> Politique gouvernementale britannique pour la science et l’innovation : les prochaines étapes - avril 2006

Le 22 mars 2006, Gordon Brown, le chancelier de l’échiquier, a présenté le Budget britannique 2006 à la Chambre des Communes. Depuis mai 1997, le Treasury (le ministère des Finances) réalise deux exercices de prévision économique par an : le Budget et le Pré-Budget sont traditionnellement présentés au printemps et à l’automne respectivement. A l’occasion de la publication du Budget, le gouvernement britannique a publié un document intitulé « Science and innovation investment framework 2004-2014 : next steps » (soit, les prochaines étapes du cadre d’investissement 2004-2014 pour la science et l’innovation). Ce texte annonce des mesures diverses incluant des propositions pour la réforme radicale du mécanisme de financement d’une partie de la recherche universitaire ou encore pour une restructuration majeure des conseils de recherche. Une grande partie du document sert de fondement à des consultations qui auront lieu jusqu’à l’automne 2006. Les universités pourront en particulier donner leur avis sur le système qui remplacera le Research Assessment Exercise, sur les financements de la recherche en physique ou encore sur les façons d’encourager la recherche à risques...

Le document est co-signé par quatre ministères : le Department of Health (DH, le ministère de la santé), le Department for Education and Skills (DfES, le ministère de l’éducation), le Department of Trade and Industry (DTI, le ministère du commerce et de l’industrie), et HM Treasury (le ministère des finances). Il fait suite à celui publié en juillet 2004 et intitulé « Science and innovation investment framework 2004-2014 » qui définissait la vision gouvernementale à long terme pour la science et l’innovation britanniques, avec comme ambition centrale l’augmentation des dépenses privées et publiques de R&D jusqu’à atteindre un montant cumulé de 2,5 % du PNB en 2014. Une grande place y était accordée à la stimulation des collaborations entre entreprises et universités et aux actions à mettre en place pour rendre la communauté scientifique plus réceptive aux besoins de l’industrie.

Le premier rapport annuel sur cette stratégie, publié en juillet 2005, a noté que des progrès solides avaient été réalisés dans la mise en place de ce cadre. Toutefois, des défis significatifs demeurent : l’investissement privé en R&D exprimé en pourcentage du PNB stagne, voire décroît, le Royaume-Uni peine toujours à traduire la grande qualité de sa recherche universitaire en profits économiques et le nombre d’étudiants en sciences, technologie et sciences de l’ingénieur continue de décliner dans certains domaines. Le Royaume-Uni se compare résolument à ses concurrents internationaux, particulièrement la Chine et l’Inde : si ces deux pays produisent conjointement 125 000 diplômés de troisième cycle universitaire en informatique, le Royaume-Uni n’en produit que 5 000. De plus, 33 % des étudiants universitaires chinois se consacrent aux sciences de l’ingénieur alors qu’ils ne sont que 5 % au Royaume-Uni.

En se fondant sur la situation actuelle du pays et en s’inspirant des exemples étrangers, le gouvernement souhaite soumettre à consultation un certain nombre de propositions destinées à créer au Royaume-Uni un « écosystème » favorable à l’innovation. Ce sont ces propositions, fortement placées sous le signe du transfert de connaissance et des performances économiques, qui sont énoncées dans le document « Science and innovation investment framework 2004-2014 : next steps ». Elles touchent cinq domaines clés :

- l’impact sur l’économie de l’investissement public en sciences ;
- l’efficacité des conseils de recherche ;
- l’excellence de la recherche universitaire ;
- la recherche médicale ;
- les diplômés en sciences, technologies, sciences de l’ingénieur et mathématiques.

1. L’impact sur l’économie de l’investissement public en sciences

Plusieurs organismes gouvernementaux développent des stratégies pour améliorer la commercialisation des résultats de la recherche menée au Royaume-Uni. Ainsi, l’Office of Science and Technology (OST), les conseils de recherche et le Technology Strategy Board ont tous un rôle à jouer. Le Technology Strategy Board a été créé en 2004 et est chargé de fixer les priorités de financement de la Technology Strategy qui dépend du DTI et dispose de 370 millions de livres (environ 528 millions d’euros) entre 2004-05 et 2007-08.

Le gouvernement britannique a également mis en place divers mécanismes destinés à encourager le transfert de technologie à partir de la communauté scientifique britannique. On peut par exemple citer le Higher Education Innovation Fund (HEIF) qui vise à développer les capacités de transfert de technologie et les activités de commercialisation des universités anglaises. En 2007-08, le HEIF distribuera 110 millions de livres (environ 157 millions d’euros).

A partir d’avril 2006, l’OST fusionnera avec le DTI Innovation Board (qui inclut le Technology Strategy Board) pour former l’Office for Science and Innovation (ou OSI). Dans le même temps, le gouvernement souhaite que le rôle du Technology Strategy Board soit élargi via sa contribution au développement de la stratégie gouvernementale pour l’innovation, et ce pour tous les secteurs importants de l’économie britannique. L’accent sera tout particulièrement mis sur le développement des relations entre les entreprises et les universités, de telle sorte que le Royaume-Uni tire tous les bénéfices possibles de l’investissement public substantiel dans la recherche publique.

1.1 Promouvoir la recherche à hauts risques
L’exécutif britannique note que certaines des avancées scientifiques les plus intéressantes ont lieu à l’intersection de plusieurs disciplines et à la frontière entre les R&D publique et privée. S’il ne prétend pas, et ne cherche pas à prédire où et sous quelle forme ces innovations verront le jour, il reconnaît toutefois que les meilleures innovations futures pourraient émerger de projets de recherche qui n’auraient pas été soutenus unanimement à leur début. Mais le gouvernement peut d’une part s’efforcer de soutenir une culture entrepreneuriale suffisante et d’autre part s’assurer que les innovations soient mieux reconnues et exploitées. Des mécanismes allant dans ce sens sont déjà en place : le gouvernement cite par exemple les financements quality-related (QR, liés à la qualité) alloués aux institutions d’enseignement supérieur par les Higher Education Funding Councils (les HEFC) sur la base des résultats obtenus au Research Assessment Exercise (RAE). Versés aux universités sous forme de bloc, ces fonds doivent leur permettre de définir leurs orientations stratégiques et, par exemple, de soutenir des travaux de recherche blue sky (i.e. inédits). Toutefois, le gouvernement note que la prise de risque n’est peut-être pas suffisamment importante chez les chercheurs. De fait, les méthodes d’attribution des financements de recherche, qu’ils soient issus des conseils de recherche ou des résultats du RAE, ne facilitent pas forcément cette prise de risque : en effet, elles peuvent, de façon non intentionnelle, favoriser les travaux menés dans des domaines déjà bien établis. En conséquence, le gouvernement souhaiterait recevoir les vues des acteurs de la recherche sur deux points :

  • Le cadre existant de soutien à la science et l’innovation autorise-t-il un niveau approprié de prise de risque ? Si ce n’est pas le cas, quelles seraient les suggestions pour résoudre ses carences ?
  • Quelles seraient les mesures à mettre en place pour supprimer les biais qui favorisent de façon injuste les domaines de recherche établis par rapport aux domaines de recherche innovants ? Comment les mécanismes de financement pourraient-ils être rendus plus réceptifs aux nouvaux défis de la recherche ?

1.2 Encourager les investissements des entreprises dans la R&D
Le gouvernement cite deux outils pour favoriser l’investissement privé dans la R&D : le R&D Tax Credit (le crédit d’impôt recherche) et la gestion de la propriété intellectuelle.

Le R&D Tax Credit a été introduit en 2000 pour les PMEs et étendu aux grandes entreprises en 2002. Suite à des concertations avec les entreprises, le gouvernement a annoncé, en décembre 2005, la création d’unités R&D spécialisées au sein du HM Revenue and Customs : ces unités seront chargées de traiter les demandes des PMEs (cf. Actualités Scientifiques au Royaume-Uni, janvier 2006, p. 27). De plus, à la lumière de ces discussions et des recommandations formulées par Sir George Cox dans son rapport sur la créativité des entreprises, le gouvernement a l’intention d’étendre aux compagnies employant entre 250 et 500 salariés le soutien additionnel jusqu’à présent réservé aux entreprises employant moins de 250 salariés, sous réserve des résultats des discussions sur l’aide publique avec la Commission Européenne.

En ce qui concerne le cadre existant pour la propriété intellectuelle, le gouvernement a commandé, en décembre 2005, un rapport d’évaluation indépendant à Andrew Gowers. Les consultations ont commencé en février 2006 et le rapport devrait être rendu, à l’automne 2006, au chancelier de l’échiquier, au ministre du commerce et de l’industrie et au ministre de la culture, des média et du sport.

1.3 Attirer les investissements étrangers et construire des relations internationales
Selon le gouvernement, le Royaume-Uni doit trouver des moyens pour attirer et retenir les investissements étrangers directs réalisés par des entreprises entreprenant beaucoup de R&D. Actuellement, 25 % des dépenses privées de R&D effectuées au Royaume-Uni proviennent d’entreprises étrangères, soit plus que pour n’importe quel autre pays du G7. Cette large proportion est en particulier due à la réputation internationale de la recherche universitaire britannique. Toutefois, il n’existe pas actuellement de stratégie nationale forte pour attirer les investissements étrangers : les actions de promotion sont entreprises par différentes agences incluant UK Trade and Investment (UKTI) et les Regional Development Agencies (RDAs, les agences de développement régionales).

Avant l’été, le gouvernement publiera une nouvelle stratégie à cinq ans, mise en œuvre par UKTI, pour « vendre » les forces de l’industrie britannique à l’international. Cette stratégie formera la base d’un partenariat entre les ministères et agences gouvernementales, les RDAs, les administrations dévoluées et les organismes privés actifs dans le domaine. Dans un premier temps, UKTI mettra en place une stratégie R&D internationale, financée à hauteur de 9 millions de livres (environ 13 millions d’euros), pour attirer plus de R&D industrielle au Royaume-Uni et pour promouvoir à l’étranger les entreprises britanniques innovantes.

Le gouvernement britannique souhaite également favoriser les collaborations avec des nations de premier plan dans le domaine de la R&D. En 2005, 6 millions de livres (environ 9 millions d’euros) ont été consacrés à quatre projets de collaboration entre des universités britanniques et américaines. Il s’agit des partenariats suivants :

- Universités de Manchester et Washington : matériaux composites pour la conception aréonautique ;
- Imperial College London, Université du Texas, Oak Ridge National Laboratory et Georgia Institute of Technology : traitement du cancer et recherche en énergie ;
- Universités de Cambridge et Massachusetts Institute of Technology ;
- Université de Bristol, Bath, Southampton et Surrey et Université de Californie : technologies sans fil, sciences de la vie, environnement et matériaux avancés.

Au cours des trois prochaines années, le gouvernement projette de soutenir des liens similaires avec d’autres universités ou clusters de haute technologie dans d’autres parties du monde, en particulier la Chine et l’Inde, y compris à travers la prochaine édition du HEIF.

1.4 Soutenir l’innovation dans les régions
Suite au rapport Lambert sur les collaborations entre les entreprises et les universités, les RDAs se sont vu attribuer un rôle accru de promotion des liens universités-entreprises ainsi que des objectifs spécifiques pour le nombre de collaborations qu’elles facilitent. Toutes les RDAs ont mis en place des Conseils pour la Science et l’Industrie et, en 2005-06, elles ont investi collectivement environ 360 millions de livres (environ 513 millions d’euros) pour la science et l’innovation. Toutefois le système est loin d’être parfait : il existe d’importantes inégalités de financement et pas assez de collaboration entre les RDAs. En outre, des méthodes efficaces manquent pour impliquer les PMEs qui n’ont pas d’expérience préalable de collaboration universitaire.

  • Le gouvernement souhaiterait connaître les vues des acteurs sur les barrières qui limitent à la fois l’innovation des entreprises et la collaboration université-entreprise dans les régions. Il souhaiterait également connaître leur avis sur les actions, nationales et régionales, à mener pour faire tomber ces barrières.

Accroître le soutien aux interactions entre l’entreprise et l’université
Le gouvernement note que les interactions entre l’entreprise et l’université demeurent inégales suivant les industries et les régions. En collaboration avec le Higher Education Funding Council for England (HEFCE), il cherche à promouvoir les meilleures pratiques dans ce domaine.

  • Le gouvernement souhaiterait recevoir les avis des acteurs, en particulier de l’enseignement supérieur, sur la façon
    - de développer des modèles de meilleures pratiques ;
    - d’encourager les entreprises à travailler avec les universités pour la première fois, peut-être via l’introduction de mécanismes de courte durée et de faible coût.

2. L’efficacité des conseils de recherche

Les conseils de recherche distribuent 80 % des fonds du Budget de la Science, ce qui devrait représenter environ 2,8 milliards de livres en 2007-08 (environ 4 milliards d’euros). A la différence des HEFC qui offrent des financements sous forme de blocs, les conseils de recherche accordent des financements pour des projets de recherche spécifiques, sur la base de l’excellence scientifique telle qu’elle est évaluée par un comité de pairs. En outre, plusieurs conseils de recherche financent également leurs propres instituts de recherche et souscrivent à des installations de recherche internationales.

Les conseils de recherche coopèrent également de plus en plus dans la promotion de la recherche interdisciplinaire, en lançant par exemple des programmes de recherche commun pour les cellules souches ou l’énergie.

Mais le gouvernement estime que les performances des conseils de recherche pourraient encore être améliorées, notamment en ce qui concerne la gestion des grands équipements. En préparation de la Spending Review 2007, les conseils de recherche réfléchissent donc à des propositions pour harmoniser davantage leurs opérations administratives, pour améliorer l’efficacité du système d’évaluation par les pairs et pour augmenter l’impact de la recherche publique sur l’innovation et la productivité britannique.

Actuellement, le Budget de la Science britannique alloue environ 500 millions de livres (environ 720 millions d’euros) à la construction et au fonctionnement de grandes installations de recherche ; une grande partie de ces fonds correspond à des souscriptions à des organismes internationaux. La majorité de ce financement est gérée par deux conseils de recherche : le Particle Physics and Astronomy Research Council (PPARC) et le Council for the Central Laboratory of the Research Councils (CCLRC). Le PPARC est responsable des souscriptions à un certain nombre d’organismes internationaux comme le CERN, opère les télescopes britanniques et finance également des groupes de recherche universitaires. Le CCLRC quant à lui gère deux laboratoires nationaux de recherche : le Rutherford Appleton Laboratory (RAL) situé sur le site d’Harwell dans l’Oxfordshire, et Daresbury dans le Cheshire. A part quelques exceptions mineures, le CCLRC ne finance pas les universités directement. Enfin l’OST gère le Large Facilities Capital Fund (LFCF), d’un montant annuel de 100 millions de livres (environ 145 millions d’euros), qui permet aux conseils de recherche de recevoir des financements additionnels pour des investissements de grande ampleur.

Or, selon le gouvernement, il n’est pas clair que les investissements dans ces grands équipements soient actuellement exploités au mieux : une structure de gestion plus cohérente pourrait permettre une approche intégrée du transfert de technologie, une plus grande attractivité des collaborations pour l’industrie et la maximisation de l’investissement public dans ce domaine.

Le gouvernement propose donc que le CCLRC pourrait fusionner avec les activités du PPARC liées aux grands équipements pour donner naissance au Large Facilities Council (LFC). Celui-ci serait responsable de tous les financements pour les grands équipements issus du Budget de la Science. Son budget annuel serait de l’ordre de 450 à 500 millions de livres (environ 650 à 720 millions d’euros) et pourrait inclure une proportion significative des fonds actuellement alloués par le LFCF.

Selon le gouvernement, la création du nouveau LFC pourrait donner l’occasion d’intégrer les activités d’agence de moyen du PPARC au sein du conseil de recherche Engineering and Physical Sciences Research Council (EPSRC) qui finance tous les projets de recherche en sciences physiques, hormis en physique des particules et en astrophysique. Un seul conseil de recherche, l’EPSRC, serait alors responsable de tout le domaine des sciences physiques, ce qui aurait pour effet de créer de nouvelles synergies et de simplifier l’organisation actuelle.

  • Le gouvernement souhaite donc ouvrir une consultation sur les questions suivantes :
    - toutes les opérations liées aux grands équipements devraient-elles être intégrées à un nouveau Large Facilities Council ou existe-t-il des raisons de conserver quelques installations sous la gestion d’autres conseils de recherche ?
    - dans le cas d’une fusion, les fonctions d’agence de moyen du PPARC devraient-elles être transférées à l’EPSRC ?
    - quelles mesures supplémentaires pourraient être prises par les conseils de recherche pour améliorer leur efficacité ?

3. L’excellence de la recherche universitaire

Le gouvernement britannique réaffirme ne pas vouloir remettre en cause le dual support system qui finance la recherche universitaire (le système de soutien dual) car il en défend la logique : les conseils de recherche sont en mesure de suivre une stratégie nationale tandis que, grâce aux financements QR reçus des Higher Education Funding Councils, les universités peuvent prendre des décisions stratégiques en ce qui concerne leurs activités de recherche. Les fonds QR doivent donner aux universités la flexibilité nécessaire pour réagir rapidement à l’émergence de nouvelles priorités et de nouveaux champs de recherche. Actuellement, les financements QR sont attribués suivant les résultats du RAE. Initialement, le RAE avait été conçu comme un mécanisme permettant de s’assurer que des ressources, à l’époque relativement limitées, étaient concentrées sur des travaux de recherche jugés excellents par un comité de pairs. Depuis, le RAE a dépassé son statut d’outil de financement pour devenir un outil plus large d’évaluation de la qualité de la recherche. Des RAE ont été effectués en 1989, 1992, 1996 et 2001. Le prochain est prévu pour 2008 et les nouvelles règles qui s’y appliqueront ont été publiées récemment (cf. Actualités Scientifiques au Royaume-Uni, février 2006, p.16).

Le gouvernement reconnaît que le RAE a joué un rôle clé pour placer le Royaume-Uni aux avant-postes de la recherche internationale en termes de publications et de citations. Mais il présente également un certain nombre d’inconvénients (entre autres, le coût administratif de l’exercice supporté par les institutions d’enseignement supérieur ; le caractère cyclique des recrutements en vue de l’évaluation du RAE qui influence la planification des établissements ; la relative ignorance de la valeur de la recherche interdisciplinaire). Le gouvernement partage donc les opinions du Council for Science and Technology, du Select Committee on Science and Technology de la Chambre des Communes et de la Royal Society qui estiment que le RAE constitue un poids considérable pour l’enseignement supérieur britannique tout en ne prenant pas correctement en compte la totalité de l’éventail de la recherche de qualité menée dans les universités britanniques. Il indique donc très clairement qu’après le RAE 2008 le système d’évaluation de la qualité de la recherche et d’allocation des financements QR sera principalement fondé sur des indicateurs métriques . Le gouvernement précise que le système devrait donc être considérablement simplifié : en particulier, comme il existerait selon lui une très forte corrélation (98 %), au niveau institutionnel, entre les financements reçus des deux canaux (HEFC et conseils de recherche), les deux systèmes d’évaluation par des pairs seraient redondants. Selon le gouvernement, les revenus totaux de recherche des universités pourraient donc servir d’élément central pour le nouveau système d’allocation : ces revenus incluent les fonds reçus des conseils de recherche, des divers ministères outre le DTI, des charities, de l’industrie et de l’Union Européenne. La corrélation étant la plus forte pour les sciences dures, d’autres options pourraient être explorées pour les Humanités et Sciences Sociales. Afin de préparer le nouveau système, le gouvernement réalisera un exercice de simulation en parallèle avec le RAE 2008 (qui aura bien lieu comme prévu). En outre, le gouvernement continue d’envisager le recours à des comités d’experts pour contrôler les résultats obtenus en se fondant sur les indicateurs.

  • Le gouvernement lancera une consultation sur les options qu’il favorise pour un système d’indicateurs employé pour évaluer la qualité de la recherche et allouer les fonds QR. La consultation sera lancée en mai et les résultats seront publiés à temps pour le Pre-Budget 2006 (i.e. décembre 2006).

4. La recherche médicale

La R&D dans le domaine de la santé constitue une des forces notables du Royaume-Uni. Le gouvernement estime que la qualité de la recherche publique britannique en santé contribue à attirer et faire croître les investissements de R&D consentis sur le sol national par l’industrie pharmaceutique. Celle-ci dépense plus de 3,3 milliards de livres (environ 4,7 milliards d’euros) annuellement. Elle y emploie 73 000 personnes, dont 29 000 dans le domaine de la R&D. La chaîne logistique emploie 250 000 personnes supplémentaires. En outre, le Royaume-Uni bénéficie du secteur des biotechnologies le plus important d’Europe : on y recense environ 455 entreprises de biotechnologies qui emploient 22 400 personnes et dont les revenus ont atteint environ 3,6 millions de livres en 2003 (environ 5,1 millions d’euros). Cette même année, les entreprises de biotechnologies ont consacré 1,23 milliards de livres (environ 1,75 milliards d’euros à la R&D). Le gouvernement britannique est donc tout à fait soucieux de préserver les bénéfices économiques apportés par la R&D dans le domaine de la santé, tout en ne négligeant pas les bénéfices qu’elle apporte également dans le domaine de la santé publique.

A l’heure actuelle, le financement public de la R&D est scindé entre, d’une part, le conseil de recherche Medical Research Council (MRC) avec 546 millions de livres en 2007-08 (environ 778 millions d’euros) et, d’autre part, le Department of Health (DH) avec environ 753 millions de livres en 2006-07 (environ 1 073 millions d’euros). Le MRC couvre tout le spectre de la recherche en santé, de la recherche fondamentale aux recherches clinique et en santé publique. La R&D menée au sein du National Health Service (le NHS), typiquement celle que le DH finance, se concentre sur la recherche clinique et en santé publique mais elle touche également la recherche appliquée. Comme les autres conseils de recherche, le MRC distribue ses financements sur la base de la qualité, soit à des projets individuels, soit à des programmes plus larges ou à des centres de recherche dans les universités ou dans ses instituts propres. A contrario, le DH alloue la majeure partie de ses financements sous forme de dotation institutionnelle aux trusts du NHS ; le montant des dotations était jusqu’à présent calculé sur la base d’une formule. A l’avenir, en accord avec la nouvelle stratégie pour la R&D du NHS, les financements du DH seront dirigés vers le soutien de chercheurs de grande qualité travaillant au sein d’installations de premier plan, sur des recherches répondant aux besoins des patients et du public.

Afin de s’assurer que les bénéfices tirés de ces canaux de financement soient les plus élevés possibles, le gouvernement a déjà mis en place un certain nombre d’initiatives. Par exemple, un groupe conjoint MRC/NHS, le Joint MRC/NHS Health Research Delivery Group, a été créé en 2004 pour améliorer la gestion et la mise en œuvre de la R&D dans le domaine de la santé. Le gouvernement britannique souhaite renforcer encore plus le caractère holistique du système de R&D dans le domaine de la santé. Les budgets de recherche de l’OST sont déjà fléchés. Le gouvernement britannique a l’intention de protéger de la même façon les budgets de R&D du DH. Il projette également que les ministères de la santé et du commerce et de l’industrie créent un fond conjoint de recherche pour la santé d’un montant annuel d’au moins un milliard de livres (environ 1,45 milliard d’euros). Les priorités de recherche seraient définies de façon conjointe par les deux ministères .

Le gouvernement, conscient de la complexité des enjeux, veut s’assurer que toutes les parties prenantes, en particulier les administrations dévoluées, auront la possibilité de s’exprimer sur ce projet. Il a donc demandé à Sir David Cooksey de le conseiller et de lancer une consultation afin de présenter au gouvernement les options et ce à temps pour le Pré-budget 2006 . Après avoir fondé une société de capital-risque, Sir David Cooksey a occupé, entre autres, les fonctions de gouverneur du Wellcome Trust. Il est actuellement président du conseil d’administration du synchrotron Diamond.

Les diplômés en sciences, technologies, sciences de l’ingénieur et mathématiques.

Dans le rapport qui lui avait été demandé par le gouvernement et qu’il a publié en 2002, Sir Gareth Roberts identifiait un certain nombre de problèmes dans la formation des diplômés en sciences, technologies, sciences de l’ingénieur et mathématiques. En réponse aux recommandations énoncées par Sir Gareth Roberts, le gouvernement avait défini, dans le document « Science and Innovation Investment Framework 2004-2014 », son approche et les mesures prises pour remédier aux carences en diplômés scientifiques. Mais le gouvernement reconnaît que les progrès ont été lents dans certains domaines et que d’autres actions doivent être entreprises. Le problème du manque de vocations se fait sentir dès le collège : seuls 50 % des élèves obtiennent une bonne note en sciences aux GCSE (General Certificate of Secondary Education, l’équivalent du brevet des collèges français). La situation se dégrade encore au lycée : entre 1994 et 2004, le nombre d’élèves âgés de 16 à 18 ans (A levels) suivant des cours de biologie a crû de 6,6 %, mais il a chuté de 7,5 % pour la chimie et de 20 % pour la physique. Ces chiffres ont des répercussions sur les candidatures à l’université : le nombre de diplômés universitaires en chimie a chuté de 27 % entre 1994/95 et 2001/02, et encore de 7 % rien qu’entre 2002/03 et 2004/05. En outre, une importante partie des professeurs enseignant des matières scientifiques dans les écoles ne dispose pas d’une formation spécialisée en sciences.

Le gouvernement s’est donc fixé de nouveaux objectifs concernant l’enseignement des sciences au collège et au lycée. On peut en particulier noter qu’il souhaite augmenter le nombre de lycéens suivant un cursus A level en physique, chimie ou mathématiques afin que, en 2014, 35 000 élèves étudient la physique (contre 24 200 actuellement), 37 000 étudient la chimie (contre 33 300 actuellement) et 56 000 étudient les mathématiques(contre46168actuellement).D’icià2014,25%desenseignants de sciencesdevraient disposer d’une formation en physique (contre 19 % actuellement), 31 % devraient disposer d’une formation en chimie (contre 25 % actuellement) et 95 % des cours de mathématiques devraient être dispensés par des spécialistes des mathématiques(contre 88 % actuellement).

Afin d’atteindre ses objectifs, le gouvernement britannique annonce un ensemble de mesures qui consisteront à :

- faire des sciences une priorité à l’école ;
- demander, à partir de 2008, à tous les élèves âgés de 14 ans, ayant obtenu une note minimale en science, d’étudier trois matières scientifiques pour les GCSEs ;
- poursuivre l’effort pour attirer des diplômes universitaires en science vers l’enseignement de la physique et de la chimie à l’école ;
- développer et piloter un programme de formation permanente délivrant un diplôme accrédité aux enseignants en sciences non spécialistes en chimie ou en physique ; ce diplôme devrait leur donner la connaissance approfondie du sujet et les méthodes pédagogiques dont ils ont besoin pour enseigner efficacement la matière.

En conclusion, les réactions de la communauté scientifique ont été rapides et variées. Certains acteurs de la R&D britannique sont assez critiques : ils estiment que le chancelier de l’échiquier cherche à utiliser la recherche publique britannique pour compenser la stagnation voire le déclin des investissements industriels en R&D, d’où les références fréquentes dans le document à l’impact économique potentiel des travaux de recherche.

Toutefois, l’attitude des conseils de recherche PPARC et CCLRC, dont les directeurs généraux n’ont d’ailleurs été prévenus qu’à la dernière minute du contenu du document gouvernemental, reste plutôt neutre. Ceux-ci, s’ils se félicitent de la volonté du gouvernement d’améliorer l’efficacité des conseils de recherche, n’ont pas réagi officiellement à l’annonce de la possibilité de fusion : ils appellent toutefois leurs communautés respectives, tout particulièrement le PPARC, à participer activement aux consultations ouvertes par le gouvernement. Si le PPARC s’est gardé de réagir, il n’en est pas de même de son ancien directeur général, Ian Halliday qui s’est déclaré « stupéfait ». Ce dernier s’est exprimé en particulier dans la revue Research Fortnight ; Ian Halliday y rappelle que le PPARC s’est attaché avec succès à équilibrer les tensions qui peuvent exister entre les financements de petite ampleur destinés à de nouvelles idées et ceux nettement plus importants accordés à de grandes installations de recherche. Selon lui, l’attribution de la responsabilité de ces financements à deux organismes différents risque de déconnecter les stratégies touchant d’une part aux grands instruments et d’autre part au bon fonctionnement des laboratoires nationaux.

Le MRC quant à lui se félicite de l’annonce de la création d’un fond de recherche conjoint MRC-DH ; c’est aussi le cas de la fondation Wellcome Trust qui ne manque toutefois pas de remarquer que, avec un milliard de livres, ce fond disposera d’un budget inférieur aux budgets actuels cumulés des MRC et DH (soit un total de 1,3 milliard de livres, environ 1,9 milliard d’euros). Universities UK, l’organisation regroupant les universités britanniques, approuve également la création de ce budget commun. Dans l’ensemble, les acteurs de la recherche britannique se félicitent plutôt du « fléchage » du budget de R&D du DH dont certains estiment qu’une bonne partie pouvait parfois être engloutie par les trusts du NHS sans vraiment apporter de résultat. Mais, à l’image de la Royal Society, de nombreux acteurs suivront de près les plans du gouvernement pour un nouvel organisme unifié de financement de la recherche en santé car ils ne voudraient pas que la recherche médicale et biologique britannique en pâtisse.

La question de l’évolution du RAE a entraîné de nombreuses réactions. Par exemple, Universities UK ne cautionnera pas l’abolition du RAE sans en connaître une alternative viable. La Royal Society note qu’un système fondé sur des indicateurs pourrait éventuellement fonctionner dans le cas des sciences expérimentales mais certainement pas pour les grands équipements, les mathématiques ou les humanités. Comme de nombreux acteurs de la R&D, la société savante ne souhaite pas une évaluation fondée sur les citations ou les facteurs d’impacts car ces critères sont jugés imparfaits.

Enfin, la Royal Society se dit « particulièrement encouragée » par l’ambition du gouvernement d’accroître le nombre d’élèves étudiant les sciences à l’école.


Sources : Science and Innovation Investment Framework 2004-2014, Science and innovation investment framework 2004-2014 : next steps, 22/03/06 ; ResearchFortnight, 23/03/06 et 5/04/06 ; HM Treasury, 31/03/06


Auteur : Dr Anne Prost

publié le 15/06/2006

haut de la page