Prix Lasker - deux britanniques récompensés

Deux scientifiques britanniques, Edwin Southern et Alec Jeffrey, ont reçu le prix Lasker 2005 dans la catégorie « recherche médicale clinique ». Les travaux du premier ont mené au développement de la technique « Southern blotting » permettant d’identifier des séquences données d’ADN du génome humain alors que le second a utilisé ce « Southern blotting » pour mettre au point une méthode de « genetic fingerprinting ». Chacune à leur manière, ces techniques ont révolutionné l’analyse génétique et les diagnostics médico-légaux.

L’histoire commence dès 1975 à l’époque où l’ADN recombinant et le clonage des gènes font tout juste leur apparition dans les sphères de la recherche, et que le génome humain n’est encore considéré que comme un imbroglio de dizaines de milliers de fragments d’ADN. Grâce aux enzymes de restriction (enzymes capables de couper l’ADN en des sites uniques et spécifiques), Edwin Southern imagina que les fragments d’ADN ainsi obtenus pouvaient être séparés par électrophorèse sur gel d’agarose avant d’être transférés sur une membrane de nylon. Après incubation avec une sonde radioactive capable de se lier spécifiquement à une séquence spécifique d’ADN d’un fragment donné, les fragments en question sont capturés visuellement sur un film à rayons X qui ressemble alors de près à un code barre de produit de supermarché. C’est cette capacité de transfert de l’ADN depuis le gel d’agarose vers la membrane de nylon (« soak liquid out of jelly ») qui a permis de faire passer l’ADN du domaine théorique à celui très pratique, depuis la paillasse jusqu’au patient.

À la suite de cette découverte et à partir de 1977, Alec Jeffrey devint un fervent utilisateur du « Southern blotting » pour étudier l’évolution des gènes dans des lignées familiales. Cette technique lui permit par exemple de constater que le gène de la myoglobine présentait des motifs différents selon les individus avant de démontrer que ces différences de motifs provenaient de répétitions en tandem des fragments d’ADN, appelées dans le jargon « minisatellites ». Mais la grande découverte vint en 1984, lorsqu’Alec Jeffrey observa que les minisatellites (présents dans de nombreux gènes) partageaient tous une séquence d’ADN quasi-identique qui pourrait être utilisée comme sonde pour se lier à de nombreux minisatellites (et donc gènes) simultanément. Les résultats qu’il obtint en faisant l’expérience furent extraordinaires : chaque individu révéla un motif unique de minisatellites, permettant son identification, un peu à l’image des empreintes digitales. C’est de cette analogie qu’est née le nom de la technique, « genetic fingerprinting ».

Les applications et implications pour la société sont considérables : outre la transformation radicale des méthodes d’études médico-légales depuis l’introduction des empreintes digitales il y a plus d’un siècle, il est possible d’identifier des victimes à partir de fragments de tissus à la suite de désastres naturels, de suivre les cellules d’un donneur d’organe et de son bénéficiaire à la suite de transplantation d’organes ou de moelle osseuse... Pour la petite histoire, cette technique a permis d’établir que le président des Etats-Unis, Thomas Jefferson, était le père de l’enfant d’une de ses esclaves... mais aussi que la brebis Dolly était réellement un clone.

Le prix Lasker
Mary Lasker institua un prix du même nom il y a maintenant 60 ans en raison de sa vision philosophique de la recherche clinique : récompenser les avancées de la recherche médicale fondamentale obtenues sur la paillasse au laboratoire et ouvrant ainsi de nouveaux champs d’investigation de la biologie en même temps que celles de la recherche médicale clinique réalisées au profit des patients et contribuant à la transformation de la pratique clinique. Les lauréats reçoivent une statuette de la sculpture grecque « la victoire de Samothrace », créée par les grecs dans la période 190-180 avant J-C. et considérée comme l’un des plus grands trèsors du Louvre, sur laquelle est gravée une citation de la recherche ayant mené au prix. Mary Lasker choisit cette statue comme symbole de la victoire « sur le handicap, la maladie et la mort ».

Souvent désigné comme le « Nobel américain », le prix Lasker a, au cours des années, récompensé 254 scientifiques parmi lesquels 70 ont par la suite reçu le prix Nobel (19 d’entre eux au cours des 15 dernières années). Citons par exemple le tout premier lauréat en 1946, Carl Cori, à l’origine de la découverte de l’enzyme métabolisant le glucose en glycogène puis à nouveau en glucose. Les historiens de la science contemporaine reconnaissent Cori comme un des géants de la biochimie du 20ème siècle, comme le démontrent les statistiques suivantes : six des jeunes biochimistes ayant été formés dans son laboratoire furent nobélisés.

Source : Lasker Foundation, 26/09/05, www.laskerfoundation.org

publié le 18/11/2008

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