Miroir, miroir, dis-moi que je n’ai plus mal !

Selon les résultats d’une étude menée par Candy McCabe, du Royal National Hospital for Rheumatic Diseases à Bath, une thérapie d’un nouveau genre, basée sur l’observation, pourrait enfin soulager la souffrance des patients atteints de syndromes régionaux douloureux complexes (SRDC). Les personnes atteintes par ces syndromes sont sujettes à des douleurs chroniques post-traumatiques et/ou post-opératoires dans un de leur membre. Les douleurs peuvent atteindre des seuils intolérables, poussant les patients à demander l’amputation de ce membre ne présentant pourtant pas de signes pathophysiologiques. Le SRDC apparaît chez environ un tiers des personnes s’étant fracturé le poignet, et les douleurs persistantes peuvent toucher non seulement le poignet et la main, mais quelques fois le bras ou encore l’épaule.

L’étude, publiée dans le journal Clinical Medicine, présente huit patients, chacun assis face à un miroir placé de telle façon que chaque patient ne puisse voir que le côté « sain » de son corps, accompagné d’une réflexion de celui-ci. Par conséquent, la moitié douloureuse du corps reste invisible donnant l’impression au patient qu’il/elle a deux bras en bonne santé. Les patients devaient se concentrer sur l’image observée et croire que ce qu’ils observaient étaient la réalité de leur corps et d’eux-mêmes. Face au miroir, trois patients ont été immédiatement « guéris », avant que la douleur ne réapparaisse une fois l’expérience terminée. Cependant, quelques séances supplémentaires suffirent pour que six des huit patients soient en complète rémission. Il s’est avéré que les deux patients non guéris étaient atteints d’ulcères dans le bras et de distorsions physiques explicables médicalement.

Au cours d’une étude séparée menée par la même équipe scientifique, 41 volontaires non atteints de SRDC étaient assis chacun face à un miroir de telle façon que chacun d’eux ne puisse voir qu’un seul côté de leur corps, accompagné d’une réflexion de celui-ci. De la même manière que les patients décrits ci-dessus, ces volontaires devaient imaginer que l’image renvoyée par le miroir les représentait réellement. Les investigateurs leur demandaient alors de créer deux mouvements distincts, un pour chaque bras. L’image du mouvement renvoyé par le miroir ne correspondant par conséquent pas au mouvement réel, les scientifiques notaient que la majorité des volontaires avaient ressenti des sensations dans le bras gardé « invisible ». Cette sensation pouvait aller, selon les individus, de simples picotements à des douleurs d’une telle intensité qu’ils ne pouvaient terminer l’expérience, pourtant de courte durée, 20 secondes.

Selon Candy McCabe, la douleur proviendrait d’une discordance entre ce que le cerveau perçoit du corps et la condition réelle de celui-ci. Dans les conditions normales, le cerveau envoie des signaux au corps qui par exemple prédisent la forme, la masse ou encore la localisation d’un membre. Le système nerveux sensoriel rend la pareille et renvoie ses propres signaux qui permettent ainsi au cerveau d’affiner l’image perçue. Lorsqu’un bras est immobilisé dans un plâtre pendant un temps donné, le cerveau ne reçoit pas de réponse du système sensoriel, et par conséquent envoie des signaux de douleur lui permettant de savoir que le membre immobilisé existe. Ce phénomène, qui se résout généralement dès que le membre en question n’est plus immobilisé, est cependant maintenu dans un tiers des cas. Le miroir permettrait alors de tromper le cerveau en lui renvoyant l’image d’un bras sain.


Sources : .Newscientist, 01/11/05, www.newscientist.com ; Clinical Medicine, Journal of the Royal College of Physicians, Clin Med. 2005 Sep-Oct ;5(5):482-6, http://www.ingentaconnect.com/content/rcop/cm/2005/00000005/00000005/art00015

Auteur : Dr Claire Mouchot

publié le 18/11/2008

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