> Publication de la feuille de route 2005 pour les grands équipements britanniques - jan 2006

Tous les deux ans depuis juin 2001, l’Office of Science and Technology (OST) puis Research Councils UK (RCUK l’organisme qui chapeaute les huit conseils de recherche britanniques) publient la feuille de route nationale pour les grands équipements (Large Facilities Roadmap). Faisant suite à la consultation du monde de la recherche organisée au printemps 2005 (cf. Actualités Scientifiques au Royaume-Uni, avril 2005, p. 25), ce document, qui couvre toutes les disciplines universitaires, donne un aperçu complet des nouvelles installations déjà en construction, et renseigne sur les équipements de grande taille que le gouvernement et les conseils de recherche britanniques souhaiteraient voir disponibles pour les chercheurs du pays au cours des 10 à 15 prochaines années. Cette feuille de route a deux objets :

- elle énonce les priorités britanniques ;
- l’OST et RCUK l’utilisent pour prendre des décisions stratégiques quant à l’accès des chercheurs britanniques aux installations de niveau international et quant au financement britannique des projets prioritaires.

Des projets d’équipement d’importance stratégique peuvent être inclus dans la feuille de route s’ils remplissent au moins un des critères suivants :

- l’installation proposée présente une dimension internationale ainsi qu’une possibilité de partager des coûts et de développer des relations profitables à la science britannique ;
- l’installation proposée répond aux besoins de communautés de recherche dépendant de plus d’un conseil de recherche ;
- l’investissement nécessaire est supérieur à 25 millions de livres (environ 36 millions d’euros), et il représente une part significative de la ligne budgétaire d’un conseil de recherche.

La feuille de route ne contient pas tous les projets dans lesquels les scientifiques britanniques souhaiteraient être impliqués. Plutôt, elle se concentre sur ceux qui ont été identifiés comme de première importance par les conseils de recherche. De plus, l’inclusion d’un projet dans la feuille de route ne garantit ni la participation britannique à celui-ci ni un engagement de financement de la part du gouvernement ou des conseils de recherche. Chaque projet retenu dépend d’un conseil de recherche « leader » qui s’en fait l’avocat.

Le Royaume-Uni consacre annuellement environ 230 millions de livres (environ 335 millions d’euros) aux dépenses d’investissement liées aux équipements de grande taille. De façon générale, ces projets sont financés par plusieurs sources qui incluent les conseils de recherche, les souscriptions internationales, les ministères départementaux, les fondations, les organismes internationaux ou encore le Large Facilities Capital Fund (LFCF) géré par l’OST. Ce fonds est utilisé pour financer des projets d’infrastructures à la fois stratégiques et de grande taille au sein des universités britanniques et des instituts dépendant des conseils de recherche. Son budget annuel s’élève à environ 100 millions de livres (environ 145 millions d’euros).

Comme on l’a vu, l’inclusion d’un projet dans la feuille de route ne garantit pas son financement car les fonds publics disponibles sont insuffisants pour financer tous les projets. La publication de la feuille de route est donc toujours suivie par un exercice de hiérarchisation effectué par l’OST, conseillé sur le sujet par RCUK.

Dans la feuille de route 2005, les projets d’équipements sont classés en deux catégories : les projets actuellement en construction et les projets proposés. Cette dernière catégorie inclut 11 projets impliquant des collaborations internationales parmi les 20 listés. Il est probable que beaucoup de ces installations ne seront pas construites sur le sol britannique ; toutefois, RCUK estime que le Royaume-Uni devrait se porter candidat pour accueillir une des installations internationales ou davantage. En effet, l’accueil d’un équipement de cette taille démontre un leadership scientifique, attire des investissements et des talents internationaux. Le pays hôte peut également obtenir une plus grande proportion de contrats techniques et profiter du développement de clusters d’entreprises. Toutefois, le risque est également d’engendrer des coûts additionnels substantiels pour le pays hôte.

1. Les projets déjà en construction

Les projets suivants sont en cours de construction et disposent de financements du Large Facilities Capital Fund. Pour chaque projet, le conseil de recherche responsable est indiqué entre parenthèses.

1.1 Le synchrotron Diamond (CCLRC)
Le gouvernement et le Wellcome Trust financent les 250 millions de livres (environ 364 millions d’euros) du projet. La première phase du projet correspond à la construction de la machine et des sept premières lignes de lumière. Il est prévu que Diamond rentre en opération en 2007.

1.2 La phase 2 du synchrotron Diamond (CCLRC)
La phase 2 du projet verra la livraison de 14 lignes de lumière supplémentaires d’ici 2011. Elle est financée à hauteur de 120 millions de livres (environ 175 millions d’euros) par le gouvernement et de 16,8 millions de livres (environ 24 millions d’euros) par le Wellcome Trust.

1.3 Le complexe de recherche du synchrotron Diamond (MRC)
Ce complexe fournira de nouveaux laboratoires de préparation aux scientifiques utilisant le synchrotron. En effet, des échantillons de bonne qualité diminuent le temps d’analyse sur le synchrotron et permettent à davantage de scientifiques d’utiliser la machine. 26 millions de livres (environ 38 millions d’euros) ont été alloués par le LFCF à la construction d’infrastructures et de ce complexe de recherche qui devrait être prêt en 2009.

1.4 La deuxième source de neutrons pour ISIS (CCLRC)
Le gouvernement britannique s’est engagé à investir 100,4 millions de livres (environ 146 millions d’euros) dans la création d’une deuxième source pour ISIS, la source de neutron installée au Rutherford Appleton Laboratory (RAL) près d’Oxford (cf. Actualités Scientifiques au Royaume-Uni, avril 2003, p. 19). La mise en service de cette source est prévue pour 2007-08.

1.5 L’instrumentation de la deuxième source pour ISIS (CCLRC)
Un ensemble complet d’instruments est conçu et construit pour la deuxième source. Il devrait être utilisé par les scientifiques britanniques travaillant dans des domaines aussi vastes que la science des matériaux, la biologie moléculaire ou les environnements extrêmes. Six nouveaux instruments devraient être opérationnels à la mise en route de la source prévue pour 2007-08.

1.6 L’Institute for Animal Health - Pirbright Laboratory (BBSRC)
Le Pirbright Laboratory mène des activités de recherche et de surveillance dans le domaine des maladies « exotiques », très contagieuses, et principalement virales, des animaux de ferme. Un nouveau bâtiment, répondant à toutes les exigences modernes, est en cours de construction et devrait être livré en 2010.

1.7 Muon Ionising Cooling Experiment (MICE) : le refroidissement par ionisation des muons (PPARC)
Pour mieux comprendre la physique des neutrinos, les physiciens ont proposé le développement de l’usine à neutrinos. Cette usine devrait produire des faisceaux intenses de neutrinos dont les caractéristiques seraient connues. La première étape du développement de la technologie de l’usine à neutrinos est l’expérience de refroidissement par ionisation de muons MICE qui sera installée au RAL (cf. Actualités Scientifiques au Royaume-Uni, avril 2005, p. 35). En effet, la première étape du cycle de production des neutrinos consiste à bombarder une cible métallique avec des protons de haute énergie. Des muons sont alors produits qui doivent être refroidis suivant une technique complexe et subtile : l’objectif de MICE est de démontrer la faisabilité de cette technique. La contribution britannique à ce projet se décompose en 7,5 millions de livres (environ 11 millions d’euros) provenant du LFCF, 1,28 millions de livres (environ 1,9 millions d’euros) provenant du PPARC et 920 000 livres (environ 1,3 millions d’euros) provenant du CCLRC.

1.8 La station de recherche Halley, Antarctique (NERC)
Cette station de recherche appartient au conseil de recherche Natural Environment Research Council (NERC) et est opérée par le British Antartic Survey, un des instituts du NERC. Etablie pour la première fois en 1956 sur barrière de glace Hunt, la station va être reconstruite pour la 6ème fois. En effet, l’accumulation de neige et les mouvements de la glace obligent au démontage de la station et à sa reconstruction ailleurs, sous peine de la voir dériver avec la glace dans la mer. La nouvelle station devrait être achevée en 2010.

1.9 HECToR - Calcul de haute performance (EPSRC)
HECToR (pour High End Computing Terascale Resources) inclura, entre autres, un système spécifique pour la chromodynamique quantique, de capacités de gestion de données élevées, des outils de visualisation, des logements, un support informatique et technique et des activités de formation. Le coût de cet équipement s’élève à 102,2 millions de livres (environ 149 millions d’euros). Il est prévu que les services d’HECToR, gérés par l’EPSRC pour le compte des autres conseils de recherche, débutent en 2007.

Le navire de recherche océanographique RRS James Cook (NERC)
Ce navire de 5 000 tonnes opèrera dans le monde entier. Sa conception lui permettra d’affronter des mers plus fortes que les autres navires du conseil de recherche NERC. Sa manoeuvrabilité et ses installations techniques devraient également s’avérer supérieures. En juillet 2004, le NERC a attribué un contrat de construction d’un montant de 36 millions de livres (environ 52 millions d’euros). La navire devrait remplacer le RRS Charles Darwin au cours de l’été 2006.

1.11 Le re-développement du Laboratory for Molecular Biology (MRC)
Ce laboratoire, situé à Cambridge, se consacre à la compréhension des processus biologiques au niveau moléculaire. Le nouveau bâtiment en construction devrait fournir des équipements dernier cri et aux standards internationaux. L’opération de modernisation et d’expansion coûte 155 millions de livres (environ 226 millions d’euros) et devrait s’achever en 2010.

1.12 La phase exploratoire pour la source de lumière de 4ème génération (4GLS) - (CCLRC)
4GLS sera une machine de rayonnement synchrotron de 4ème génération, susceptible de fournir un rayonnement continu ou pulsé d’une très grande brillance et couvrant un large spectre (des rayons X à l’infrarouge lointain). La phase exploratoire de ce projet consiste en une période d’étude de trois ans destinée à établir le savoir faire technique nécessaire à la construction de cet équipement de recherche innovant. Cette phase inclura la construction d’une installation de test prototype (cf. Actualités Scientifiques au Royaume-Uni, avril 2003, p. 17). Les 11,5 millions de livres (environ 17 millions d’euros) alloués au projet se scindent en 8 millions de livres (environ 12 millions d’euros) provenant du LFCF et 3,5 millions de livres (environ 5 millions d’euros) provenant du CCLRC.

2. Les propositions d’équipements

Ces propositions sont au nombre de vingt. Les conseils de recherche ont estimé que ces vingt projets présentent une importance stratégique pour le Royaume-Uni si le pays souhaite maintenir l’accès de ses chercheurs à des installations de classe internationale au cours des 10 à 15 années à venir. Les projets ont été classés par ordre alphabétique et les coûts ne sont qu’indicatifs. Pour chaque projet sont précisés le conseil de recherche « leader » et, le cas échéant, le caractère international.

2.1 La phase 3 du synchrotron Diamond (CCLRC)
La phase 3 couvre la conception, l’approvisionnement, la construction et la mise en service de dix lignes de lumière. Deux lignes devraient être construites chaque année pour devenir opérationnelles entre 2011/12 et 2014/15. Les nouvelles lignes viendront en complément de celles construites au cours des phases 1 et 2 et porteront le nombre total à 32. Le projet comprend également un programme de développement pour un détecteur et de l’instrumentation. Le coût estimé du projet s’élève à 77 millions de livres (environ 112 millions d’euros) sur huit ans.

2.2 Le service européen de calcul haute performance (EPSRC, projet international)
Les systèmes de calcul de haute performance à venir promettent d’être si coûteux en finances et en ressources qu’il sera impossible de les construire au niveau national. Selon RCUK, la mise en place d’un service européen de calcul haute performance (ou HPC pour High Performance Computing) assurerait aux pays européens la capacité de poursuivre leurs recherches en utilisant des simulations sur ordinateur. Dans le cadre du 7ème PCRD, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont proposé d’établir trois services HPC, soit un tous les deux ans sur une période de six ans. Chacun des trois pays accueillerait un des centres sur son sol, centre qui pourrait alors être utilisé par tous les pays européens. Si le Royaume-Uni obtenait un de ces services, il répondrait aux demandes émergeant pour la génération de machine de haute performance suivant HECToR. Le coût d’investissement de chacun de ces services est estimé à 200 millions d’euros. Cette somme se décomposerait en 15 % pour l’industrie, 35 % pour la Commission Européenne, 25 % pour le pays hôte et 25 % pour les autres pays participants. Si le Royaume-Uni accueillait le deuxième service et que la France et l’Allemagne étaient les uniques partenaires, alors les britanniques devraient débourser 100 millions d’euros sur six ans.

2.3 Le Extremely Large Telescope (PPARC, projet international)
Le terme télescope extrêmement grand (ou ELT) recouvre les télescopes d’un diamètre compris entre 20 et 100 mètres. A court terme, le Royaume-Uni participe à l’étude de conception de l’ELT dans le cadre du 6ème PCRD.

On estime le coût d’un projet ELT à 1 milliard d’euros ce qui implique qu’il ne pourra s’agir que d’un effort international. Le Royaume-Uni a choisi de jouer un rôle proactif dans le domaine des ELT, comme il l’a fait pour le collisionneur linéaire. En effet, le conseil de recherche PPARC estime que le pays, du fait de la qualité des travaux de ses astrophysiciens, est idéalement placé pour unifier les aspirations des européens et des américains. Le coût du projet pour le Royaume-Uni est estimé à environ 70 millions de livres (environ 102 millions d’euros) sur la base d’une mise en fonctionnement en 2014.

2.4 La source de lumière de 4ème génération (4GLS) - (CCLRC)
Cette nouvelle source de lumière est conçue pour étudier les processus moléculaires en temps réel et les réactions dans des systèmes de courte durée de vie, nanostructurés ou ultra dilués et ce à une échelle de temps de l’ordre de la femtoseconde (soit 10-15 seconde). Elle serait utilisée pour étudier des systèmes dynamiques, par exemple les systèmes moléculaires, par opposition à l’aspect plutôt « statique » des travaux menés sur les sources de rayonnement synchrotron de 3ème génération ou sur les lasers à électrons libres à rayons X à venir. Les mesures résolues en temps, aussi bien dans le domaine des sciences de la vie que dans le domaine des nanosciences, constituent le thème majeur du dossier scientifique du projet proposé. 4GLS viendrait également en complément du laser à électrons libres à rayons X TESLA, des lasers de table et de la troisième génération de sources disponibles pour la communauté de chercheurs britanniques. Le coût de la construction de 4GLS est estimé à 180 millions de livres (environ 262 millions d’euros) sur cinq ans (de 2007/08 à 2011/12).

2.5 Les installations de fusion (EPSRC)
Le Royaume-Uni dispose d’une tradition de recherche dans le domaine de la fusion, que ce soit à travers les travaux menés au centre de UK Atomic Energy Agency de Culham ou par l’accueil du Joint European Torus (également sur le site de Culham). On trouve en particulier à Culham le tokamak sphérique MAST. Les tokamaks sphériques, dont le Royaume-Uni a été un des pionniers, atteignent les pressions de plasma nécessaires en utilisant des champs magnétiques plus faibles que ceux employés sur les tokamaks conventionnels (du type JET ou ITER). Selon RCUK, ils pourraient donc servir de base à des générateurs plus compacts et non supraconducteurs (et donc moins chers).

MAST doit maintenant être amélioré si les physiciens veulent être en mesure d’établir le potentiel réel du concept du tokamak sphérique mais également si le Royaume-Uni souhaite maintenir sa position de tête dans un domaine qu’il a contribué à créer. Le coût d’investissement de la modernisation de MAST est estimé à 30 millions de livres (environ 44 millions d’euros) ; les coûts de maintenance et d’opération annuels croîtraient de 1,5 millions de livres actuellement à environ 7 millions de livres (financés à hauteur de 20 % par Euratom et de 80 % par le conseil de recherche EPSRC). La phase modernisation devrait durer quatre ans.

2.6 L’observatoire d’ondes gravitationnelles (PPARC, projet international)
La première génération de détecteurs d’ondes gravitationnelles « long baseline » (LIGO, GEO 600 et TAMA 300) sera bientôt rejointe par l’expérience VIRGO. Le Royaume-Uni participe a GEO 600 (un projet germano-britannique) et Advanced LIGO (le plan de modernisation de l’expérience LIGO). Des collaborations sont en développement avec des collaborations franco-italiennes pour améliorer VIRGO. Le Royaume-Uni souhaite collaborer, avec ses partenaires européens, à l’amélioration de GEO 600 et de VIRGO car il estime que ces améliorations sont nécessaires si l’Europe souhaite contribuer au réseau mondial de détecteurs. La participation du Royaume-Uni devrait permettre à ses scientifiques d’accéder à davantage de données et consolider sa position pour la prochaine génération de détecteurs européens. La contribution dans ce domaine serait de 31 millions de livres (environ 45 millions d’euros) et s’étalerait de 2007/08 à 2016/17.

2.7 Les lasers de puissance (CCLRC, projet international)
Le Royaume-Uni dispose de compétences de premier ordre dans le domaine des lasers de puissance puisqu’il héberge un des lasers les plus puissants au monde (le laser VULCAN installé au Rutherford Appleton Laboratory). Cette expertise attire des demandes d’accès provenant du monde entier, en particulier d’Europe, des Etats-Unis et du Japon. Au cours des cinq années à venir, de nombreux lasers de forte puissance devraient entrer en fonctionnement à travers le monde. Des travaux récents, réalisés dans le cadre d’une collaboration nippo-britannique, ont montré la possibilité d’obtenir la fusion en utilisant des lasers plus petits que ceux employés dans des installations actuelles de fusion par confinement inertiel. Le projet européen HiPER (pour High Power Experimental Research) a donc été proposé par 7 pays européens. La contribution britannique à HiPER est évaluée à 160 millions de livres (environ 233 millions d’euros), soit 30 % du coût total qui s’élèverait à 500 millions de livres (environ 727 millions d’euros). Cet investissement serait étalé sur 5 ans à partir de 2010/11.

2.8 Base de données sur les ménages (ESRC)
Il s’agirait de créer la plus importante base de données sur les ménages au monde. Elle devrait comprendre des informations sur environ 40 000 foyers dont les membres seraient interrogés tous les ans. Pour la première fois, la base de données intégrerait une large gamme de paramètres sociaux et économiques ainsi que des données bio-medicales (par exemple ADN et échantillons sanguins ou de tissus). Cette étude coûterait 40 millions de livres (environ 58 millions d’euros) sur cinq ans.

2.9 Instrumentation pour la deuxième source d’ISIS - phase 2 (CCLRC)
La phase 1 de l’instrumentation destinée a la deuxième source d’ISIS est déjà financée. La phase 2 correspond à l’installation d’environ deux instruments par an de 2007 à 2014. Ces instruments devraient créer de nouvelles possibilités pour l’étude des structures à l’échelle mesoscopique, pour l’imagerie directe, pour sonder des dynamiques plus lentes (dans le cas de la matière molle et des bio-materiaux), pour élargir les capacités de diffraction dans le cas des études en haute résolution des monocristaux et pour étudier l’impact des environnements extrêmes (pression, température et champ magnétique). Le coût de construction de cette série d’instruments s’élèverait à 90 millions de livres sur six ans (environ 131 millions d’euros).

2.10 Le collisionneur linéaire (PPARC, projet international)
La communauté internationale des physiciens des particules a identifié un collisionneur linéaire opérant à des énergies comprises entre 0,5 et 1 TeV comme sa priorité principale. L’objectif est alors de fournir, d’ici 2008, un projet de conception assorti d’un coût de revient. Le projet sera passé en revue en 2010, à la lumière des résultats obtenus sur le Grand Collisionneur de Hadrons, le LHC actuellement en construction au CERN. Si les résultats du LHC sont conformes aux attentes, la construction du collisionneur serait alors mise en route pour une mise en service prévue en 2015. Un groupe d’universités britanniques et le conseil de recherche CCLRC ont développé une expertise de haut niveau dans le domaine des systèmes de délivrance du faisceau. La R&D menée par ces chercheurs britanniques ferait partie intégrante de la conception du collisionneur et conforterait ainsi la position du Royaume-Uni pour les futurs projets d’accélérateurs. En se concentrant dans ce domaine, le Royaume-Uni pourrait acquérir une place de leader international. Mais un rôle leader signifierait que le Royaume-Uni devrait investir environ 200 millions de livres (environ 291 millions d’euros) en valeur de 2010. En outre, la contribution britannique totale aux détecteurs du collisionneur devrait être du même ordre que pour les détecteurs du LHC, soit 140 millions de livres (environ 204 millions d’euros) en valeur de 2010.

2.11 La source à spallation Megawatt européenne (CCLRC, projet international)
Actuellement, les scientifiques britanniques ont accès aux sources de neutrons les plus puissantes au monde. A court terme, le Royaume-Uni souhaite renforcer ces possibilités grâce à sa participation financière au programme Millenium de l’Institut Laue Langevin et grâce à la construction de la deuxième source sur ISIS. ISIS est elle-même une source à spallation : on désigne par spallation une réaction nucléaire à haute énergie dans laquelle un noyau-cible frappé par une particule incidente de haute énergie émet un jet de particules plus légères et produit un noyau dont la masse est en général comparable à celle du noyau d’origine. Dans le cas d’ISIS, les neutrons sont produits en bombardant une cible de tungstène avec des protons de haute énergie. A plus long terme, les britanniques estiment qu’ils devront avoir accès, pour rester compétitifs, à une source de type Mégawatt. Un tel projet nécessitera une collaboration globale au niveau européen. Le Royaume-Uni évalue le montant de sa contribution à une installation de ce type à environ 300 millions de livres (environ 436 millions d’euros en excluant le coût du site), sachant que le coût total du projet atteindrait environ 500 millions de livres (environ 727 millions d’euros).

2.12 Installation de fabrication pour les nanotechnologies (EPSRC)
La nanoélectronique à base de silicium constitue une priorité stratégique pour le Department of Trade and Industry (DTI, le ministère du commerce et de l’industrie britannique). Une mini-fabrique, organisée autour de 6 à 8 clusters d’outils, permettrait :

- une grande flexibilité dans les techniques de pointe d’élaboration et de traitement des plaquettes de silicium ;
- l’intégration avec les activités de nanotechnologies et les infrastructures de recherche existantes au Royaume-Uni.

Des partenariats stratégiques avec l’industrie seraient établis afin d’assurer la compatibilité entre les besoins des utilisateurs et les marchés potentiels. Une telle installation ferait partie intégrante de l’infrastructure qui doit être mise en place pour que le Royaume-Uni retire des profits de la révolution nanotechnologique. Les besoins d’investissement atteindraient environ 50 millions de livres (environ 73 millions d’euros) et le budget opérationnel s’élèverait à environ 5 millions de livres (environ 7 millions d’euros).

2.13 Installations pour les neutrinos (PPARC, projet international)
Au Royaume-Uni, on note un important volume d’activité dans le domaine de l’étude des neutrinos. Les scientifiques britanniques sont impliqués dans l’expérience NEMO (pour Neutrino Mediterranean Observatory) installée à Fréjus. Mais NEMO ne présente pas la sensibilité nécessaire pour observer des doubles-désintégrations bêta sans émission de neutrinos. La collaboration internationale NEMO a donc déjà commencé à planifier le projet Super-NEMO. Une étude de conception a été proposée par des groupes britanniques : idéalement, ces chercheurs souhaiteraient pouvoir jouer un rôle majeur dans la construction et l’exploitation de la machine. Le site d’installation éventuel n’a pas encore été choisi mais le Royaume-Uni pourrait proposer d’accueillir l’expérience sur le site de la mine de Boulby (côte nord est de l’Angleterre). Il est prévu que l’étude de conception dure deux ans avec une prise de décision en 2007/08. Le coût de construction de SuperNEMO est estimé à 30 millions de livres sur deux ans (environ 44 millions d’euros, ce chiffre inclut les infrastructures du laboratoire). L’expérience fonctionnerait ensuite pour au moins cinq ans afin d’en tirer le plus possible de résultats.

2.14 L’usine à neutrinos (PPARC, projet international)
Le Rutherford Appleton Laboratory du CCLRC pourrait accueillir l’usine à neutrinos en se fondant sur l’expérience ISIS. Les autres sites possibles incluent le CERN, le Brookhaven National Laboratory (Long Island, New York), le Fermilab (Illinois) et le laboratoire KEK (Japon). Plusieurs années seront nécessaires pour développer la technologie de l’usine à neutrinos ; MICE (cf. ce qui précède) en constitue la première étape.

On ne dispose d’aucune estimation de coût détaillée pour l’usine à neutrinos mais la facture devrait dépasser les deux milliards de livres (environ 3 milliards d’euros). S’il était choisi pour accueillir l’installation, le Royaume-Uni devrait contribuer à environ 50 % du coût. Dans le cas contraire, la contribution britannique serait de l’ordre de 200 millions de livres (environ 291 millions d’euros). La construction débuterait en 2010.

2.15 Navire de recherches océanographiques (NERC)
Le conseil de recherche NERC dispose de deux navires de recherche océanographiques : le Discovery et le Charles Darwin (remplacé en 2006 par le James Cook). Le Discovery atteindra sa fin de vie scientifique en 2011, après 49 ans de service. Le NERC souhaiterait son remplacement par un navire capable d’assurer des campagnes scientifiques multidisciplinaires de grande ampleur. Le remplacement du Discovery coûterait 55 millions de livres (environ 80 millions d’euros) et le NERC a déjà affecté 30 % du financement nécessaire (soit 16,5 millions de livres). Le navire serait livré en 2011.

2.16 Les faisceaux de particules radioactives (EPSRC, projet international)
L’Europe est fort bien placée pour dominer le développement de la physique nucléaire dans les décades à venir. L’ouverture de nouvelles installations de faisceaux de particules radioactives est anticipée au GSI (Allemagne), au GANIL (France), à Legnaro (Italie), à Munich (Allemagne) et au CERN (Suisse). Un plan européen à long terme, publié en 2004, a identifié la construction de l’installation FAIR (pour Facility for Anti-proton and Ion Research) au GSI comme la priorité principale pour le développement de la physique nucléaire en Europe. Des projets d’ampleur similaire sont d’ailleurs en cours de développement au Japon et aux Etats-Unis. Le protocole d’entente de FAIR a été signé par le conseil de recherche CCLRC pour le compte du Royaume-Uni. Mais les conditions de participation à l’expérience devraient être formalisées d’ici à l’été 2006. La décision de rejoindre l’expérience doit donc être prise prochainement. Toutes aussi importantes sont l’orientation et l’équipement scientifiques de FAIR. Le conseil de recherche EPSRC souhaite donc que le Royaume-Uni s’engage afin de continuer à influencer les décisions de telle sorte que les objectifs scientifiques de FAIR reflètent les intérêtsbritanniques.Lalimitesupérieuredescoûtsdeconstructionde FAIR a été fixée à 650 millions de livres (environ 945 millions d’euros) dont 78 millions de livres consacrés à l’instrumentation. La première estimation des coûts de fonctionnement annuels s’élève à 110 millions d’euros. La contribution britannique est estimée à 16,8 millions de livres (environ 24 millions d’euros) sur cinq ans.

2.17 La rénovation du National Institute for Medical Research (MRC)
Le laboratoire National Institute for Medical Research NIMR du conseil de recherche MRC devrait être déplacé sur l’ancien site du National Temperance Hospital, adjacent au campus principal de University College London (UCL). Le nouveau bâtiment devrait abriter mille personnes issues du NIMR et de UCL. Le coût du déménagement vers UCL s’élève à 240 millions de livres (environ 349 millions d’euros), venant en plus d’une contribution de UCL d’un montant de 45 millions de livres (environ 65 millions d’euros). La construction du bâtiment pourrait commencer en janvier 2009.

2.18 Le Square Kilometre Array (PPARC)
Pour la communauté internationale de radio astronomes, le Square Kilometre Array (SKA) constitue, la prochaine étape majeure dans le domaine des longueurs d’onde métriques et centimétriques. Cette installation serait de nature globale et l’Europe y jouerait un rôle moteur. Il s’agirait d’un interféromètre composé d’environ 100 « stations » de collection, chacune d’une surface d’environ 10 000 m2, et réparties sur des centaines de kilomètres. Le développement de SKA constitue une tâche complexe et la communauté britannique de radioastronomie a créée le SKA Consortium qui regroupe six universités. Le PPARC souhaite que le Royaume-Uni assume un rôle de leader dans la phase de R&D de l’étude de conception de SKA ; le pays se trouverait alors en bonne position pour jouer un rôle majeur dans la conception et la construction de l’expérience. Il est fort probable que le coût de ce projet international s’élèverait à plus d’un milliard d’euros, l’Europe en assumant 40 %. La part britannique serait alors de l’ordre de 70 millions de livres (environ 102 millions d’euros). Cette installation devrait être achevée en 2020.

2.19 La mise à niveau de l’ESRF (CCLRC, projet international)
Dans le cadre de son exercice de planification financière, l’ESRF (pour European Synchrotron Radiation Facility) a développé un programme scientifique à moyen terme (le MTSP pour Medium Term Scientific Programme) : ce programme constitue une feuille de route sur cinq ans et qui est mise à jour chaque année. Le programme de mise à niveau à long terme se fonderait sur le MTSP avec comme objectif d’assurer une position scientifique dominante pour l’ESRF dans les dix à vingt années à venir. Dans ce cadre, des lignes seraient construites ou rénovées. La contribution britannique à ce programme de mise à niveau est estimée à 14 % du total soit 22 millions de livres (environ 32 millions d’euros) sur une période de cinq ans à compter de 2007/08.

2.20 Le projet européen XFEL (CCLRC, projet international)
En 2003, le gouvernement allemand a approuvé la construction d’un laser à électrons libres dans le domaine des rayons X (XFEL pour X Ray Free Electron Laser). Ce laser va être installé au centre de recherche DESY situé près de Hambourg. 60 % des coûts de construction seront supportés par l’Allemagne tandis que le Royaume-Uni et d’autres pays membres de l’Union Européenne ont été invités à rejoindre un partenariat pour financer, construire et faire fonctionner cette installation sous le mode d’un projet européen. La construction de l’expérience va débuter en 2006 et sera achevée en 2011. Le coût d’investissement sera de l’ordre d’un milliard d’euros et le Royaume-Uni devrait y contribuer à hauteur de 30 millions de livres (environ 44 millions d’euros) sur sept ans.


Source : Research Councils UK, 19/12/05


Auteur : Dr Anne Prost

publié le 09/05/2006

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