Marie de Guise-Lorraine à 500 ans, toujours au coeur de la relation franco-écossaise

JPEG Si les Ecossais raffolent de la "vieille alliance" franco-écossaise (qui date du XIIIème siècle et faillit aboutir au XVIème à une fusion des couronnes, grâce à la politique de François Ier, dont Marie de Guise a été l’instrument, quelques années à peine après l’acte de rattachement de la Bretagne à la France), ils n’ont finalement jamais été entièrement convaincus des bienfaits de la présence militaire française, qui, en pleine Réforme, est venue compliquer encore les déchirements religieux internes. Au bout du compte, ils auront su tirer de leur jeu de balancier entre ambitions françaises et anglaises - et de l’avènement du Royaume-Uni qui suivit - des privilèges particulièrement avantageux pour leurs marchands.

Un événement franco-écossais est venu saluer fin 2015 le cinquième centenaire de Marie de Guise, régente d’Ecosse de 1554 à sa mort en 1560 et mère de la reine Marie Stuart, sous la forme d’une table-ronde le 8 décembre 2015 à l’institut français autour de trois historiens écossais et en présence de Mme Hyslop, ministre écossaise de la culture et des relations extérieures, qui en a assuré la conclusion.

Mariée à la demande expresse du roi de France au roi Jacques V d’Ecosse pour remplacer sa première épouse française (Madeleine de France, fille de François Ier, et proche amie de Marie), aussitôt après son propre veuvage et alors qu’elle avait initialement été formée pour devenir abbesse, Marie de Guise reçut un accueil triomphal en Ecosse (suivant un protocole en pleine codification à l’époque et d’inspiration italienne, permettant au peuple de manifester son allégeance autant que de formuler des recommandations à ses nouveaux souverains, en pleine période d’aspiration à un Etat fort face aux nobles vassaux dotés de milices privées). Elle donna deux fils au roi qui moururent en bas âge (à vingt-quatre heures d’intervalle, l’un à Stirling et l’autre à St Andrews, suscitant des soupçons sur les causes de leur mort), avant de donner naissance, en décembre 1538, six jours avant la mort du roi, à Marie Stuart, reine d’Ecosse. La jeune princesse fut envoyée en sécurité en France et, à partir de ses douze ans (sa "majorité") désigna sa mère pour remplacer à la régence le comte d’Arran, premier dans l’ordre de succession et rival. Fine diplomate (au moment où se fondent les us et coutumes de la diplomatie moderne) et femme d’Etat déterminée, Marie de Guise fut jusqu’à sa mort en 1560 au chateau d’Edimbourg (d’une défaillance cardiaque) la figure de proue de l’alliance française dans une Ecosse déchirée entre réformés et catholiques, fortement convoitée par le roi Henri VIII Tudor. Si sa politique correspondit aux derniers feux de l’influence militaire française en Ecosse (grâce au fort investissement d’Henri II dont le fils François fut le premier mari de Marie Stuart), elle n’en permit pas moins d’abord le retour de Marie Stuart en Ecosse et finalement, après bien des tragédies et souffrances, l’avènement de son petit-fils Jacques (VI et Ier) sur les deux trônes réunis d’Ecosse et d’Angleterre. Cette union des couronnes, scellée en 1707 dans l’acte d’Union et l’acte d’Etablissement est toujours en vigueur de nos jours.
La table-ronde est disponible en podcast sur Culturethèque au Royaume-Uni. Par ailleurs, une chercheuse française a réuni une riche documentation sur Marie de Guise-Lorraine sur le site marieguiselorraine2015.com.

publié le 07/01/2017

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