> Le département de chimie de l’Université de Sussex menacé de fermeture - mars 2006

La direction de l’Université de Sussex avait annoncé son intention de fermer son département de chimie mais, le 17 mars 2006, la proposition a été repoussée par le sénat de l’Université. En conséquence, une enquête, qui devrait durer six à sept semaines, rassemblera les opinions du personnel, des étudiants et d’experts extérieurs. De plus, le comité science et technologie de la Chambre des Communes s’est saisi du dossier : le 27 mars 2006, les députés ont entendu en audition publique le vice-chancelier et le directeur du département de chimie de Sussex ainsi que le directeur général du Higher Education Funding Council for England (HEFCE), l’organisme qui finance l’enseignement et une partie de la recherche dans les établissements d’enseignement supérieur anglais.

La rumeur courait depuis plusieurs semaines que ce département, qui a produit deux prix Nobel de chimie (Sir Harry Kroto et Sir John Cornforth) était en danger. L’annonce a provoqué de vives réactions de la part de la communauté des chimistes britanniques, universitaires ou industriels, et de la part de la Royal Society of Chemistry, la société savante britannique consacrée à la chimie. Plus qu’une fermeture « sèche », l’université préfère parler d’une réorientation des activités du département qui devrait prendre le nom de département de biologie chimique à partir d’octobre 2007. Cette annonce fait suite à la fermeture, au Royaume-Uni, de plusieurs départements de sciences dures au cours des dernières années : en 2004, l’Université d’Exeter (cf. Actualités scientifiques au Royaume-Uni, novembre 2004, p.10 et octobre 2005, p.4) ainsi que King’s College, situé à Londres, fermaient leur département de chimie tandis que l’Université de Newcastle mettait fin aux activités de physique. Les universités de Dundee, de Swansea et Queen Mary’s London ont également fermé des départements de sciences dures.

Une fois de plus, il semble bien que des motifs financiers aient présidé à cette proposition. Le département de chimie a reçu la note 5 au dernier Research Assessment Exercise (le RAE) réalisé en 2001. Cet exercice évalue la qualité de la recherche menée dans les départements universitaires britanniques et sert de base à l’attribution des fonds de recherche versés aux universités par le Department for Education and Skills (le DfES, le Ministère de l’éducation britannique). Un 5 dénote une qualité de recherche internationale et seule la note 5* est supérieure : Sussex fait donc partie des 19 départements de chimie britanniques ayant été notés 5 ou 5* en 2001. Mais un certain nombre d’universitaires ont récemment quitté le département ou ont atteint, ou vont atteindre, l’âge de la retraite. Sir Harry Kroto a lui-même quitté Sussex pour rejoindre Florida State University aux Etats-Unis. Le département héberge maintenant 13 postes permanents et enseigne à une vingtaine d’étudiants de premier cycle.

La direction de l’Université de Sussex justifie sa proposition en citant en particulier la petite taille du département. Elle craint probablement que le département n’obtienne une moins bonne note au prochain RAE, prévu en 2008, ce qui aurait d’importantes conséquences quant au financement de recherche reçu. L’argument est donc bien financier puisque l’université estime que le fait de conserver un département de chimie en l’état lui coûterait 750 000 livres supplémentaires par an (environ un million d’euros). Elle préfère donc réduire la taille du département (avec un nombre de postes universitaires passant à 7) et recentrer ses activités vers la biologie chimique et la chimie organique. La chimie physique et la chimie inorganique feraient les frais de cette réorganisation. Cette proposition s’inscrit dans un plan stratégique plus large qui prévoit de renforcer les activités en sciences de la vie de l’université : de nouveaux postes devraient être créés en biochimie, en biologie, en sciences de l’environnement, en psychologie et au sein du Centre pour le Génome de l’université.

Des voix se sont bien évidemment fortement élevées contre ces propositions. En particulier, elles mettent en avant le fait que les demandes d’inscription en premier cycle universitaire de chimie à Sussex ont crû de 40 % avec 350 candidatures pour 25 places. Elles soulignent également l’importance stratégique de la chimie dans l’enseignement d’autres matières, qu’il s’agisse de la propédeutique médicale ou des cours de science médico-légale dispensés aux étudiants en droit.

L’intervention que Sir Martin Rees, président de la Royal Society (l’Académie des Sciences britannique) a faite dans le cadre de la semaine de la science britannique résonne tout particulièrement dans ce contexte : il y rappelle que, depuis 1970, 28 scientifiques britanniques ont reçu un prix Nobel. Ce chiffre place le Royaume-Uni au second rang derrière les Etats-Unis. Mais il rappelle également que la compétition internationale se renforce rapidement et « qu’il serait humiliant pour le Royaume-Uni de devenir trop dépendant de talents importés »...


Sources : Sussex University ; The Royal Society of Chemistry, 13/03/06 et 15/03/06 ; The Guardian, 13/03/06 ; The Royal Society, 15/03/06 ; BBC News, 17/03/06


Auteur : Dr Anne Prost

publié le 09/05/2006

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