESA.

En février 2005, le conseil de recherche PPARC annonçait la composition du comité consultatif (ou AurAC pour Aurora Advisory Committee) chargé de coordonner et de définir la participation britannique à Aurora. L’équipe de neuf personnes regroupe à parts quasi égales des scientifiques spécialistes de l’espace et des industriels représentant les sociétés SciSys, Analyticon, EADS Astrium et Surrey Satellite Technology. En outre les conseils de recherche NERC et BBSRC sont également représentés au sein du comité, illustrant ainsi la nature interdisciplinaire de l’exploration du système solaire.

Il est prévu que le comité travaille étroitement avec les communautés industrielle et scientifique britanniques liées à l’exploration planétaire. Les résultats des activités du comité seront transmis aux différents organismes qui interagissent avec l’ESA et ceci afin de s’assurer que le Royaume-Uni occupe une place prépondérante dans le développement du programme Aurora. Ces activités se concentreront donc sur les forces des scientifiques et des industriels britanniques, notamment dans les domaines de l’instrumentation, des rovers de surface robotisés et de la technologie des systèmes d’entrée, de descente et d’atterrissage. Selon le président de l’AuRAC, le docteur Mark Sims de l’Université de Leicester, l’origine des membres du comité assurera que les intérêts britanniques soient pleinement pris en compte lors de la phase cruciale de développement du programme Aurora.


Sources : DTI/BNSC, 6/12/05 ; PPARC, 6/12/05 ; BBC News, 6/12/05 ; ESA, 12/12/05


Auteur : Dr Anne Prost

publié le 09/07/2008

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