Pour une science sans frontière : analyse d’un rapport de la Royal Society

Dans son discours d’inauguration de l’Institut Pasteur le 14 novembre 1888, Louis Pasteur affirmait que "La science n’a pas de patrie, car la connaissance appartient à l’humanité, c’est un flambeau qui illumine le monde". Plus d’un siècle plus tard, la recherche scientifique est plus que jamais une entreprise globale qui a su faire fi des barrières géographiques, politiques et sociales. Il y a aujourd’hui plus de sept millions de chercheurs dans le monde, soutenus par une dépense internationale totale en R&D de l’ordre de 1.000 Md$ (soit 45% d’augmentation par rapport à 2002) et publiant dans plus de 25.000 journaux scientifiques par an. En 2008, 1,5 million d’articles scientifiques ont été publiés par des chercheurs de 218 pays, d’un seul article en provenance de Tuvalu (Polynésie) à 98.000 au Royaume-Uni, 163.000 en Chine et 320.000 aux Etats-Unis. Plus d’un tiers des articles publiés dans des journaux internationaux résultent de collaborations internationales, en augmentation de 25% par rapport au milieu des années 1990. S’il est vrai que les avancées en termes de technologie de communication et le coût moindre des transports ont contribué de façon non négligeable à l’accroissement de la collaboration scientifique internationale, c’est avant tout la volonté des chercheurs de travailler avec leurs pairs, en utilisant les meilleures ressources, infrastructures et connaissances au monde, ainsi que leur curiosité, qui ont permis d’arriver à la situation actuelle. L’importance et la nécessité de cette collaboration scientifique sont reconnues mondialement et à maints niveaux : académique (augmentation reconnue du h index d’un chercheur en fonction du nombre de co-auteurs de nationalités différentes sur un article), économique (recherche + collaboration = innovation = croissance), politique (rôle reconnu de la diplomatie scientifique)...

La collaboration scientifique n’a jamais été aussi importante qu’à une époque où la société humaine dans son ensemble fait face à des défis sociétaux majeurs en termes de changement climatique, sécurité alimentaire et énergétique, maladies infectieuses... De Singapour à l’Afrique du sud, de nouveaux chercheurs et de nouvelles communautés scientifiques refaçonnent le paysage de la science et de l’innovation, longtemps dominé par les Etats-Unis, le Japon et l’Europe.

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Devant la croissance de l’interconnectivité des relations entre chercheurs et le paysage changeant de la recherche scientifique mondiale, avec l’émergence de nouvelles puissances telles la Chine, l’Inde et le Brésil, mais également le Moyen-Orient, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique du Nord, la Royal Society, en collaboration avec Elsevier et sous la direction d’un groupe d’experts internationaux en politique scientifique, a publié en mars 2011 le rapport Knowledge, Networks and Nations (Connaissance, Réseaux et Nations). Ce rapport a pour objectif d’analyser les tendances et d’identifier les opportunités et les bénéfices en termes de collaboration scientifique internationale. Il est structuré selon trois axes :
- le paysage scientifique mondial en 2011 ;
- la collaboration internationale ;
- les approches globales pour des problèmes globaux.

Le rapport se termine sur une liste de cinq recommandations destinées à renforcer l’effort collaboratif international.

Paysage scientifique mondial en 2011

L’architecture de la recherche scientifique a été profondément modifiée depuis le début du 21ème siècle. Non seulement les dépenses globales pour la R&D ont augmenté de façon considérable, mais la prise de conscience de la nécessité de collaborer sur la scène internationale a eu des retombées importantes en termes d’expansion de réseaux (réseaux d’individus auto-organisés ou orchestrés, financés par la communauté internationale, des grandes entreprises, des philanthropes ou des associations caritatives), de publications scientifiques, d’investissements financiers et de fuite des cerveaux.

Publications scientifiques

Si les Etats-Unis dominent traditionnellement en termes de publications scientifiques, produisant plus de 20% des publications mondiales, une modification de la tendance est observée depuis plusieurs années : sur la période 1999-2003, les Etats-Unis, la Japon, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France publiaient 53% de la recherche scientifique mondiale et la Chine arrivait en cinquième position avec 4%. Entre 2004 et 2008 cependant, ces cinq nations ont totalisé 44% de la production mondiale, la Chine étant dorénavant en deuxième place après les Etats-Unis, produisant 10% des parts mondiales de la publication scientifique (voir Figure 1a et 1b). Sur cette même période, l’Inde a supplanté la Russie dans le top 10, passant de la 13ème à la 10ème place. Des prévisions suggèrent que d’ici 2013, la Chine aura dépassé les Etats-Unis en termes de productions scientifiques (voir Figure 2). L’Iran quant à lui est le pays qui enregistre le taux de croissance le plus important au monde en termes de publications scientifiques : 736 publications en 1996 contre 13.238 en 2008.

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Investissements en R&D

Depuis le début du 21ème siècle, les dépenses globales pour la R&D ont pratiquement doublé, y compris à l’échelle de pays émergents tels la Chine, l’Inde et le Brésil, qui ont augmenté leurs contributions aux dépenses mondiales de 7%, passant ainsi de 17 à 24% entre 2002 et 2007.

La Chine est sans doute le meilleur exemple de la place accordée à la R&D au sein de ces pays dits émergents. A l’heure où le gouvernement britannique effectue des coupes budgétaires conséquentes en termes de financement de la R&D, la Chine augmente de façon régulière les dépenses consacrées à la R&D. Ainsi, depuis 1999, la Chine a augmenté ses dépenses en R&D de 20% par an pour atteindre 100 Md$ par an, soit 1,44% de son PIB en 2007, avec pour objectif 2,5% de son PIB d’ici 2020. De même, le Brésil s’est fixé pour objectif de consacrer 2,5% de son PIB à la R&D d’ici 2022, et la Corée du Sud, 5% de son PIB d’ici 2012. Au cours des 15 dernières années, la majorité des pays du G20 ont également augmenté le pourcentage de leurs PIB consacré à la R&D, à l’exception de l’Indonésie, de l’Arabie Saoudite, de la France et du Royaume-Uni (voir Figure 3). Notons que l’approche de la Turquie est très similaire à celle de la Chine. Ayant déclaré la recherche comme priorité publique dans les années 1990, le gouvernement turc a multiplié ses dépenses en R&D par six entre 1995 et 2007, passant de 0,28% de son PIB à 0,72% et augmentant le nombre de chercheurs de 43%.

De nombreux gouvernements reconnaissent ainsi que la science n’est pas l’apanage des pays riches. La technologie et l’innovation sont les clés d’un développement économique et social réussi sur le long terme, et la science et le conseil scientifique sont des atouts vitaux en termes de gouvernance. Paul Kagame, président du Rwanda depuis 2000, est, par exemple, un militant convaincu du rôle de la science pour le développement. Les ministres africains pour la science ont décidé, en mars 2010, que 2011 serait le début de la décennie de la science en Afrique, avec, comme cible, 1% du PIB consacré à la R&D. Cette cible avait cependant déjà été annoncée en 1980, et à l’heure actuelle, seule l’Afrique du Sud a alloué 0,92% de son PIB pour la R&D entre 2008 et 2009.

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Fuite des cerveaux

Les Etats-Unis et l’Europe de l’Ouest ont de tous temps été des nations à forte attractivité scientifique. Si le terme de ’fuite des cerveaux’ a été initialement exprimé à la Royal Society en 1963, époque à laquelle le Royaume-Uni peinait à empêcher l’exode de ses meilleurs éléments vers les Etats-Unis, de nos jours, la fuite des cerveaux concerne plus les pays en voie de développement. Les scientifiques de ces pays, qui vont étudier ou travailler à l’étranger, sont généralement peu enclins à rentrer dans leur pays d’origine, où il y a peu d’opportunités et des infrastructures de moindre qualité. Ceci est particulièrement un problème pour l’Afrique, qui a pourtant besoin de cette main d’oeuvre fortement qualifiée, mais offre très peu pour l’inciter à revenir. Le défi pour les gouvernements des pays émergents est de récompenser leurs scientifiques (prime de retour, salaires attractifs, avantages divers) et leur permettre de bâtir des réseaux afin de pouvoir les positionner sur la scène scientifique internationale. Entre 1978 et 2006, 1,06 million de chinois sont partis étudier à l’étranger et 70% ne sont pas rentrés en Chine. Le Thousand Talents Program, établi en 2008, a d’ores et déjà permis le retour de 600 universitaires chinois. L’Inde a, quant à elle, été jusqu’à créer un ministère spécial, le ministère des indiens de l’étranger (Ministry of Overseas Indians) afin de faciliter le retour au pays d’Indiens expatriés. La Malaisie a également établi un programme spécifique, le Talent Corporation permettant de connecter les communautés malaisiennes à l’étranger.

Malgré tous ces chiffres, il ressort de l’étude menée par la Royal Society, que les "superpuissances" scientifiques traditionnelles mènent toujours la barque : les Etats-Unis, l’Europe de l’Ouest et le Japon investissent fortement dans les activités de R&D et reçoivent des retours substantiels en termes de performance, occupant la moitié de la part des publications scientifiques mondiales et obtenant la part la plus importante des citations de ces articles. La force des centres traditionnels d’excellence scientifique et l’émergence de nouveaux acteurs sur la scène scientifique internationale pointent vers un monde scientifique "multipolaire", dans lequel les activités scientifiques sont concentrées dans des centres largement dispersés. Au-delà de ces centres, la science est également florissante, le rôle de la science en termes de croissance économique et de développement étant de plus en plus largement reconnu.

Collaboration internationale

Les fondations de la renaissance scientifique européenne ont été établies par des érudits du monde entier : l’algèbre a par exemple été introduite au 9ème siècle par un érudit de Baghdad suite à une étude des systèmes numéraires développée en Inde. Chaque continent possède sa propre histoire, riche en découvertes scientifiques, inspirées non seulement par la curiosité mais également par la nécessité. Il n’est donc pas étonnant qu’en 1663, la Royal Society aspirait à trouver l’inspiration au-delà de ses frontières, et accordait à ses membres le droit de jouir de l’intelligence et des affaires d’étrangers, en ce qui concernait les sujets philosophiques, mathématiques et mécaniques. Elle encourageait ainsi la collaboration avec des pairs, à l’échelle du pays, mais aussi internationalement.

Il en résulte qu’aujourd’hui, seuls 26% des articles de recherche publiés sont le fruit d’une seule et unique institution. La figure 4 représente l’augmentation de la proportion d’articles de recherche publiés en collaboration avec plus d’un auteur international, entre 1996 et 2008. Un cas extrême de collaboration scientifique est un papier publié en mars 2010 par Physics Letters B : 3.222 auteurs de 32 pays ont contribué à une étude conduite grâce au détecteur ATLAS au Large Hadron Collider de Genève. De même, le Human Genome Project est le fruit d’une étude sponsorisée par un consortium de 20 institutions dans six pays, permettant la collaboration de milliers de scientifiques. Si très peu de collaborations scientifiques ont cette ampleur phénoménale, il n’en demeure pas moins que toute collaboration, quelle que soit sa taille et le nombre de scientifiques impliqués, permet d’accroître l’impact de la recherche et mélanger une diversité d’expériences, de financements et d’expertise.

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Le rapport de la Royal Society met en exergue les points suivants :

1. La communauté scientifique est de plus en plus interconnectée. Plus de 35% des articles publiés dans des journaux internationaux sont le fruit de recherches collaboratives, en augmentation de 10% par rapport à la même situation il y a 15 ans (voir figure 4).

2. Les collaborations entre scientifiques augmentent pour une multitude de raisons. D’une part les développements en termes de technologies de communication et les coûts moindres des transports, et d’autre part, l’ampleur des sujets de recherche étudiés et les équipements requis, nécessitant une grande mobilité et réactivité des chercheurs. La figure 5 ci-dessous représente l’état des collaborations sur la période 2004-2008 à l’échelle mondiale (a) et à l’échelle européenne (b). La collaboration permet d’accroître la qualité de la recherche scientifique, d’améliorer son efficacité, et est de plus en plus nécessaire compte-tenu des défis scientifiques à relever.

3. Le déclencheur initial de toute collaboration est le chercheur. Dans leurs quêtes de réponses, les scientifiques cherchent à collaborer avec les meilleurs collègues, institutions et équipements, où qu’ils soient. Cette quête amène de plus en plus les gouvernements à considérer les dimensions géopolitiques et diplomatiques de la collaboration scientifique, notamment entre des régions ou pays où règnent des tensions politiques, la diplomatie scientifique s’imposant alors comme outil de dialogue. Notons à cet effet l’exemple de la collaboration USA-Iran, qui a résulté en une augmentation de 472% d’articles publiés conjointement par des auteurs des deux pays entre 1996 et 2008, ou encore le synchrotron SESAME, construit en Jordanie sur le modèle du CERN et résultant d’une collaboration entre Bahreïn, Chypre, Egypte, Israël, Iran, Jordanie, Pakistan, l’Autorité Palestinienne et la Turquie. La nécessité de résoudre des problèmes sociétaux majeurs est également un fort déclencheur pour des collaborations sur la scène internationale. C’est ainsi par exemple qu’a pu être enrayée l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) de 2002-2003, grâce à l’effort international de recherche, piloté par l’organisation mondiale de la santé.

4. Les connections entre personnes, via des réseaux formels ou informels, sont véritablement nécessaires pour l’établissement de liens. La façon dont la dynamique de réseautage, ainsi que la mobilité des scientifiques, influent sur la science globale et catalysent les collaborations internationales sont cependant encore peu comprises. Les scientifiques devraient être encouragés à établir des réseaux. Si des programmes ou des bourses prestigieuses existent à cet effet, le nombre de bourses décernées reste faible, et la compétition féroce (notons par exemple les bourses de recherches postdoctorales Humboldt (Allemagne), Marie Curie (Europe), Newton (Royaume-Uni) ou encore la Commonwealth Scholarship Commission au Royaume-Uni). Ces programmes sont très importants pour faciliter les collaborations, particulièrement pour les chercheurs en début de carrière, et pourraient être encore plus bénéfiques si une part plus conséquente des budgets de recherche était consacrée à la mobilité internationale.

5. La collaboration amène des bénéfices significatifs, à la fois mesurables (en termes de citations ou d’accès à des nouveaux marchés) et moins facilement quantifiables (élargissement des horizons de recherche).

Approches globales pour des problèmes globaux

La troisième section de l’étude explore le rôle de la collaboration scientifique internationale dans la lutte contre les défis globaux actuels.

Un ensemble de problèmes menace la viabilité de la planète et de l’humanité, qu’ils soient d’ordre sanitaire, alimentaire ou environnementale. Lors d’une réunion à la Royal Society en janvier 2010, les membres du InterAcademy Panel on International Issues (IAP, le réseau des académies scientifiques mondiales) ont identifié le changement climatique, la santé, la sécurité alimentaire, la biodiversité, l’eau, la population et la sécurité énergétique comme étant les défis les plus urgents à relever. Ces "défis globaux", qui font fi des frontières, cultures et religions, et affectent la population mondiale dans son ensemble, ont reçu beaucoup d’attention depuis plusieurs années, et font dorénavant partie intégrante des stratégies scientifiques nationales et internationales, étant au coeur de nombre de mécanismes de financement. Ces grands défis sont interdépendants et la dynamique qui les sous-tend est bien souvent complexe. Changement climatique, sécurité alimentaire, énergétique, et perte de biodiversité sont par exemple étroitement liés. Cependant, nombre de programmes de recherche sont gérés séparément, reflétant ainsi le manque de coordination, voire peut-être de compréhension des plus hautes autorités de la nécessité d’encourager la collaboration scientifique et la mobilité internationale. La science joue un rôle primordial dans la recherche de solutions à ces problématiques et les décideurs à travers le monde en sont bien conscients. C’est ainsi que l’agenda européen de la recherche met, par exemple, ces grands défis au coeur de sa stratégie.

Le trou dans la couche d’ozone et l’éradication de la variole sont deux exemples permettant de mesurer à quel point la mobilisation de la communauté internationale a pu arriver à bout de deux grandes menaces. De la prise de conscience de l’existence d’un trou dans la couche d’ozone au-dessus de l’Antarctique en 1970 au Protocole de Montréal de 1987, scientifiques, diplomates, gouvernements, ONG et représentants de l’industrie de 24 pays ont travaillé de concert, selon un effort de recherche international transparent, ouvert, crédible et revu par les pairs. Le fruit de cette collaboration fut une décision politique internationale de stopper l’utilisation industrielle de composés de chlore et de brome.

D’autres problèmes majeurs ont également pu être identifiés, mais n’ont pas toujours pu être résolus, et certains, tel le tsunami de 2004, ont eu des conséquences dramatiques. Des leçons ont été tirées de tous ces exemples qui ont jalonné l’histoire de l’humanité, et des projets ambitieux, fondés sur un éventail de mécanismes de gouvernance, coordination et financement, et impliquant de nombreuses parties prenantes, s’attèlent aujourd’hui à résoudre les problèmes les plus pressants. Qu’ils nécessitent la construction de grandes infrastructures, l’établissement de partenariats, la collaboration à grande échelle entre gouvernement et industrie ou encore l’implication de philanthropes, la Royal Society a choisi d’analyser dans son rapport cinq efforts internationaux de recherche (voir Knowledge, networks and nations pour étude) :
- le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ;
- le groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR) ;
- la fondation Bill et Melinda Gates ;
- le projet international ITER (International thermonuclear experimental reactor) ;
- les efforts globaux pour développer les systèmes de capture et séquestration de carbone.

Si la science joue un rôle phare dans la recherche de solutions aux grands défis actuels, elle ne peut cependant pas y parvenir de façon isolée et de nombreuses approches vont devoir être sollicitées : avantages financiers, incorporation de formes de connaissances non traditionnelles, et élargissement des domaines de recherche aux sciences sociales et à d’autres disciplines. La recherche scientifique est cruciale mais doit être soutenue par d’autres mécanismes.

Enfin, il est important de reconnaître que tous les pays ont un rôle à jouer et se doivent d’utiliser les résultats obtenus par la communauté scientifique à des fins d’information des instances locales, régionales et nationales.

Conclusion

Le paysage scientifique mondial a subi une transformation remarquable au cours des décennies écoulées : la collaboration internationale a pris un essor considérable, les gouvernements ont concentré de plus en plus de moyens pour l’effort de recherche et ont pris conscience du rôle de la science en tant que moteur de croissance. La recherche scientifique s’est également imposée comme outil diplomatique dans des situations où les relations politiques étaient tendues.

Si la plupart des barrières se sont écroulées au profit de la facilitation de l’effort international de recherche, notamment en ce qui concerne les efforts à fournir pour contrer les grands défis auxquels l’humanité fait face, certaines barrières persistent : la langue et l’accès aux technologies modernes de communication par exemple.

Bien que l’anglais soit majoritairement adopté comme langage international de communication scientifique, beaucoup d’articles de recherche en Amérique Latine sont publiés en espagnol ou en portugais, et il en va de même pour la recherche publiée en Chine, qui l’est majoritairement en chinois. Tous les pays ne sont pas non plus égaux en termes d’avancées technologiques. Si l’Internet a facilité de façon drastique la communication et la collaboration, moins de 5% d’Africains l’utilisaient en 2006 contre plus de 50% des habitants des pays du G8. Non loin de chez nous, au sein de l’Europe, les disparités sont également frappantes : en 2007, 20% des Bulgares et des Roumains utilisaient ce moyen de communication contre 75% des habitants des pays nordiques. De plus, la croissance en termes d’accès à Internet est extrêmement lente dans les pays où la population a de faibles revenus : il aura fallu 10 ans pour passer de 0,06% à 6% d’accès à Internet dans ces pays.

Enfin, si grâce aux moyens technologiques modernes et aux coûts de moins en moins élevés des transports, la collaboration internationale est devenue plus abordable, elle n’en est pas bon marché pour autant.

Le rapport de la Royal Society clôt sur cinq recommandations destinées à renforcer la collaboration scientifique sur la scène internationale :
- Le soutien à l’effort de recherche international doit être maintenu et renforcé : 1) les gouvernements doivent maintenir leurs investissements pour la recherche, même en ces temps économiquement difficiles, 2) les activités internationales et les collaborations doivent être ancrées dans les stratégies nationales scientifiques et d’innovation, et 3) la participation des gouvernements à des projets multinationaux ou en termes d’infrastructures de grande échelle ne doit pas constituer la cible prioritaire en période de difficultés économiques.
- La recherche scientifique collaborative internationale doit être encouragée, soutenue et facilitée. Les organismes finançant la recherche doivent permettre l’internationalisation de la recherche et la création de réseaux, les barrières aux flux de personnes qualifiées doivent être assouplies et les politiques de recherche nationales doivent être plus souples.
- Des stratégies nationales et internationales pour la science sont nécessaires afin d’aborder les grands défis auxquels nous faisons face : minimisation de la duplication et maximisation de l’impact, partage de bonnes pratiques, coordination des efforts.
- Le renforcement des compétences internationales est crucial pour permettre le partage des résultats de la recherche. Les chercheurs et financeurs de la recherche doivent s’engager à développer les compétences dans les pays moins développés pour leur permettre de prendre part à l’effort de recherche international. Un soutien financier doit être disponible pour permettre aux auteurs des pays en voie de développement de publier dans des journaux en open access. Enfin, c’est un devoir pour les académies et les sociétés savantes de promouvoir le dialogue avec le public.
- De meilleurs indicateurs sont nécessaires de façon à pouvoir évaluer de façon plus pertinente l’impact économique et sociétal de la recherche scientifique internationale.


Sources :
Knowledge, networks and nations : global scientific collaboration in the 21st century, rapport de la Royal Society, mars 2011- http://redirectix.bulletins-electroniques.com/n9oVj


Auteur : Maggy Heintz

publié le 16/05/2011

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