Lutte contre le paludisme : vers la création de moustiques génétiquement modifiés ?

Les résultats préliminaires, annoncés par une équipe scientifique de l’Université de Keele concernant le cycle du parasite responsable du paludisme, indiquent qu’il pourrait être possible de bloquer ce cycle en empêchant la maturation du parasite chez le moustique. L’approche innovante de cette équipe, basée à l’Institute for Science and Technology in Medicine, repose sur des méthodes d’ingénierie génétique et pourrait exploiter au maximum les maillons faibles de ce cycle.

En concentrant leurs efforts sur la relation complexe existant entre le parasite et le moustique, les chercheurs de cette équipe, dirigée par le professeur Eggleston, ont découvert chez ce dernier plusieurs points d’entrée potentiels de blocage du cycle :

  • la majorité des parasites contenus dans les cellules sanguines humaines ingérées par le moustique au cours de son repas est détruite dans le système digestif de celui-ci dans les 24 h suivant ingestion. Les chercheurs suggèrent que cette destruction provient d’un processus de « mort cellulaire programmée » bien connu en physiologie et les chercheurs cherchent à renforcer cet effet dans le but de détruire la totalité des parasites ;
  • la maturation du parasite chez le moustique nécessite environ 15 jours, ce qui représente la durée de vie moyenne du moustique ;
  • la femelle moustique infectée produit moins d’œufs qu’une femelle non infectée. Les scientifiques suggèrent qu’il pourrait s’agir d’un phénomène de survie orchestré par le parasite lui-même : la diminution de la production d’œufs permettrait d’accroître la longévité de la femelle moustique et de laisser le temps nécessaire au parasite d’atteindre son stade de maturité. En d’autres termes, il est possible que le parasite maintienne le moustique en vie assez longtemps pour lui donner le temps de devenir virulent et d’être transmis chez l’homme. Les scientifiques souhaitent pouvoir empêcher l’accroissement de la longévité du moustique femelle, et ainsi bloquer le processus de maturation du parasite avant son arriver à terme.

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La stratégie de cette équipe est innovante en ce qu’elle vise non pas à détruire le parasite chez l’homme mais à stopper le cycle chez le moustique. L’approche, utilisant des méthodes d’ingénierie génétique, cherche à modifier le génome du moustique afin que celui-ci détruise le parasite, ou l’empêche d’arriver à maturité. L’objectif ultime affiché est de remplacer les populations naturelles de moustiques porteurs du parasite du paludisme dans les zones endémiques par un moustique génétiquement modifié incapable de transmettre ce parasite.

Selon le professeur Eggleston, le problème principal de ce projet repose sur le manque d’efficacité des méthodes utilisées à l’heure actuelle. En effet, des gènes contenant des marqueurs fluorescents ont été insérés chez le moustique mais leur insertion reste aléatoire et peut potentiellement altérer des gènes existants. Pour contourner ce problème, il met au point une nouvelle technique consistant à insérer un « docking site » dans le chromosome du moustique, qui n’est autre qu’une simple cible sur laquelle peut venir se fixer un nouveau gène modifié. Ce site artificiel présente l’avantage d’être fixe au sein du génome et donne ainsi la certitude aux chercheurs que les gènes nouvellement insérés ne perturberont pas l’expression normale du génome. Idéalement, le professeur Eggleston souhaiterait insérer plusieurs gènes modifiés dans ce site artificiel afin d’obtenir plusieurs angles d’attaque pour détruire le parasite.

Source : Keele University, press release, 03/04/06, www.keele.ac.uk

Source photo : www.nathalie-constantin.com/paludisme/presentation.htm


Auteur : Dr Claire Mouchot

publié le 18/11/2008

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