Les charities scientifiques britanniques font les frais des coupes budgétaires

Si les récentes mesures prises par l’EPSRC (voir article de ce BE, "La communauté des sciences physiques et de l’ingénieur en colère") laissent la communauté scientifique présager un avenir morose pour la viabilité économique du pays, de sévères coupes budgétaires affectant les charities scientifiques viennent renforcer cette vision en menaçant d’entraver la croissance économique britannique.

Alors que les scientifiques craignaient des coupes budgétaires de l’ordre de 25% à l’automne 2010, l’annonce par George Osborne, Chancelier de l’Echiquier, le 20 octobre 2010, de maintenir le budget annuel pour la science à 4,6 Md£ en cash terms (representant une diminution de moins de 10% sur quatre ans en termes réels) fut accueillie avec soulagement par la communauté scientifique.

Des annonces de financements supplémentaires ont également ponctué l’année 2011, totalisant près de 500 M£. Lors de son discours annuel devant le parlement (Autumn Statement), le 29 novembre, George Osborne a par exemple annoncé 200 M£ supplémentaires pour la science : 80 M£ pour le financement de la prochaine phase de redéveloppement du laboratoire Pirbright, opéré par l’Institut pour la santé animale, 61 M£ pour les investissements en capital des conseils de recherche, 25 M£ pour des projets de démonstration dans les domaines des réseaux électriques intelligents et des véhicules propres, 21 M£ pour soutenir le développement d’un satellite radar, et 13 M£ pour une nouvelle infrastructure nationale de calcul numérique (Voir Science et Technologie au Royaume-Uni, nov-dec 2011). Dans sa stratégie d’innovation et de recherche publiée le 8 décembre 2011, le BIS (Business, Innovation and Skills, Ministère des entreprises, de l’innovation et des compétences), annonçait quant à lui, entre autres, un investissement de 50 M£ pour le développement d’un centre global de recherche et de technologie dédié au graphène, 21 M£ pour le développement de la prochaine génération de services satellitaires d’observation de la Terre à base d’imagerie radar et 180 M£ dans un programme de translation intégrée pour soutenir la commercialisation des innovations dans le secteur des sciences de la vie (Voir Science et Technologie au Royaume-Uni, nov-dec 2011).

Des annonces de financements supplémentaires sont certes toujours bien accueillies, mais que penser lorsque, en contrepartie, on apprend que juste avant les vacances de Noël, des coupes budgétaires affectant les charities scientifiques ont été annoncées par écrit au parlement ? Dans un article du Guardian publié le 28 décembre 2011 on apprend ainsi que :

- UK Resource Centre (UKRC) [1], l’organisation britannique promouvant l’égalité des genres et la représentation des femmes dans les carrières scientifiques, technologiques et d’ingénieur, financée en partie par le BIS, voit son budget passer de 2,4 M£ en 2011 à 500.000 £ en 2012, soit une perte de 80% de son budget annuel ;

- le réseau pour la science, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STEMNET, Science, Technology, Engineering, Mathematics Network [2] ), dont le but est d’attirer et d’enthousiasmer les jeunes générations vers les carrières scientifiques, en leur permettant de développer leur créativité et d’accroître leur employabilité, est financé par le Department for education (DfE, ministère de l’éducation) et le BIS. A compter de 2012, la contribution du DfE va passer de 2,2 M£ à 1,5 M£ et celle du BIS de 6,8 M£ à 6,3 M£, représentant ainsi une perte totale de budget de 13% ;

- la British Science Association [3], établie en 1831, organise des initiatives majeures à l’échelle du pays dans le but de rendre la science accessible à un large public (organisation annuelle du British Science Festival, de la National Science and Engineering Week, et une multitude d’événements locaux et régionaux, ainsi que dans les écoles et collèges). Elle est financée en partie par le DfE et en partie par le BIS. La contribution du DfE risque de diminuer de 56%, passant de 581 289 £ en 2011 contre 250.000 £ en 2012. La participation financière du BIS va quant à elle légèrement augmenter, de 1,526 M£ à 1,530 M£, soit 4000 £...

- enfin, le Life Science Centre [4] basé à Newcastle-upon-tyne et abritant le plus grand planétarium du nord de l’Angleterre, perd l’intégralité des 48 576 £ précédemment octroyées par le DfE.

Un rapide calcul nous amène à des coupes de l’ordre de 3 475 865 £, auxquelles il faut ajouter celles subies par la Royal Society (0,7 M£) et la Royal Academy of Engineering (0,2 M£), soit un total, pour l’instant, de 4 375 865 £.

Alors que le discours général semble montrer une véritable prise de conscience de la part du gouvernement, de l’importance de la science et de la technologie pour la croissance économique du pays et la création d’emplois, alors que le gouvernement se targue d’avoir protégé le budget pour la science, et alors que 2011 a été ponctuée d’annonces budgétaires supplémentaires pour la communauté scientifique, ces coupes affectant les charities scientifiques sont comme un coup de poignard dans le dos : donner d’un côté, pour reprendre de l’autre. Si les sommes sont cependant sans commune mesure (500 M£ vs 3,5 M£), que penser lorsque la cible de ces restrictions budgétaires sont les organisations dont le but et le travail éducatif est de promouvoir et d’enthousiasmer les générations futures de scientifiques ?

Gareth Thomas, ministre fantôme pour la société civile, est de l’avis que "malgré la promesse de David Cameron de protéger le budget pour la science, ces coupes sont des coupes du budget pour la science par la petite porte. La science est fondamentale pour le futur économique du Royaume-Uni - diminuer les budgets des charities scientifiques entravera inévitablement la croissance économique et met en évidence les dangers à trop diminuer, trop rapidement, les budgets."

Une recherche via la bibliothèque de la House of Commons montre que le budget pour la science a en fait été coupé de 15% en termes réels sur la période 2011-12 à 2013-14. A comparer avec une augmentation du budget pour la science de 8% en Allemagne et de 1% en France...


Pour en savoir plus :
- [1] http://www.theukrc.org/
- [2] http://www.stemnet.org.uk/
- [3] http://www.britishscienceassociation.org/web/index.htm
- [4] http://www.life.org.uk/


Sources :
- ’Vital’ science spared deep cuts, BBC News, 20/10/10, http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-11579949
- Science charities face funding cuts, The Guardian, 28/12/11, http://redirectix.bulletins-electroniques.com/uymMr


Auteur : Dr Maggy Heintz

publié le 19/03/2012

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