Le Royaume-Uni souhaite élever les objectifs de réductions d’émissions de l’Union Européenne

Le 11 juillet, le Secrétaire d’Etat chargé de l’Energie et du Changement Climatique, Edward Davey, a ouvert la conférence "The UK’s Vision for Tackling Climate Change" au Royal Institute of International Affairs (RIIA, Institut Royal des Affaires Internationales, aussi connu sous le nom de Chatham House), en exposant sa vision des politiques européennes sur le changement climatique, ainsi que la position du gouvernement britannique.

A l’approche de la Conférence des Nations-Unies sur le Changement Climatique à Doha, en novembre 2012, Edward Davey a placé son discours sous le signe de la rigueur et de l’ambition. Dans un contexte mondial marqué par une crise économique et des inquiétudes grandissantes vis-à-vis de l’impact des réglementations sur la compétitivité des entreprises, le Secrétaire d’Etat a ainsi plaidé en faveur d’une réduction de 30% des niveaux européens de gaz à effet de serre (par rapport à 1990) au lieu des 20% initialement convenus. Rappelons qu’au Royaume-Uni, les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont d’ores et déjà diminué de 25% (depuis 1990), et le quatrième budget carbone a pour objectifs une réduction de 50% des émissions d’ici 2025 .

Un contexte économique éclipsant les problèmes écologiques

Lors du sommet de Durban, en 2011, les pays participants ont pris l’engagement de signer, en 2015, un accord mondial visant à limiter les émissions pour influer sur le changement climatique. Edward Davey a rappelé qu’il reste donc moins de trois ans à la communauté internationale pour engranger une modification profonde de l’économie mondiale, "briser le lien entre carbone et croissance". D’après lui, "nous avons la technologie pour vivre de manière durable ; chaque année, l’utilisation des énergies renouvelables augmente. Et nous en avons le potentiel économique. Le problème est politique. Et il est d’autant plus complexe que nous vivons dans un monde distrait."

En effet, la crise financière commencée en 2008 n’est pas encore résorbée, et la reprise économique mondiale reste fragile. Ce contexte économique instable présente un réel frein à la mise en oeuvre de mesures climatiques mondiales. Les investisseurs ont plus que jamais besoin de certitudes pour investir dans les énergies propres, et "tandis que les ménages et les compagnies font leur possible pour réduire les dépenses, il est impératif de leur rappeler que la priorité actuelle est de réduire les émissions de carbone".

Economie verte et croissance

Afin de soutenir la position du gouvernement britannique sur le changement climatique, le Secrétaire d’Etat a exposé plusieurs arguments, en commençant par l’argument économique. Dans la conjoncture actuelle, les pays et les entreprises sont focalisés sur la stabilité et la croissance, et contrairement aux craintes des investisseurs, l’économie verte peut être bénéfique dans ces deux domaines. En réduisant notre dépendance aux énergies fossiles, il devient plus aisé de protéger les compagnies et les consommateurs de la volatilité des prix du carburant. Sans compter qu’améliorer l’efficacité énergétique est, sans équivoque, bon pour la croissance du pays. "Si l’Union Européenne parvient à atteindre, en 2020, ses objectifs en terme d’efficacité énergétique, elle pourrait économiser 34 Md euros - et créer 400.000 emplois. Au Royaume-Uni seul, une meilleure efficience énergétique représenterait jusqu’à 4 Md£ d’économies par an".

Pour ce qui est de l’industrie des faibles émissions de carbone, le Royaume-Uni se positionne actuellement à la 6ème place avec un chiffre d’affaires de 122 Md£, place que le Secrétaire Général voudrait voir progresser dans les années à venir : "L’industrie durable a généré un surplus de 5 Md£ au Royaume-Uni l’an dernier ; et si nous jouons nos cartes correctement, elle pourrait diminuer de moitié notre déficit commercial avant les prochaines élections".

Edward Davey a par ailleurs insisté sur la notion de compétitivité, réfutant l’idée que les pays et entreprises qui se tourneront les premiers vers les industries à faibles émissions de carbone devront sacrifier leur compétitivité au sein du marché mondial. Selon lui, ce postulat est "trompeur et dangeureux. Le vrai danger n’est pas de se tourner vers le durable, mais d’être dépassé par d’autres qui le feront auparavant". Il donne les exemples de pays tels que la Corée, qui investit 2% de son PIB dans la croissance verte, de l’Allemagne, dont la banque de développement aide à débloquer 100 Md euros pour les énergies renouvelables, de l’Inde qui taxe le charbon et qui utilise les recettes pour financer les nouvelles énergies, ou encore de la Chine, qui a mis les industries vertes au coeur de son 12ème plan quinquennal et qui investit plus que n’importe quel autre pays dans les énergies propres. Ces pays sont parmi les plus compétitifs de notre économie. "C’est pourquoi nous ne devons pas hésiter devant un faux choix entre économie et environnement. Nous devons opter pour la solution lucide -incontestable - qu’est la croissance verte". Et pour cela, il est impératif de bien déterminer les délais à appliquer pour les changements à venir.

Vision à long terme et Union Européenne

Le Secrétaire d’Etat a donc insisté sur l’importance d’une vision à long terme pour les politiques concernant le changement climatique et l’énergie, en soulignant qu’il est facile de se laisser déborder par l’urgence des soucis actuels au détriment de problèmes plus importants.

Davey affirme que l’Union Européenne pourrait dès à présent afficher ses qualités de leader en matière de changement climatique. Il a rappelé qu’à ce jour, les pays de l’UE ont déjà réduit de près de 17% leurs émissions de carbone par rapport aux niveaux de 1990, dépassant leurs engagements du Protocole de Kyoto ; qu’ils ont récemment mis au point une directive sur l’efficacité énergétique qui pourrait avoir le même impact économique que des réductions de budget de 25% ; et que le Système Communautaire d’Echanges de Quotas d’Emission (SCEQE) est le plus grand connu à ce jour. L’UE a prouvé à de nombreuses reprises sa force, notamment lors des négociations du Protocole de Kyoto, et c’est pourquoi Edward Davey incite les pays à "honorer cet héritage" en élevant nos ambitions, en particulier dans le cas des émissions de gaz à effet de serre.

Selon lui, une limite de 30% des émissions de GES d’ici 2030 est appuyée par de nombreux arguments :
- c’est la manière la plus économique de réduire notre consommation de carbone ;
- cela permettra de sécuriser des investissements dans le domaine des énergies propres, qui sont nécessaires pour rester compétitifs ;
- cela aidera la croissance des industries à faibles émissions de carbone, assurant une fois de plus la compétitivité européenne ;
- cela limitera l’impact des fluctuations du prix des énergies fossiles ;
- et pour finir, cela permettra de montrer clairement les valeurs de l’Europe.

Tout en insistant sur l’importance du travail multilatéral et de l’établissement de coalitions, le Secrétaire d’Etat a affirmé qu’un tel objectif serait "un acte de maîtrise politique en termes de changement climatique" qui permettrait d’asseoir la position européenne pour les négociations mondiales sur le changement climatique, à Doha en novembre.

UNFCC (United Nations Framework Convention on Climate Change) - Doha 2012

Edward Davey a conclu son discours en abordant le sujet des prochaines Conférences sur le Changement Climatique (Doha, 2012), et ses objectifs en matière d’avancées et de collaboration, comme par exemple de voir les pays prendre des engagements dans le cadre de l’Accord de Copenhague pour 2020, ou établir les bases d’un futur Protocole succédant à Kyoto.

Il a également insisté sur l’importance des actions à l’échelle des pays, et rappelle que "la négociation d’accords mondiaux ne doit pas remplacer la mise en place d’initiatives permettant de faire concorder nos émissions réelles à nos objectifs". Par exemple, le programme Fast-Start Finance mis en place lors des Accords de Cancun en 2010 impose aux pays dévelop-

pés de fournir un total de près de 30 Md$ entre 2010 et 2012 pour permettre aux pays en voie de développement de réduire leurs émissions de GES, et Davey encourage les pays à continuer les efforts de financement une fois cette période écoulée. Au niveau britannique, le gouvernement exprime sa volonté de financer, d’ici 2014, des actions au Bengladesh afin d’aider les populations à faire face aux catastrophes naturelles et au changement climatique, protéger 39 millions d’hectares de forêt et favoriser l’accès aux énergies propres.

Enfin, en rappelant l’urgence de la situation climatique et l’importance d’une action collective, le Secrétaire d’Etat a incité une fois de plus les pays à ne pas se laisser déborder par les distractions économiques.

Bilan

Le Secrétaire d’Etat a tenu à présenter un discours strict et ambitieux afin de soutenir la proposition d’évoluer vers un objectif de 30% de réduction des émissions au niveau européen d’ici 2020. Il insiste tout au long de son argumentaire sur le lien étroit qui lie croissance économique et croissance verte, et l’importance d’avancées rapides pour pouvoir rester compétitifs. Cependant, ces objectifs sont soumis à de nombreuses contraintes, telles que l’acceptation d’une telle rigueur par les autres pays ou les industriels étrangers comme britanniques. De nombreuses critiques pèsent d’ores et déjà sur le manque de clarté du gouvernement quant aux mesures envisagées pour atteindre les objectifs annoncés, et la complexité des mesures déjà existantes. Bien que la position annoncée par le Secrétaire d’Etat soit encourageante, et démontre une volonté de progrès du Royaume-Uni, ce premier pas devra être suivi d’un accord Européen, mais aussi de mesures locales pour inciter les industriels à fournir les investissements nécessaires aux avancées technologiques attendues.

Sources :

- http://redirectix.bulletins-electroniques.com/Ge6wt
- http://redirectix.bulletins-electroniques.com/FZ0fT
- http://www.chathamhouse.org/events/view/184355

Rédacteurs :

Eliette Riera

publié le 06/12/2012

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